Bénin : pourquoi plusieurs cadres de l’UP-R et du BR n’ont pas été retenus au gouvernement Wadagni
La publication du premier gouvernement du président Romuald Wadagni continue de susciter des réactions au sein de la mouvance présidentielle. Alors que plusieurs militants et cadres de l’Union progressiste Le Renouveau (UP-R) et du Bloc républicain (BR) espéraient voir davantage de figures politiques intégrer l’équipe gouvernementale, les choix opérés semblent avoir obéi à une logique bien différente de celle des quotas partisans.

Une semaine après la formation du premier gouvernement du président Romuald Wadagni, les commentaires ne faiblissent pas dans les rangs de la mouvance présidentielle. Au sein de l’Union progressiste Le Renouveau (UP-R) et du Bloc républicain (BR), certains militants peinent à comprendre pourquoi plusieurs cadres réputés, parfois très engagés dans les combats politiques de ces dernières années, n’ont pas été appelés à servir au sein de la nouvelle équipe gouvernementale.
La question est d’autant plus présente que les deux grands partis soutenant le pouvoir disposent d’un important vivier de personnalités expérimentées. Selon plusieurs sources, chaque formation aurait préparé une liste d’une vingtaine de noms susceptibles d’être proposés au nouveau chef de l’État dans le cadre de la composition du gouvernement.
Mais à l’arrivée, le résultat est tout autre. Le gouvernement formé par Romuald Wadagni compte certes plusieurs figures politiques issues de l’UP-R et du BR, mais il est largement dominé par des profils technocratiques. Plusieurs ministres sont davantage connus pour leurs compétences administratives, techniques ou leur expérience dans la conduite des réformes publiques que pour leur engagement partisan.
En effet, le premier critère qui a guidé les nominations est la volonté de préserver la dynamique de transformation engagée depuis 2016 sous l’ancien président Patrice Talon. Cette orientation se traduit notamment par le maintien de plusieurs anciens ministres dans des secteurs jugés stratégiques. L’objectif semble d’éviter une rupture brutale dans la conduite des grands projets et garantir la continuité des réformes déjà engagées.
Dans cette logique, l’appartenance politique n’aurait pas été le principal élément pris en compte. La capacité à poursuivre les programmes en cours, à produire rapidement des résultats et à maîtriser les dossiers aurait davantage pesé dans la balance.
Un gouvernement pensé pour l’efficacité
Lors d’une rencontre avec les militants de son parti dans le Littoral, les déclarations du président de l’UP-R, Joseph Djogbénou, ont apporté un éclairage sur les arbitrages qui ont été effectués. Reconnaissant que la composition du gouvernement a été « difficile », il a expliqué à ses militants que le défi consistait à choisir les hommes et les femmes capables d’accompagner efficacement le chef de l’État dans la poursuite du projet de développement du pays.
À travers ce message, le leader de l’UP-R laisse entendre que les considérations de compétence, d’expérience et de compréhension des objectifs du mandat ont prévalu sur les logiques de récompense politique. Autrement dit, avoir milité activement pour un parti ou avoir participé à la victoire électorale ne constituait pas une garantie d’entrée au gouvernement.
Former un gouvernement est souvent un exercice délicat. Le président doit tenir compte de plusieurs paramètres : les compétences, les équilibres politiques, la représentation des sensibilités, la continuité de l’action publique, la confiance personnelle et les objectifs qu’il s’est fixés pour son mandat.
Dans le cas du gouvernement Wadagni, le nombre limité de portefeuilles ministériels a également joué un rôle. Avec seulement 25 membres, il était impossible de satisfaire toutes les attentes exprimées au sein des deux grands partis de la mouvance. De nombreux cadres, parfois très influents dans leurs formations respectives, se retrouvent ainsi contraints d’attendre d’autres opportunités au sein de l’administration publique, des institutions ou des structures de mise en œuvre des politiques gouvernementales.
Djogbénou tente de calmer la grogne
Conscient des frustrations qui s’expriment dans certains cercles militants, Joseph Djogbénou a choisi de prendre la parole. « Je sais que beaucoup parmi vous ont la légitimité, le mérite et la compétence d’y figurer », a-t-il déclaré à l’endroit des militants de l’UP-R.
Par cette sortie, le président de l’Assemblée Nationale reconnaît implicitement l’existence d’attentes déçues. Mais il invite dans le même temps les cadres du parti à placer l’intérêt supérieur du pays au-dessus des ambitions individuelles. « je sais que nous, à l’Union progressiste Le Renouveau (UP-R), nous plaçons l’intérêt général au-dessus de tout, le Bénin», a t-il poursuivi.
Ce discours vise surtout à préserver la cohésion interne de la mouvance au moment où le nouveau pouvoir s’installe et où les premières frustrations pourraient alimenter des tensions politiques.
Par ailleurs, ce choix ne met pas fin aux ambitions des cadres politiques de l’UP-R et du BR. Mais il montre que, pour cette première équipe gouvernementale, la recherche de performance et la continuité de l’action publique ont visiblement pesé davantage que les considérations de représentation partisane.
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