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Benoît Marcel Dato – Ministre des Sports et de l’Engagement civique
Benoît Marcel K. Dato est né le 11 juillet 1983 à Djakotomey, commune du département du Couffo, dans le sud-ouest du Bénin. Cette précision géographique n’est pas anecdotique : à sa nomination en octobre 2023, la presse béninoise avait relevé qu’il succédait à Oswald Homéky, lui aussi originaire de Djakotomey — deux fils de la même commune à la tête du même ministère en succession directe. Une coïncidence qui avait fait sourire dans le Couffo, département agricole peuplé de plus de 700 000 habitants, longtemps peu représenté dans les plus hautes fonctions de l’État béninois avant l’ascension politique de Bruno Amoussou, ancien leader du Parti social-démocrate et figure tutélaire de la région.
Djakotomey est une commune de 134 000 habitants selon le recensement de 2013, située à 138 kilomètres au nord-ouest de Cotonou, sur le plateau Adja. Territoire à dominante rurale, fortement ancré dans les pratiques cultuelles endogènes (87 % de la population est de religion traditionnelle), Djakotomey est connue comme berceau de la danse Gogohoun et comme l’un des bastions commerçants du Couffo, ses marchés attirant des négociants jusqu’au Togo voisin. C’est dans cet environnement que grandit Benoît Dato.
Rien dans le parcours académique de Benoît Dato ne préfigure une carrière sportive institutionnelle. Il obtient son baccalauréat technique G2 au Lycée technique Coulibaly de Cotonou, l’un des établissements de référence de la formation professionnelle au Bénin, puis s’inscrit à la Faculté des Sciences économiques et de Gestion de l’Université d’Abomey-Calavi. Il en sort titulaire d’une maîtrise en sciences économiques et de gestion, option management des organisations.
Cette spécialisation qui porte sur la conduite des équipes, la rationalisation des processus et la gestion des ressources humaines, tracera une ligne directrice dans ses postes ultérieurs. Benoît Dato est, dans sa formation, un gestionnaire d’organisations. Le sport n’est pas sa culture d’origine : c’est un terrain d’application de compétences acquises dans la finance et l’audit.
Le parcours professionnel de Benoît Dato avant son entrée au gouvernement suit une logique d’ascension méthodique dans le secteur financier et du contrôle d’entreprises.
Il débute à Cotonou au cabinet Fiduciaire d’Afrique — structure d’expertise comptable — où il acquiert ses premières armes dans l’audit financier. Il rejoint ensuite Ecobank Bénin, la filiale béninoise du groupe panafricain Ecobank, comme auditeur interne, poste qu’il occupe pendant environ cinq ans. La banque panafricaine, dont le siège est à Lomé, était à cette époque en pleine expansion sur le continent et offrait à ses cadres une culture du contrôle interne rigoureuse et standardisée aux normes internationales.
De la banque, Dato rejoint Bénin Control, société spécialisée dans le contrôle et l’inspection. Il y exerce d’abord comme auditeur interne puis gravit les échelons jusqu’au poste de directeur général adjoint. Cette promotion au rang numéro deux d’une structure de contrôle témoigne d’une compétence reconnue dans la gestion des risques et la conformité des processus.
Il intègre ensuite le cabinet du ministre d’État chargé de l’Économie et des Finances et de la Coopération, c’est-à-dire le cabinet de Romuald Wadagni lui-même comme chargé d’études pour les questions douanières, depuis février 2019. Ce poste le place dans l’orbite directe du futur président de la République. Il y reste jusqu’à sa nomination au gouvernement en octobre 2023, soit quatre ans et demi d’immersion dans le fonctionnement des structures financières et douanières de l’État béninois.
La seule pratique sportive documentée de Benoît Dato est le football en amateur, où il a évolué au poste de défenseur central dans des clubs non professionnels. Plusieurs sources béninoises l’ont souligné en des termes peu flatteurs au moment de sa nomination : il « n’était aucunement connu du mouvement sportif béninois », selon Bénin Web TV. La presse spécialisée avait relevé qu’à la différence de son prédécesseur Oswald Homéky — dont les réseaux dans le milieu sportif béninois étaient étendus —, Dato arrivait aux Sports sans capital relationnel dans le secteur.
Ce départ atypique constitue à la fois une faiblesse initiale et, peut-être, une liberté. Un ministre sans allégeances préalables dans les fédérations sportives peut plus facilement imposer de nouvelles méthodes de gestion, à condition d’en avoir la volonté et les moyens.
Benoît Dato entre au gouvernement dans des circonstances particulières. Le 5 octobre 2023, lors du conseil des ministres, le président Talon aurait vertement réprimandé le ministre des Sports Oswald Homéky après que celui-ci avait publiquement soutenu la candidature de l’homme d’affaires Olivier Boko pour la présidentielle de 2026, signalant ainsi ses préférences sur la succession présidentielle sans en avoir reçu mandat du chef de l’État. Le lendemain, 6 octobre, Homéky démissionnait. La démission a été officiellement présentée comme volontaire par le porte-parole du gouvernement Wilfried Houngbédji, mais la séquence avait été qualifiée dans la presse d’une démission « forcée » à la suite d’un « épisode peu agréable ».
Quatre jours s’écoulent. Le 10 octobre 2023, Benoît Dato est nommé. Le lendemain, la passation de charges est effectuée des mains de Samou Seidou Adambi, ministre de l’Énergie assurant l’intérim. Dato est alors âgé de 40 ans.
Sa première déclaration publique, lors de cette passation, donne le ton : « À présent, j’ai l’insigne honneur de poursuivre aux côtés du Président de la République, le vaste chantier de la redynamisation du secteur sportif inscrit dans le PAG 2. Je m’inscris dans la continuité et impulserai un nouvel élan. » Pas de rupture annoncée, pas de grand programme. Un profil de gestionnaire qui promet la rigueur dans l’exécution d’une feuille de route déjà établie.
Benoît Dato n’a pas occupé le devant de la scène médiatique comme Homéky, dont le style communicant et les réseaux politiques en faisaient une présence incontournable dans les débats sportifs béninois. Sa gestion des premières années est celle d’un exécutant discret.
L’action la plus documentée est la signature, le 8 octobre 2024, d’une série de contrats avec des cadres techniques engagés pour soutenir les Directions Techniques Nationales de plusieurs fédérations sportives béninoises. Cette initiative s’inscrit dans la logique de professionnalisation des encadrements techniques engagée sous Homéky, que Dato a continuée sans rupture.
Le secteur sportif béninois qu’il gère présente deux visages contrastés. Le basketball constitue la réussite la plus visible : le Bénin compte plusieurs joueurs évoluant dans des championnats professionnels à l’international, et la ligue nationale a connu un développement réel depuis 2016. Le football, sport roi, reste marqué par les difficultés récurrentes de la Fédération Béninoise de Football, dont la gouvernance avait été secouée par plusieurs controverses sous les mandats précédents. L’athlétisme et le cyclisme présentent quelques talents individuels. L’infrastructure sportive nationale reste insuffisante, notamment en dehors de Cotonou et Parakou.
La reconduction de Benoît Dato dans le premier gouvernement Wadagni le 24 mai 2026 illustre plusieurs réalités. D’abord, sa proximité personnelle avec le nouveau président, dont il fut le chargé d’études aux douanes pendant plus de quatre ans. Ensuite, l’absence de couac majeur pendant ses deux ans et demi au ministère, dans un système politique où l’invisibilité peut être une forme de réussite. Enfin, la logique du gouvernement Wadagni : un exécutif de technocrates formés dans l’administration économique, peu marqués par les logiques partisanes, recrutés pour exécuter une feuille de route plutôt que pour peser politiquement.
Le nouveau périmètre de son portefeuille, Sports et Engagement civique, est le même que sous Talon. La mention de l’Engagement civique, peu développée institutionnellement à ce jour, pourrait constituer le volet le plus novateur de son mandat dans la perspective d’une politique de mobilisation et d’éducation citoyenne de la jeunesse, thème central du discours d’investiture de Wadagni.