Côte d’Ivoire : le FMI valide un décaissement de 843,9 millions de dollars
À l’issue d’une mission d’évaluation conduite à Abidjan, le Fonds monétaire international s’apprête à débloquer une nouvelle tranche de financement en faveur de la Côte d’Ivoire. Le pays affiche un déficit budgétaire ramené à 3 % du PIB et une croissance projetée à 6 % en 2026, malgré un environnement international fragilisé.

Nouveau cap dans la coopération financière entre la Côte d’Ivoire et le Fonds monétaire international. Au terme d’une mission d’une semaine conduite à Abidjan par Geneviève Verdier, l’institution de Bretton Woods a annoncé un décaissement total d’environ 843,9 millions de dollars en faveur du pays, sous réserve de l’approbation finale par son Conseil d’administration.
Cette enveloppe se décompose en deux tranches. La première, d’un montant de 509,5 millions de dollars, sera versée au titre des programmes combinés du mécanisme élargi de crédit (MEDC) et de la facilité élargie de crédit (FEC). La seconde, de 334,4 millions de dollars, relève de la facilité pour la résilience et la durabilité (FRD), un instrument plus récent du FMI conçu pour soutenir les efforts d’adaptation et d’atténuation face au changement climatique. Pendant son séjour, la délégation a évalué l’avancement de l’ensemble de ces programmes en concertation avec les autorités ivoiriennes.
Le verdict des équipes du Fonds est clairement favorable. Selon le communiqué publié à l’issue de la mission, les autorités ivoiriennes ont atteint leurs principaux objectifs économiques, avec en particulier la résorption des déséquilibres macroéconomiques, une contribution à la reconstitution des réserves régionales et des avancées dans la transformation structurelle de l’économie comme dans les réformes liées à la résilience climatique.
Un déficit budgétaire dans les clous de l’UEMOA
Sur le terrain budgétaire, l’année 2025 s’est conclue par une performance saluée par les bailleurs : le déficit a été ramené à 3 % du PIB, niveau qui correspond précisément au plafond fixé par les critères de convergence de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Cette consolidation, selon Geneviève Verdier, a été rendue possible par une mobilisation accrue des recettes fiscales, conjuguée à une maîtrise plus stricte des dépenses publiques.
Au-delà du seul équilibre des comptes, le FMI met en avant les progrès enregistrés sur le front des réformes structurelles. La consolidation du compte unique du Trésor — qui centralise la gestion des liquidités publiques — est citée comme un levier décisif d’amélioration de la trésorerie de l’État. Les équipes du Fonds soulignent également le renforcement de la gouvernance des entités publiques, censé réduire les risques de blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme. Autant d’éléments techniques qui, mis bout à bout, dessinent une crédibilité renforcée de la signature ivoirienne sur les marchés.
Du côté des projections macroéconomiques, le FMI table sur une croissance ivoirienne de 6 % en 2026, contre 6,5 % en 2025. Le ralentissement, modeste, est attribué à un fléchissement de la demande et à un attentisme accru des investisseurs dans un contexte international tendu — au premier rang duquel le conflit au Moyen-Orient, qui pèse sur les chaînes d’approvisionnement et les anticipations économiques mondiales. Malgré ce coup de frein, l’économie ivoirienne reste, selon le Fonds, l’une des plus dynamiques de la sous-région et conserve sa qualification de résiliente.
L’inflation, en revanche, devrait connaître un net ressaut. Quasi nulle en 2025 à 0,1 %, elle est attendue à 3,3 % en 2026. Le FMI pointe une combinaison de facteurs comme la hausse des prix internationaux du pétrole et des engrais — deux postes lourds pour une économie comme celle de la Côte d’Ivoire — et les perturbations persistantes des chaînes d’approvisionnement. Cette accélération reste toutefois mesurée et devrait demeurer dans la fourchette tolérée par la BCEAO.
Le compte courant, lui, devrait subir davantage la dégradation des termes de l’échange. Son déficit pourrait s’élargir à 2,2 % du PIB en 2026, contre seulement 0,7 % en 2025 — un creusement significatif qui reflète à la fois le renchérissement des importations énergétiques et la pression mondiale sur les prix des intrants agricoles.
Un signal pour les marchés et les investisseurs
L’annonce de ce nouveau décaissement intervient à un moment stratégique pour la Côte d’Ivoire, qui multiplie les sorties sur les marchés financiers régionaux et internationaux. Le double feu vert du FMI — sur la trajectoire budgétaire d’un côté, sur l’agenda climatique de l’autre — agit comme une forme de label macroéconomique, susceptible d’apaiser les agences de notation comme les investisseurs étrangers à un moment où les pays émergents sont scrutés de près.
Notons toutefois que si les fondamentaux ivoiriens demeurent solides, la conjonction d’un ralentissement de la croissance, d’une inflation en hausse et d’un déficit extérieur qui se creuse oblige les autorités à tenir une ligne de crête, celle de préserver les acquis budgétaires sans sacrifier l’investissement public, dans un environnement régional et international qui ne laisse plus beaucoup de marge à l’improvisation.
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