« Tu feras deux mandats » : les révélations d’Abass Fall relancent le débat sur 2029 au Sénégal

Abass Fall, maire de Dakar et figure centrale du Pastef, a révélé cette semaine que le Premier ministre Ousmane Sonko lui aurait confié, au soir de l’élection présidentielle du 24 mars 2024, que Bassirou Diomaye Faye ferait deux mandats à la tête du Sénégal, soit dix ans au total, avant que Sonko ne soit à son tour candidat à la présidentielle.

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« Tu feras deux mandats » : les révélations d’Abass Fall relancent le débat sur 2029 au Sénégal
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Selon le récit d’Abass Fall, Sonko lui aurait dit alors : « Diomaye fera deux mandats », suggérant qu’il considérait la présidence de Faye comme une phase transitoire avant son propre accès à la magistrature suprême en 2034 ou 2039. Cette révélation intervient dans un contexte de tensions croissantes au sommet de l’exécutif sénégalais, et quelques jours seulement après la « Grande Interview » accordée par Bassirou Diomaye Faye à la presse nationale, lors de laquelle il avait reconnu des « divergences » avec son Premier ministre tout en réaffirmant lui faire « encore confiance » pour le moment.

La sortie d’Abass Fall s’inscrit dans une séquence de prises de position publiques au sein du Pastef, qui montrent la fracture de plus en plus visible entre deux camps : celui qui place Diomaye Faye au cœur du projet politique pour les prochaines années, et celui qui, comme le maire de Dakar, rappelle que « le projet s’appelle Ousmane Sonko ». En réponse directe aux déclarations du chef de l’État sur sa relation avec Sonko, Abass Fall avait déjà affirmé : « La seule question qu’il faut poser est la suivante : quand Sonko était en prison pendant 11 mois, qu’avons-nous fait nous qui étions dehors pour qu’il soit président ? »

Ce bras de fer en filigrane couvre en réalité deux questions non résolues au sein du Pastef : qui sera le candidat du mouvement à la présidentielle de 2029, et Diomaye Faye cherchera-t-il à être réélu pour un deuxième mandat ou laissera-t-il la voie libre à Sonko ? Le président lui-même reste délibérément flou sur ses ambitions pour 2029, ce que ses détracteurs comparent déjà au « ni oui ni non » de Macky Sall sur sa troisième candidature, tandis que la Constitution sénégalaise limite les mandats présidentiels à deux quinquennats, sans qu’il soit clairement établi si le mandat actuel de Faye compte ou non dans ce décompte.

Sonko, de son côté, avait lui-même mis les cartes sur la table en juillet 2025 lors d’une réunion du Pastef, en déclarant avoir « longtemps encaissé » et en menaçant de « reprendre son poste de député à l’Assemblée nationale » si Diomaye Faye estimait ne plus avoir besoin de lui comme Premier ministre.

A l’épreuve du pouvoir

L’élection présidentielle du 24 mars 2024 marque l’arrivée au pouvoir de Bassirou Diomaye Faye, élu dès le premier tour avec 54,99 % des suffrages après avoir été libéré de prison seulement dix jours auparavant. Derrière cette victoire historique se trouve Ousmane Sonko, chef du Pastef et figure centrale de l’opposition sénégalaise, empêché de se présenter. Dès le 2 avril, Sonko est nommé Premier ministre. Les deux hommes apparaissent alors comme les deux piliers d’un même projet politique, celui de la « Rupture », porté par une alliance soudée et un discours de transformation profonde de l’État.

Mais à partir de l’été 2025, les premiers signes de tension émergent au sein du pouvoir. Les divergences portent progressivement sur la gestion de la coalition et, surtout, sur les perspectives de l’élection présidentielle de 2029. En juillet 2025, lors d’une réunion interne du Pastef, Ousmane Sonko hausse publiquement le ton. Il affirme avoir « longtemps encaissé » et laisse entendre qu’il pourrait retourner à l’Assemblée nationale si le président estimait ne plus avoir besoin de lui à la Primature. Cette sortie est largement interprétée comme un avertissement adressé directement à Bassirou Diomaye Faye.

Quelques mois plus tard, à l’automne 2025, les fractures deviennent plus visibles au sein de la majorité. Plusieurs responsables du Pastef et des partis alliés commencent à afficher des positions divergentes, certains se rangeant derrière le président, d’autres derrière le Premier ministre. Des appels à des élections anticipées ou à un remaniement clarifiant les équilibres de pouvoir se multiplient. Les médias sénégalais et internationaux, dont BBC Afrique, documentent alors les tensions autour de l’avenir de la coalition et de la succession présidentielle.

En décembre 2025, un remaniement ministériel intervient. Présenté par Ousmane Sonko comme une décision prise dans « l’intérêt du pays », il ne parvient toutefois pas à apaiser les tensions. Les entourages respectifs du président et du Premier ministre continuent d’envoyer des messages contradictoires sur la ligne politique du pouvoir et sur la question sensible de l’après-Diomaye.

Au début de l’année 2026, la brouille sort définitivement du huis clos politique. Des analystes et plusieurs médias sénégalais évoquent désormais ouvertement une « rupture au sommet ». Lors d’une rencontre avec des élus du Pastef au palais présidentiel, Bassirou Diomaye Faye évite de répondre clairement aux interrogations concernant une éventuelle candidature de Sonko en 2029, une attitude décrite comme « glaciale » par certains observateurs. En réaction, le maire de Dakar, Abass Fall, affirme publiquement : « Le projet s’appelle Ousmane Sonko. » Cette déclaration est perçue comme l’officialisation d’une bataille de succession, même si les deux hommes continuent d’entretenir des relations institutionnelles régulières.

En mai 2026, la tension politique prend une dimension encore plus personnelle. Lors d’une grande interview accordée à la presse nationale, Bassirou Diomaye Faye reconnaît publiquement l’existence de « divergences » avec son Premier ministre, tout en affirmant continuer à lui faire confiance. Dans la foulée, Abass Fall révèle une confidence que Sonko lui aurait faite le soir même de la victoire présidentielle de 2024 : « Diomaye fera deux mandats. » Cette phrase relance immédiatement les spéculations sur les ambitions présidentielles de Sonko et sur la question centrale qui domine désormais la vie politique sénégalaise : l’actuel chef de l’État laissera-t-il réellement la voie libre à son ancien mentor à l’horizon 2029 ?

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