Indice d’industrialisation en Afrique : la Côte d’Ivoire dans le top 10 devant le Nigeria et le Ghana

La Côte d’Ivoire confirme sa montée en puissance industrielle sur le continent africain. Selon l’édition 2025 de l’Indice d’industrialisation en Afrique publié par la Banque africaine de développement, le pays se classe au 10e rang africain sur la période 2010-2024, avec un score de 0,6173 sur 1. Abidjan devance ainsi le Nigeria et le Ghana, deux poids lourds économiques de la région, dans un classement dominé pour la première fois par le Maroc devant l’Afrique du Sud.

Ousmane Traoré Samba
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Economie
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Indice d’industrialisation en Afrique : la Côte d’Ivoire dans le top 10 devant le Nigeria et le Ghana
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La Côte d’Ivoire se classe au 10e rang des économies africaines les plus industrialisées sur la période 2010-2024, avec un score de 0,6173 sur 1, selon l’édition 2025 de l’Indice d’industrialisation en Afrique (IIA) publiée par la Banque africaine de développement (BAD) en collaboration avec l’Union africaine et l’Organisation des Nations unies pour le développement industriel (ONUDI), présentée en marge des Assemblées annuelles de la BAD le 25 mai. Le pays devance ainsi le Kenya (0,6058, 11e), le Nigeria (0,5914, 14e) et le Ghana (0,5735, 18e) — deux économies longtemps considérées comme les références industrielles de l’Afrique de l’Ouest anglophone.

Ce positionnement est le résultat d’une progression récente : la Côte d’Ivoire est entrée dans le quintile supérieur du classement en 2023 seulement, supplantant la Libye et le Botswana qui y figuraient encore en 2010. Sur les quatorze années couvertes par l’indice, le pays a donc parcouru une trajectoire mesurable : absente du haut du tableau au début de la décennie 2010, elle y occupe désormais la dernière position du top 10, séparée du neuvième, la Namibie (0,6295), par un écart de 122 millièmes.

La BAD attribue ses scores sur une échelle de 0 à 1 en croisant 19 indicateurs. Ceux-ci sont répartis en trois dimensions : performance industrielle — exportations manufacturières, valeur ajoutée, emplois dans les secteurs de moyenne et haute technologie — ; déterminants directs — investissement privé, infrastructures, investissements directs étrangers — ; et déterminants indirects — taille du marché, gouvernance, sécurité. Le pays est noté sur sa situation en 2024, avec une base de comparaison à partir de 2010.

Le Maroc supplante l’Afrique du Sud pour la première fois en quatorze ans

Le fait marquant de cette édition est le basculement en tête du classement. Le Maroc (0,8415) dépasse pour la première fois l’Afrique du Sud (0,8396), longtemps considérée comme la principale base manufacturière du continent. Le Maroc doit son ascension à une modernisation soutenue de son industrie — automobile, aérospatiale, phosphates transformés — et à une diversification de ses exportations vers l’Europe et l’Asie. L’Afrique du Sud recule en raison d’un déclin progressif sur l’ensemble des indicateurs clés.

Le top 10 complet : Maroc (0,8415), Afrique du Sud (0,8396), Égypte (0,7827), Tunisie (0,7760), Maurice (0,6731), Algérie (0,6661), Eswatini (0,6509), Sénégal (0,6368), Namibie (0,6295), Côte d’Ivoire (0,6173).

Le Sénégal figure au 8e rang avec un score de 0,6368, position occupée depuis son entrée dans le quintile supérieur en 2016 — sept ans avant la Côte d’Ivoire. C’est le seul autre pays d’Afrique de l’Ouest francophone dans le top 10.

L’Afrique de l’Ouest à la traîne, malgré des exceptions

La lecture régionale du classement est sévère pour l’Afrique de l’Ouest dans son ensemble. Hors Sénégal et Côte d’Ivoire, le Nigeria et le Ghana — premières et troisièmes économies de la CEDEAO par le PIB — pointent respectivement aux 14e et 18e rangs. Le Togo est 25e (0,5479), le Bénin 24e (0,5519) — une progression notable : le pays figurait bien plus bas dans l’édition précédente. Le Burkina Faso se place 36e (0,5043), le Mali 35e (0,5100), le Niger 40e (0,4835) et la Gambie 50e (0,4120).

L’Afrique du Nord domine le classement, suivie par l’Afrique australe. L’Afrique de l’Ouest, de l’Est et centrale demeurent nettement en retrait. Sur 54 pays évalués, 41 ont amélioré leur score entre 2010 et 2024, mais seuls 24 ont réellement progressé au classement — signe que la hausse absolue des scores masque souvent des améliorations relatives modestes.

Une industrialisation africaine encore marginale à l’échelle mondiale

Au-delà du classement continental, le rapport replace les performances africaines dans le contexte mondial. La valeur ajoutée manufacturière du continent a progressé de 285 à 351 milliards de dollars entre 2020 et 2025, mais elle ne représente toujours que moins de 2 % de la production mondiale et 1,4 % des exportations mondiales de produits manufacturés. L’écart entre les pays du quintile supérieur s’est légèrement resserré — de 0,5977-0,8819 en 2010 à 0,6173-0,8415 en 2024 —, signe d’une convergence modérée. Les pays du quintile inférieur ont en revanche enregistré les progrès moyens les plus importants (10 % de hausse), contre seulement 2,7 % pour le quintile supérieur.

La BAD souligne dans ses conclusions que la performance manufacturière reste le maillon faible de l’ensemble de l’indice et qu’aucun pays africain ne pourra s’industrialiser de manière isolée. Le rapport place la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), les chaînes de valeur régionales, les zones économiques spéciales et les financements mixtes comme leviers prioritaires de la prochaine phase d’industrialisation du continent.

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