Guépards du Bénin : une crise interne qui inquiète
À quelques mois du démarrage des éliminatoires de la CAN 2027, la sélection nationale du Bénin semble désormais traverser une zone de fortes turbulences. La suspension d’Olivier Verdon, les résultats récents préoccupants et les difficultés persistantes à stabiliser certains cadres binationaux relancent le débat sur la gouvernance sportive autour des Guépards.

La sélection nationale A du Bénin traverse une période de turbulences profondes. Entre défaites humiliantes, désaffection des binationaux et crise de gouvernance interne, les Guépards abordent les prochaines éliminatoires de la Coupe d’Afrique des Nations 2027 dans un état d’inquiétude généralisée.
Le 18 juin 2026, la Fédération Béninoise de Football (FBF) a prononcé une suspension de six mois ferme, assortie de six mois supplémentaires avec sursis, à l’encontre du défenseur central international Olivier Verdon. Le communiqué, signé par le secrétaire général Claude Paqui, invoque « plusieurs manquements aux règles de discipline, de fonctionnement interne, de respect des consignes de l’encadrement et des obligations de vie collective ». La FBF a choisi de ne pas divulguer les circonstances exactes ayant conduit à cette décision, affirmant qu’elle « ne communiquera pas davantage ».
Ce n’est pourtant pas une surprise. Dès mars 2025, lors des éliminatoires du Mondial 2026, Gernot Rohr avait déjà publiquement écarté Verdon pour des « soucis de communication et de respect mutuel », le joueur étant accusé d’avoir menti au staff technique sur les véritables raisons d’une absence. Le défenseur avait depuis été tenu à l’écart des rassemblements de novembre 2024 et mars 2025. La sanction formelle de juin 2026 marque donc la conclusion d’un long bras de fer, mais elle rouvre aussi, dans l’opinion publique béninoise, une plaie bien plus large : le malaise profond entre la direction technique et les cadres de l’équipe.
Le phénomène binationaux
La situation de Verdon n’est que le dernier épisode d’une série qui interpelle. Plusieurs binationaux ayant contribué à l’essor des Guépards ont progressivement tourné le dos à la sélection.
Rudy Gestede, légende de l’attaque béninoise (11 sélections, 3 buts), avait annoncé dès avril 2017 sa retraite internationale en invoquant des « raisons personnelles », dans un contexte où des tensions avec le public béninois, qui lui reprochait un manque d’implication, avaient pesé lourd. Son départ prématuré avait privé le Bénin d’un attaquant de niveau Championship anglais à son meilleur.
Cebio Soukou, lui, a claqué la porte d’une manière bien plus retentissante. Non retenu par Gernot Rohr dès son arrivée, le milieu offensif a déclaré en mars 2024 sur Facebook : « Je porterai toujours notre maillot avec fierté et honneur, mais pas avec l’entraîneur actuel ». Pourtant meilleur passeur décisif de l’histoire de la sélection, Soukou a été régulièrement ignoré par Rohr, qui a justifié ses absences par des « insuffisances techniques », un motif jugé insuffisant par bon nombre d’observateurs, au regard de ses performances constantes en club. À ce jour, Soukou reste en retrait de la sélection.
Andréas Hountondji représente le cas le plus récent et le plus préoccupant. L’attaquant du FC St. Pauli (Bundesliga) a décliné sa convocation pour la CAN 2025 en invoquant une blessure, alors qu’il était aligné d’entrée par son club le même jour face à Mayence. En mars 2026, il a de nouveau décliné l’appel de Gernot Rohr, évoquant des « raisons personnelles ». Cette double défection a choqué les supporteurs, d’autant que le joueur, auteur de 4 buts en 16 apparitions cette saison, est considéré comme l’un des attaquants les plus doués de la sélection.
Olivier Verdon ferme désormais cette liste noire, lui qui évoluait encore comme capitaine lors du désastreux Bénin-Togo (1-5) du 9 juin 2026, avant sa suspension officielle neuf jours plus tard.
La question centrale
La FBF ne manque pourtant pas d’ambition affichée. En avril 2026, la Fédération et le ministère des Sports ont organisé une journée officielle de détection à Pantin (France) pour recruter des binationaux évoluant en Europe ( France, Belgique, Allemagne, Canada). Vincent Rautureau, directeur technique, affirmait à juste titre que « nous sommes de plus en plus sollicités par des binationaux. Cela montre que le Bénin attire et intéresse de plus en plus de joueurs ».
Mais ce discours d’attractivité se heurte à la réalité du terrain. Plusieurs joueurs contactés ne répondent même pas aux sollicitations. En 2023, Gernot Rohr avait révélé que le latéral droit Colin Dagba (formé au PSG) n’avait « jamais répondu » à leurs multiples messages. Le sélectionneur lui-même avait déclaré qu’ « on ne va pas courir derrière un joueur. Nous voulons des joueurs enthousiastes à l’idée de nous rejoindre », une posture compréhensible sur le principe, mais qui masque un problème structurel que le projet sportif et l’environnement humain de la tanière ne suffisent plus à convaincre.
Les critiques publiques du sélectionneur envers ses propres joueurs alimentent également ce malaise. Après la défaite 3-0 face au Burkina Faso en novembre 2025, Rohr avait publiquement déclaré sur Jordan Lawson et Adam Akimey qu’il « ne voi(ait) pas encore la qualité » qu’ils pouvaient apporter, une habitude de « pointer du doigt » en public qui, selon des sources proches du groupe, décourage les vocations. Dans un environnement où la gestion humaine est devenue le point faible le plus visible de Rohr, il est difficile de vendre le projet béninois à des binationaux installés dans de grands championnats européens.
Des chiffres qui inquiètent
Sur le plan des résultats, les signaux d’alarme s’accumulent. Lors de la fenêtre FIFA de juin 2026, les Guépards ont d’abord été tenus en échec 1-1 par le Niger, avant de sombrer face aux Éperviers du Togo sur le score de 5-1, la plus lourde défaite de l’ère Rohr. L’équipe était amputée de 8 cadres (Steve Mounié, David Kiki, Rachid Moumini, Yohan Roche, Tosin Aiyegun, Tamimou Ouorou, Sessi d’Almeida, Junior Olaitan), mais les failles exposées ( désorganisation défensive, expulsion de Samadou Attidjikou à la 51e minute, buts encaissés sur corner et contres ) révèlent une profondeur de banc insuffisante et une fragilité collective préoccupante.
Sur ses 10 dernières sorties, le bilan national affiche un maigre 3 victoires, 2 nuls, 5 défaites, marqué par une fébrilité défensive chronique. La défaite 4-0 face au Nigeria en octobre 2025, lors de la dernière journée des éliminatoires du Mondial 2026, reste dans les mémoires. Elle avait mis fin au rêve d’une première participation béninoise à une Coupe du Monde.
À la CAN 2025 au Maroc, le Bénin avait certes atteint les huitièmes de finale, une deuxième qualification en phase à élimination directe de son histoire, mais avait cédé face à l’Égypte (3-1 a.p.) après avoir perdu contre la RD Congo (0-1) et le Sénégal (0-3).
Le chantier CAN 2027
Le tirage au sort des éliminatoires de la CAN 2027 (Kenya-Ouganda-Tanzanie), effectué au Caire le 19 mai 2026, a placé le Bénin dans le Groupe F aux côtés du Burkina Faso (tête de série), de la Mauritanie et de la République centrafricaine. Seuls les deux premiers du groupe décrocheront leur qualification.
Le calendrier des éliminatoires est serré : la première fenêtre est fixée du 21 septembre au 6 octobre 2026, la seconde du 9 au 17 novembre 2026, et la troisième du 22 au 30 mars 2027. C’est précisément dans cette fenêtre de septembre que la suspension d’Olivier Verdon prendra tout son impact. Le défenseur central, pilier du dispositif défensif, sera en principe absent de la première et possiblement de la deuxième fenêtre.
Sans Verdon, sans Soukou, avec un Hountondji dont la disponibilité reste une question ouverte, et face à un Burkina Faso toujours redoutable, la mission qualificative s’annonce complexe, voire périlleuse.
La nécessité d’une réforme de gouvernance
Au-delà des cas individuels, c’est un problème systémique de gestion qui se dessine. La FBF a bien tenu, en avril 2025, une réunion d’urgence avec Gernot Rohr pour évoquer les performances décevantes et recommander « le rajeunissement de l’effectif ». Mais recommander et agir sont deux choses différentes. Deux ans après cette réunion, les mêmes tensions ressurgissent, les mêmes visages disparaissent, et les mêmes questions restent sans réponse publique.
Le modèle de recrutement des binationaux, qui constitue l’épine dorsale de l’équipe nationale depuis une décennie, exige un contrat moral clair : conditions d’accueil, communication transparente, gestion humaine respectueuse, et surtout un projet sportif cohérent et crédible. Sans cela, les opérations de séduction à Pantin resteront des vitrines sans lendemain.
Une Assemblée générale extraordinaire de la FBF, réunissant dirigeants, staff technique, joueurs cadres et représentants des supporteurs, s’impose comme un préalable nécessaire, non pas pour désigner des coupables, mais pour reconstruire un contrat de confiance autour de la sélection nationale, avant que les éliminatoires de septembre ne transforment la crise latente en désastre sportif.



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