Industrialisation en Afrique : le Bénin 24e mais en forte progression dans l’UEMOA

Le Bénin se classe au 24e rang africain de l’Indice d’industrialisation 2025 publié par la Banque africaine de développement, avec un score de 0,5519 sur 1. Mais au-delà de ce rang, le pays se distingue surtout par l’une des plus fortes progressions enregistrées entre 2010 et 2024 au sein de l’UEMOA. Portée par la Zone économique spéciale de Glo-Djigbé, la montée de l’agro-industrie et une trajectoire macroéconomique solide, cette évolution confirme une inflexion industrielle encore fragile, mais désormais mesurable.

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Economie
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Industrialisation en Afrique : le Bénin 24e mais en forte progression dans l’UEMOA
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Le Bénin figure au 24e rang du classement des économies africaines les plus industrialisées, avec un score de 0,5519 sur 1, selon l’édition 2025 de l’Indice d’industrialisation en Afrique (IIA) de la Banque africaine de développement (BAD), publiée en mai 2026. Ce positionnement absolu, dans le quintile intermédiaire supérieur, ne reflète pas ce que révèle la lecture dynamique du classement. Le Bénin figure parmi les dix pays ayant enregistré les plus fortes progressions sur l’ensemble de la période 2010-2024, avec cinq places gagnées ou plus au classement selon la BAD, une performance qui le distingue nettement de la plupart de ses voisins de l’UEMOA.

Pour situer le Bénin dans le paysage régional, il devance le Togo (0,5479, 25e), le Burkina Faso (0,5043, 36e), le Mali (0,5100, 35e) et le Niger (0,4835, 40e). Il se place derrière la Côte d’Ivoire (0,6173, 10e) et le Sénégal (0,6368, 8e), les deux seules économies d’Afrique de l’Ouest à avoir intégré le quintile supérieur. Le Nigeria (14e, 0,5914) et le Ghana (18e, 0,5735) le précèdent, mais leur avance est moins écrasante qu’une lecture naïve du PIB comparatif pourrait le laisser supposer.

La GDIZ, pivot du basculement industriel

La variable explicative principale de la progression béninoise dans l’IIA est la Zone économique spéciale de Glo-Djigbé (GDIZ), entrée en phase opérationnelle entre 2021 et 2024. Lancée sous Patrice Talon pour transformer les matières premières agricoles (coton, anacarde, karité, soja) sur le sol béninois avant leur exportation, la GDIZ constitue la rupture structurelle la plus documentée dans les données de la Banque mondiale et du FMI concernant le Bénin.

Son effet est directement visible dans la composition sectorielle de la croissance. En 2024, le secteur secondaire a progressé de 9,7 %, porté par l’agro-industrie (+7,5 %) et la construction (+12,4 % liée aux chantiers de la zone). La part du secteur secondaire dans le PIB, qui stagnait autour de 13-14 % au début des années 2010, s’établit désormais à 19 % selon les données du Trésor français. L’objectif à terme est de faire de la GDIZ un pôle d’exportation de produits transformés à valeur ajoutée, réduisant la dépendance aux matières brutes qui caractérisait l’économie béninoise (coton à 49 % des exportations totales, noix de cajou à 11 %, soja à 12,5 %).

La Banque mondiale recommande dans ses dernières analyses pays d’intensifier cette montée en gamme dans la chaîne de valeur, notamment via l’agro-industrie et les exportations manufacturières, mais alerte sur la faible diversification économique qui rend le Bénin vulnérable aux fluctuations des cours des matières premières agricoles.

Une macroéconomie solide, un contexte porteur sous Wadagni

La progression dans l’IIA s’inscrit dans une trajectoire macroéconomique que peu d’économies de la sous-région peuvent aligner. La croissance du PIB réel s’établit à 6,4 % en 2024 et est projetée à 7 % en 2025 par le FMI, la plus forte progression au sein de l’UEMOA selon la Banque mondiale pour 2026. L’inflation est la plus basse de la zone depuis 2021, à 1,2 % en 2024. La dette publique (53,7 % du PIB à fin 2024) est contenue bien en dessous du plafond communautaire de 70 % et projetée sous 40 % à l’horizon 2028. En janvier 2025, le Bénin a levé 1 milliard de dollars sur les marchés internationaux avec des souscriptions atteignant 3,5 milliards, sept fois le montant recherché, signal d’une crédibilité financière internationale inhabituelle pour une économie de cette taille.

Le gouvernement Wadagni, investi le 24 mai 2026, a placé l’industrialisation au premier rang de ses priorités de septennat, en lien direct avec l’objectif d’éradication de l’extrême pauvreté formulé lors du premier Conseil des ministres du 28 mai. Le nouveau ministre de l’Économie Aristide Médénou a fixé dès sa prise de fonction trois axes : discipline budgétaire, croissance ressentie par les populations vulnérables, et repositionnement du Bénin dans le concert des nations. Ce cadre est cohérent avec la trajectoire que l’IIA de la BAD documente.

Ce que le rang ne dit pas encore

Un score de 0,5519 au 24e rang africain place le Bénin dans le quintile intermédiaire supérieur, ce qui signifie qu’il reste à distance significative des économies réellement industrialisées du continent. L’écart entre le score béninois et celui de la Côte d’Ivoire (0,6173) est de 65 centièmes ; entre le Bénin et le Maroc, premier du classement (0,8415), il est de près de 30 points de score.

Les faiblesses structurelles pointées par la BAD restent réelles : la performance manufacturière demeure le maillon faible de l’IIA béninois, les exportations de produits à haute valeur ajoutée sont encore embryonnaires, le déficit commercial s’est certes réduit (de 401,2 milliards FCFA en 2023 à 278,7 milliards en 2024) mais demeure persistant. Le commerce transfrontalier avec le Nigeria, première économie de la CEDEAO, principale source de revenus informels du Bénin, reste soumis aux aléas politiques bilatéraux, comme la fermeture de frontière de 2019-2021 l’avait brutalement illustré.

Ce que l’IIA 2025 documente sur le Bénin n’est donc pas un aboutissement. C’est une inflexion, la preuve, chiffrée et validée par une institution multilatérale, que la stratégie de transformation industrielle engagée depuis 2016 a produit des effets mesurables. Maintenir cette trajectoire sous la présidence Wadagni, avec une GDIZ à consolider, un PND 2026-2030 à construire et une Zone de libre-échange continentale africaine dont le potentiel dépend de l’intégration régionale, constituera le test de maturité industrielle du prochain septennat.

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