

Bénin : Shadiya Assouma, de l’assurance à la formalisation de l’économie PH: Cadreco
Shadiya Alimatou Assouman est nommée ministre du Commerce intérieur, en charge de la Formalisation de l’économie, le 24 mai 2026. Originaire de Djougou, dans la Donga, elle fait partie des ministres de l’ère Talon reconduits dans l’architecture gouvernementale de Romuald Wadagni. Formée en management international, assurance et administration économique et sociale, elle a poursuivi des études en France, notamment à Tours et à l’Ecole supérieure d’Assurance de Paris. Son parcours professionnel s’est développé dans le secteur de l’assurance, avec des responsabilités chez Théorème, au Groupe Henner et dans le courtage, avant son entrée au gouvernement.
En septembre 2019, elle rejoint l’exécutif comme ministre de l’Industrie et du Commerce. Elle y a travaillé sur la régulation des marchés, l’encadrement des prix sensibles, les relations avec les opérateurs économiques, la promotion des produits locaux et la structuration des circuits commerciaux. Elle a également été distinguée dans l’Ordre national du Bénin en 2021.
Dans son nouveau portefeuille, Shadiya Alimatou Assouman est recentrée sur le commerce intérieur et la formalisation de l’économie. Le chantier est vaste : réduire l’informel, sécuriser les transactions, améliorer la concurrence, accompagner les petits commerçants et renforcer la traçabilité des activités économiques. Sa connaissance du secteur marchand et de la régulation publique sera déterminante pour rendre ces réformes acceptables sur le terrain.
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Shadiya Alimatou Assouma est originaire de Djougou, commune chef-lieu du département de la Donga, dans le nord-ouest du Bénin, à environ 420 kilomètres de Cotonou. Djougou est l’une des grandes villes du pays, avec une population d’environ 300 000 habitants au recensement de 2013, majoritairement composée de populations Bariba, Peul et Dendi. C’est un carrefour commercial historique entre le Bénin, le Togo et le Nigeria, traversé par d’importants flux d’échanges informels et formels. La commune a produit plusieurs figures nationales, dont le poète et historien Zakari Dramani-Issifou, consultant de l’UNESCO.
Sa date de naissance n’est pas documentée dans les sources publiques disponibles. Son prénom composé – Shadiya, d’origine arabe, et Alimatou, d’origine peul – témoigne d’un ancrage dans les cultures musulmanes du nord du Bénin.
Shadiya Alimatou Assouma quitte le Bénin pour la France, où elle poursuit une formation en management international de l’assurance et en gestion de l’administration économique et sociale. Elle est diplômée de l’Université de Tours, qui forme depuis plusieurs décennies des praticiens du management des organisations, et de l’École Supérieure d’Assurance de Paris – son profil LinkedIn confirme cette dernière institution. L’ESA, fondée en 1949, est l’une des écoles de référence pour les professionnels de l’assurance en France, délivrant des formations spécialisées dans les techniques d’assurance, le droit et la gestion du risque.
Avant son retour au Bénin, Shadiya Alimatou Assouma forge pendant treize ans une expertise de haut niveau dans le secteur de l’assurance à Paris. Elle travaille d’abord chez Théorème, cabinet de courtage d’assurance parisien spécialisé dans la protection sociale des salariés et la gestion des grands comptes. Ce cabinet, créé par Antoine Frérot, avait développé sous l’enseigne AfrikAssur les activités d’assurance en Afrique en partenariat avec SIACI SAINT HONORÉ – ce qui lui donnait déjà une fenêtre sur le marché africain depuis Paris. Elle y gère des portefeuilles de clients en protection sociale collective, domaine technique qui combine droit du travail, prévoyance, santé et retraite.
Elle rejoint ensuite le Groupe Henner, l’un des grands courtiers spécialisés en santé internationale et en assurance collective pour les expatriés et les grandes entreprises. Henner intervient notamment sur les marchés d’assurance santé des entreprises multinationales et des organisations internationales présentes en Afrique – un positionnement qui lui permet d’observer de l’intérieur les flux d’assurance entre l’Europe et le continent.
En décembre 2015, Shadiya Alimatou Assouma rentre au Bénin et prend la direction générale d’Afrik Assur Bénin, courtier d’assurance actif dans le pays. Au moment de son arrivée, cette structure est rebaptisée OLEA Bénin, dans le cadre du déploiement continental du groupe OLEA Insurance Solutions, joint-venture entre les cabinets français Théorème et SIACI SAINT HONORÉ pour développer le courtage d’assurance en Afrique francophone. Financial Afrik documente ce déploiement en janvier 2017, décrivant OLEA comme un réseau panafricain visant la couverture de plus d’une vingtaine de pays.
Elle prend la tête de la filiale béninoise et la développe pendant quatre ans avant d’entrer en politique. Ce parcours d’entrepreneuse dans l’assurance lui donne une connaissance pratique du tissu des PME béninoises, de leurs besoins de protection et de leurs difficultés à accéder à des produits financiers adaptés – connaissance directement applicable à un portefeuille commercial.
Le 6 septembre 2019, Patrice Talon la nomme ministre de l’Industrie et du Commerce en remplacement de Serge Ahissou. Elle est alors inconnue du grand public, sans passé partisan visible. Le Bloc Républicain – l’un des deux partis de la majorité présidentielle – est mentionné comme sa formation d’appartenance, mais son entrée au gouvernement n’est pas précédée d’un militantisme documenté.
Six ans et demi plus tard, elle figure parmi les sept membres du gouvernement Wadagni reconduits de l’équipe Talon, avec un périmètre modifié : l’Industrie et le Commerce extérieur lui sont retirés au profit d’Olushegun Bakari, et elle hérite du Commerce intérieur avec la mission explicite de formalisation de l’économie informelle.
Le bilan de six ans au ministère peut se lire à travers plusieurs registres.
Sur le plan budgétaire, les présentations annuelles du projet de budget devant la Commission budgétaire de l’Assemblée nationale sont systématiquement documentées. Pour le budget 2024, les grandes lignes répartissaient les enveloppes entre les fonctions de soutien du ministère (42,89 %), la promotion des activités industrielles et la compétitivité des produits locaux (15,85 %) et le renforcement de l’intégration internationale du Bénin au commerce (41,26 % soit 1 802 196 000 FCFA), selon les données publiées par le site officiel du gouvernement.
Sur le plan de la diplomatie économique, elle conduit en juillet 2024 une délégation officielle au forum AGOA (African Growth and Opportunity Act) à Washington, dans le cadre de la 21e édition de cet événement annuel consacré aux échanges commerciaux entre les États-Unis et les pays africains éligibles. Le gouvernement du Bénin a rendu compte de cette participation comme d’un moment de promotion des filières exportatrices béninoises.
Sur la propriété intellectuelle, le Bénin assure depuis le 1er janvier 2021 la présidence du Conseil d’Administration de l’Organisation Africaine de la Propriété Intellectuelle (OAPI), et Shadiya Alimatou Assouma y est associée dans des comptes rendus d’une visite de travail à Yaoundé en juillet 2021 dans ce cadre. L’OAPI est l’organe régional qui protège les marques, brevets et innovations dans dix-sept États membres d’Afrique subsaharienne.
Sur le plan de la promotion domestique, l’initiative « Consommons local » – mois national de valorisation des produits béninois – est l’une des actions les plus visibles du ministère sous sa direction. Reconduite chaque année depuis 2021, elle met en avant les filières agroalimentaires, l’artisanat et les produits transformés localement. En septembre 2024, la ministre en présente les objectifs au président de l’Assemblée nationale dans le cadre d’une rencontre institutionnelle.
En mai 2021, pour ses services à la nation, elle est élevée au grade de Commandeur de l’Ordre national du Bénin, lors d’une cérémonie officielle au siège du gouvernement.
En février 2026, le conseil des ministres lui confie l’intérim du Tourisme, de la Culture et des Arts, après l’élection à l’Assemblée nationale de plusieurs membres du gouvernement – cumul qu’elle exerce jusqu’à la fin du mandat Talon le 24 mai 2026.
Dans le gouvernement Wadagni, sa mission se concentre sur la formalisation de l’économie informelle – un dossier plus complexe que le seul intitulé ne le laisse entendre. Le secteur informel représente, selon les estimations de la Banque mondiale, entre 55 % et 65 % du PIB béninois et emploie plus de 90 % de la population active hors agriculture. La formalisation consiste à encourager ces acteurs à s’enregistrer, à payer des impôts, à accéder au crédit formel et à se couvrir socialement – ce qui implique de rendre le formel plus attractif que l’informel.
Ses treize ans dans l’assurance et ses quatre ans à la tête d’une PME d’assurance au Bénin lui donnent une connaissance précise des obstacles que rencontrent les petits opérateurs économiques pour accéder à des produits financiers. C’est un atout direct pour aborder ce dossier – à condition de le coupler à une compréhension des circuits commerciaux urbains et ruraux, que six ans à la tête du ministère de l’Industrie et du Commerce ont normalement permis de constituer.