Guinée : faible participation aux législatives et communales boycottées par l’opposition
La Guinée a organisé ce dimanche un double scrutin législatif et communal marqué par une faible affluence et le boycott des principales forces d’opposition historiques. Présentées par les autorités comme l’ultime étape du retour à l’ordre constitutionnel après le coup d’État de 2021, ces élections se déroulent dans un paysage politique profondément réduit, après la dissolution de plusieurs partis majeurs.

Les 6,8 millions d’électeurs guinéens inscrits étaient appelés aux urnes dimanche 31 mai 2026 pour un double scrutin égislatif et communal destiné à compléter les institutions issues de la nouvelle Constitution, cinq mois après l’élection présidentielle du 28 décembre 2025. Des bureaux de vote ont ouvert en retard à Conakry selon les correspondants de Guineematin, et la faiblesse de l’affluence a été constatée dans plusieurs communes de la capitale dès les premières heures du scrutin, notamment à Gbessia et Sonfonia.
Les électeurs devaient choisir 147 députés pour la future Assemblée nationale qui remplacera le Conseil national de la transition (CNT) selon un mode de scrutin mixte : 98 sièges pourvus au scrutin uninominal et plurinominal dans les circonscriptions locales, et quatre sièges réservés à la diaspora (Afrique, Europe, Amérique, Asie). Les élections communales portaient simultanément sur le renouvellement des conseils communaux dans les 342 mairies du pays, les dernières élections locales remontant à 2018.
Le taux de participation constituait l’enjeu principal du scrutin. La dernière semaine de campagne avait coïncidé avec deux célébrations religieuses, la Pentecôte et l’Aïd al-Adha, qui ont provoqué d’importants déplacements de population vers les villes et villages d’origine, réduisant mécaniquement le nombre d’électeurs présents dans leur commune d’inscription le jour du vote. Un agent électoral rencontré à Gbessia a reconnu que la mobilisation était restée faible « depuis l’ouverture », invoquant notamment la pluie.
Un scrutin sans les principaux partis d’opposition historiques
L’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) de Cellou Dalein Diallo, le Rassemblement du peuple de Guinée (RPG) de l’ex-président Alpha Condé et l’Union des forces républicaines (UFR) de Sidya Touré ne participent pas au scrutin, après leur dissolution par les autorités en mars 2026. Vingt et un partis politiques ont été retenus sur les 28 ayant déposé une liste nationale, selon les chiffres de la Direction générale des élections (DGE). Parmi les absents figure également le parti Model, dont le président Aliou Bah est en détention depuis le 26 décembre 2024.
La coalition présidentielle Génération pour la modernité et le développement (GMD), qui avait soutenu la candidature de Mamadi Doumbouya à la présidentielle, partait nettement favorite dans ce paysage politique reconfiguré. Les Forces vives de Guinée, regroupant des organisations de la société civile et des partis dissous, ont appelé au boycott, dénonçant l’absence d’inclusivité du processus, la dissolution de nombreux partis et ce qu’elles qualifient de restriction des libertés publiques. Lors d’une messe à Nzérékoré, l’évêque Raphaël Balla Guilavogui a appelé à préserver le pluralisme politique « sans chercher à taire les voix discordantes ».
L’ultime étape d’un cycle électoral contesté
Ce double scrutin constitue la dernière étape du cycle électoral engagé par les autorités de transition depuis le coup d’État du 5 septembre 2021. Le référendum constitutionnel du 28 septembre 2025, approuvé par 89,38 % des voix avec un taux de participation officiel de 86,42 %, avait ouvert la voie à la nouvelle Constitution. L’élection présidentielle de décembre 2025 avait consacré la victoire de Mamadi Doumbouya. Ces deux consultations avaient déjà été boycottées par les Forces vives.
Pour les autorités, le scrutin du 31 mai devait officiellement clore la transition et consacrer le retour complet à l’ordre constitutionnel. Pour ses détracteurs, il se déroule dans un contexte de concurrence politique artificiellement réduite par les dissolutions de partis. Les résultats définitifs n’avaient pas été publiés par la Commission électorale nationale indépendante (CENI) au moment de la clôture de la rédaction.
La Guinée, pays de 14 millions d’habitants en Afrique de l’Ouest, est depuis le coup d’État de 2021 membre de l’Alliance des États du Sahel à titre d’observateur et entretient des relations tendues avec la CEDEAO, dont elle a été suspendue. L’installation d’une Assemblée nationale élue constituerait formellement le dernier critère institutionnel requis pour envisager une levée des sanctions régionales.
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