Nigeria : les enseignants en grève illimitée après l’enlèvement de dizaines d’élèves à Oyo
Au Nigeria, la crise sécuritaire frappe désormais les écoles du sud-ouest. Dans l’État d’Oyo, le Syndicat nigérian des enseignants a lancé une grève illimitée après l’enlèvement de dizaines d’élèves et de professeurs par des hommes armés, présentés par l’armée comme des djihadistes affiliés à Boko Haram.

Le Syndicat nigérian des enseignants (NUT) a décrété à partir du lundi 1er juin une grève illimitée dans l’État d’Oyo, dans le sud-ouest du Nigeria, pour protester contre l’enlèvement, le 15 mai 2026, de dizaines d’élèves et de leurs enseignants par des hommes armés dans plusieurs communautés rurales. L’armée nigériane a accusé des djihadistes affiliés à Boko Haram d’être responsables de ces enlèvements. Les enseignants avaient déjà tenu des manifestations dans la ville d’Ogbomoso le 19 mai, bloquant les établissements scolaires pour réclamer des mesures de protection urgentes.
Le gouverneur de l’État d’Oyo a confirmé que six personnes ont été arrêtées dans les communautés touchées pour complicité présumée avec les ravisseurs, ainsi que trois autres « personnes d’intérêt ». Les autorités n’avaient pas encore annoncé la libération des otages au moment de la publication. Le gouverneur a attribué la présence de groupes armés dans le sud-ouest à la pression militaire accrue exercée sur ces formations dans le nord-est, qui les aurait poussées à déplacer leurs opérations vers d’autres régions du pays.
L’enlèvement du 15 mai dans l’État d’Oyo s’inscrit dans une série d’attaques contre des établissements scolaires nigérians qui s’est étendue, depuis fin 2025, au-delà des États du nord traditionnel. Le 21 novembre 2025, plus de 300 élèves et 12 enseignants avaient été enlevés de l’internat catholique Saint-Mary de Papiri, dans l’État du Niger – le plus grand enlèvement scolaire depuis celui des 276 lycéennes de Chibok en 2014. Une centaine d’élèves s’étaient évadés, et les autorités avaient annoncé en décembre la libération de l’ensemble des otages restants, sans préciser les conditions. Une semaine avant l’attaque de Papiri, 25 lycéennes avaient été enlevées dans l’internat de Maga, dans l’État de Kebbi.
Le déplacement des groupes armés vers le sud-ouest – région qui n’avait pas connu ce type d’attaques auparavant – constitue un changement de configuration sécuritaire que les autorités fédérales n’avaient jusqu’ici pas anticipé publiquement.
Un phénomène structurel dans l’éducation nigériane
Les enlèvements à des fins de rançon ciblant les établissements scolaires constituent un phénomène documenté au Nigeria depuis au moins 2014, date de l’enlèvement de Chibok. Ils mêlent deux logiques distinctes : les groupes djihadistes comme Boko Haram et l’État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP) utilisent les enlèvements comme outil de propagande et de financement, tandis que des bandits armés non idéologiques s’en servent exclusivement pour lever des rançons. Les deux logiques coexistent dans les différents États touchés, ce qui complique l’attribution des attaques et les stratégies de libération.
L’ONU, par la voix de sa vice-secrétaire générale Amina Mohammed, avait réaffirmé en novembre 2025 que « les écoles doivent être des sanctuaires pour l’éducation et non des cibles ». La grève du NUT dans l’État d’Oyo traduit la rupture de confiance des enseignants face à l’incapacité des autorités à garantir leur sécurité et celle de leurs élèves dans les zones rurales.
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