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Rite des jumeaux: des réactions de prêtres après la sortie de David Koffi Aza

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L’église catholique romaine est prête à faire face à la guerre des choses dans l’ombre. C’est le moins qu’on puisse dire de la réponse donnée par le père Hubert Kêdowidé, curé de la paroisse Bon Pasteur de Cotonou et porte parole de Mgr Roger Houngbédji suite à la mise en garde du prête du fâ, le professeur David Koffi Aza.

Dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux, le président du conseil national des cultes endogènes du Bénin (Conaceb), David Koffi Aza a mis en garde l’église catholique romaine pour son incursion sur le terrain des religions traditionnelles. La sortie du prête du fâ fait suite à une intervention sur les réseaux sociaux du curé de la paroisse Notre Dame de la visitation de Gbedagba (Gbèdjromèdé – Cotonou) sur le rite de la célébration de sortie des jumeaux dans l’église catholique.

Dans son explication, le père Justin Bocovo avait évoqué les difficultés et les pressions auxquelles font face les chrétiens catholiques qui font des jumeaux. Pour soutenir le corps du Christ face à ces difficultés et les épargner du rite traditionnel de sortie des jumeaux qui influencent souvent la vie et la stabilité de ces derniers, l’église est entrain d’expérimenter en son sein, un rite de sortie des jumeaux.

La vidéo d’explication du père Justin Bocovo relayée sur les réseaux sociaux n’est pas restée sans réaction. Dans une sortie presque menaçante, le président du conseil national des cultes endogène du Bénin (Conaceb), David Koffi Aza a mis en garde l’église catholique.

Dans une vidéo abondamment relayée sur les réseaux sociaux, le prêtre du fâ invite le clergé catholique à rappeler à l’ordre les siens et à inviter le gouvernement notamment le ministère de l’intérieur et des cultes à s’impliquer dans ce dossier.

«  Je prends à témoin le gouvernement et surtout le ministre de l’intérieur, chargé des cultes, pour rappeler à l’ordre l’Eglise catholique romaine. Je prends également à témoin, le clergé catholique pour rappeler à l’ordre les leurs« , a indiqué David Aza avant de conclure que si l’église catholique entre dans cette guerre des choses dans l’ombre, elle ne s’en sortira pas.

La Réaction de l’église catholique…

Face à cette polémique sur le rite de sortie des jumeaux, il y a déjà deux réactions de prêtre catholique. La première réaction vient de Moïse Adéniran Adékambi, prêtre béninois servant actuellement au Canada, Dr en théologie, Praticien de l’inculturation de la foi catholique et Secrétaire général de l’Association Panafricaine des Exégètes Catholiques.

Dans sa réaction, le père Moïse Adéniran affirme qu’il lui paraît normal, aujourd’hui, que des chrétiens catholiques ayant fait des jumeaux ne se soumettent aux rites traditionnels des jumeaux, mais que l’on en cherche des variantes qui leur soient propres, au nom de leur identité culturelle, de leur foi, mais aussi de la raison critique que connaissent bien nos cultures.

« Quant aux menaces de l’auteur de la vidéo (David Koffi Aza – Ndlr), il faut les prendre au sérieux. Mais ce n’est pas la divinité Ibeji qui nous fera du mal. Ce sont des humains, en chair et en os, qui s’en chargeront. C’est aussi une réalité de notre culture et de nos cultes endogènes. Des laïcs, hommes et femmes, pour ne citer qu’eux, sont morts pour la cause de la rencontre entre foi, culture et raison, ainsi que pour la cause des variantes chrétiennes catholiques de certains rites culturels« , a martelé le prélat.

Après la réaction du père Moïse Adéniran, la dernière réaction en date sur la sortie du professeur David Koffi Aza est celle du curé de la paroisse Bon Pasteur de Cotonou, le père Hubert Kêdowidé. Selon lui, « personne ne peut interdire à l’Eglise Catholique d’engager cette dynamique d’incarnation du christ qui se rend présent dans la présence culturel« .

A le croire, l’union des clergés béninois a engagé depuis trois ans non seulement des recherches mais un travail familial, communautaire, de comment faire pour vaincre le syncrétisme par l’appropriation de tout le travail et de tout le patrimoine à la fois culturel et humain de l’homme noir qui accueille à cœur ouvert , vie ouverte, le christ dans sa vie.

Sur les rites engagés par l’Eglise Catholique

C’est un long cheminement, clarifie le père Hubert Kèdowidé qui précise que certains prêtes de l’union des clergés béninois, après des expériences pastorales, essaient de mettre en pratique certaines réalités qui, au fil de sa pratique se soumet à l’ensemble de la communauté des prêtes pour validation.

Donc, c’est le cas de la sortie des enfants parce-que le rite chrétien, à travers le baptême, à travers l’initiation chrétienne, on parle de l’accueil des enfants, après on parle de nom donné à l’enfant, on parle du processus même lorsque la femme est enceinte”, explique-t-il.

Il estime d’ailleurs que le Bénin accuse beaucoup de retard sur les consécrations. « Il faut ajouter qu’au Bénin, on est en retard. Quand vous voyez l’Afrique centrale, ils sont très très avancés par rapport à l’accueil de Dieu au cœur de leur culture”, confie-t-il aux confrères de Golfe TV.

Pour le père Hubert Kêdowidé, lorsque quelqu’un est face à un défit humain, face à la résolution d’un problème spécifique, après avoir tenu compte de l’ensemble de ce que véhicule la foi, et restant vraiment dans la foi catholique, tente de résoudre un problème, il peut y avoir quelques hésitations, quelques erreurs, mais de là à vilipender toute l’Eglise catholique… » se désole le père curé de la paroisse Bon Pasteur de Cotonou qui pense que la polémique sur le rite de sortie des jumeaux est vaine.

« Je ne pense même pas que ça soit le but de ceux et celles qui contestent , chacun peut-être conteste de bonne foi, chacun travaille de bonne foi, il est nécessaire de quand même rappeler à tous qu’il n’y a pas un seul endroit humain de l’être culturel qui soit inaccessible au christ, conclut le prêtre catholique.

Intégralité de la réaction du père Moïse Adeniran Adekambi

1. Je ne suis pas informé de la célébration chrétienne catholique de la cérémonie des jumeaux.
2. Je suis informé des célébrations chrétiennes catholiques de chrétiens Fon, selon des rites inculturés, c’est-à-dire inspirés de rites culturels Fon.
3. Nous appelons ça « inculturation » : emprunter aux cultures tout ce qui peut nous aider à dire, célébrer et vivre notre foi. Le principe est que : nous sommes des chrétiens catholiques, mais nous ne sommes pas des Blancs. La foi chrétienne (ou musulmane) a inévitablement une foi inculturée : exprimée, comprise et vécue dans, par et à travers une culture. Le manifeste pour une foi africaine inculturée est contenu dans un collectif de 1956 intitulé Les prêtres noirs s’interrogent. Il a été réédité à l’occasion des 60 ans de sa parution. Toutes ces revendications pour un christianisme catholique africain a trouvé une réponse officielle de l’Église catholique par la bouche du Pape Paul qui disait en 1969, lors de sa visite à Kampala : « Africains, vous pouvez et vous devez avoir un christianisme africain ».

4. L’inculturation revendiquée, réclamée et officiellement reconnue et promue par l’Église suppose un regard positif sur les cultures africaines par le christianisme catholique : nos cultures ont des valeurs de tout genre qui peuvent être assumées par le christianisme. Mais aussi, elles ont des réalités qui sont contraires à la foi catholique. Réduire la rencontre entre le christianisme catholique et les cultures africaines du temps des missions équivalent au temps de la colonisation, c’est preuve d’une honnêteté intellectuelle discutable. Nous n’en sommes plus à l’époque où nos cultures étaient diabolisées.

5. L’inculturation, à mon humble avis, suppose deux choses. Premièrement, que les cultures africaines ne sont pas les propriétés exclusives des gestionnaires de la culture, que ce soit les gestions politiques ou religieux. Les cultures sont nos patrimoines communs dans lesquelles les héritiers d’une autre foi peuvent aller puiser. Deuxièmement, cela demande des recherches scientifiques critiques à la lumière de la raison et de la foi professée (christianisme ou islam).

6. L’inculturation des rites funéraires Fon d’Abomey. C’est vrai. L’Église catholique d’Abomey a conçu un rituel, pour ses fidèles, qui comprend des rites et des symboles empruntés aux rites et symboles culturels Fon. Résultat : nous avons deux variantes du même rite : une, traditionnelle, pour les non catholiques, et une pour les Fon catholiques. Pour ma part, ces deux bonnes guerres, pour les raisons exposées ci-dessus. Il n’y a aucune raison d’en vouloir à l’Église catholique. Cependant, on lui en veut parce que les gens préfèrent de plus en plus ce rite inculturé pour plusieurs raisons.
7. La question de l’inculturation de rites religieux liés à des divinités.

C’est une première, à ma connaissance, si on exclut les rites de divinités qui ont été inculturés dans le répertoire des chants, des rythmes et des mélodies des chants liturgiques catholiques. Toutefois, dans la perspective de l’inculturation, je comprends bien que cela pose problème, et ce, pour deux raisons. La première est que la frontière entre le cultuel et le rituel est très difficile à tracer. Nous, nous essayons de le faire dans l’oeuvre de l’inculturation. La deuxième est que l’inculturation porterait explicitement sur un élément religieux cultuel, du culte d’une divinité du panthéon culturel. Ceci étant, je comprends très bien l’entreprise de mon confrère indexé dans l’audio que je connais bien. Voici mes éléments de compréhension.

Le panthéon Fon et/ou Yoruba est illimité. Pour ma part, je classe les divinités en divinités cosmiques (règne animal, règne végétal, règne minéral, astres, etc.), en divinités mythologiques, notamment celles qui sont contenues dans Ifa, à commencer par Ifa lui-même, puisque chacun des Odu est une divinité, et les divinités anthropogénétiques ou êtres humains déifiés en raison de leur anomalie de tout genre : les Toxosu des Fon les Ibeji des Fon et des Yoruba, les enfants sorciers des cultures du Nord Bénin. L’Église est engagée à sauver les enfants sorciers (et les Toxosu) et c’est apprécié par beaucoup comme une oeuvre sociale.

La gémellité peut être aussi faire l’objet d’une oeuvre de libération en lui enlevant son caractère fasciendum et tremendum. De fait il y a, depuis des années, dans l’Église catholique au Bénin, des associations de jumeaux. Je parie que ce n’est pas pour faire des sacrifices à la divinité de ce nom. Tout au contraire !

Il me paraît donc normal, aujourd’hui, que des chrétiens catholiques ayant fait des jumeaux ne se soumettent aux rites traditionnels des jumeaux, mais que l’on en cherche des variantes qui leur soient propres, au nom de leur identité culturelle, de leur foi, mais aussi de la raison critique que connaissent bien nos cultures.

Quant aux menaces de l’auteur de la vidéo, il faut les prendre au sérieux. Mais ce n’est pas la divinité Ibeji qui nous fera du mal. Ce sont des humains, en chair et en os, qui s’en chargeront. C’est aussi une réalité de notre culture et de nos cultes endogènes. Des laïcs, hommes et femmes, pour ne citer qu’eux, sont morts pour la cause de la rencontre entre foi, culture et raison, ainsi que pour la cause des variantes chrétiennes catholiques de certains rites culturels.

Moïse Adéniran Adékambi, prêtre

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