Le Niger reprend la main sur son pétrole avec 45 % de Wapco
Le Niger et la CNPC ont signé plusieurs protocoles d’accord destinés à relancer la coopération pétrolière après près d’un an de tensions. L’accord prévoit notamment une prise de participation de 45 % de l’État nigérien dans la société Wapco, gestionnaire de l’oléoduc vers le Bénin, une baisse du tarif de transport du brut et un renforcement de la présence des travailleurs nigériens dans la chaîne pétrolière.

Le Premier ministre nigérien Ali Mahamane Lamine Zeine a présidé lundi 18 mai 2026 à Niamey la signature de plusieurs protocoles d’accord avec la China National Petroleum Corporation (CNPC), mettant fin à près d’un an de différend sur les conditions d’exploitation et de transport du pétrole nigérien. L’accord central prévoit une prise de participation de 45 % de l’État nigérien dans la West African Pipeline Company (Wapco), filiale de la CNPC gestionnaire de l’oléoduc d’exportation reliant le champ d’Agadem, dans le bassin de Termit à l’est du pays, au terminal portuaire de Sèmè au Bénin. L’État nigérien ne détenait jusqu’à présent aucune part dans cette société.
Les accords incluent également la réduction du tarif de transport via cet oléoduc de 27 à 15 dollars le baril, une économie évaluée à 106 millions de dollars par an pour le trésor nigérien. Les deux parties se sont en outre accordées sur le rapatriement au Niger des revenus générés par les exportations de brut, disposition jusqu’ici non formalisée.
Les protocoles prévoient par ailleurs une hausse substantielle du taux de « nigérisation » des emplois dans les trois sociétés impliquées dans la chaîne pétrolière nationale. La CNPC Niger devra confier 60 % de ses postes de management et 90 % de son effectif global à des Nigériens ; Wapco devra atteindre 60 % de management local et 80 % de postes d’exécution ; la Société de raffinage de Zinder (Soraz) devra assurer 85 % de son fonctionnement avec du personnel national. Au total, 452 emplois supplémentaires doivent être créés d’ici 2030. Un investissement d’un milliard de dollars est également prévu pour relancer deux projets pétroliers, ce qui pourrait porter la production nationale à 145 000 barils par jour d’ici 2029, selon le ministre des Affaires étrangères Bakary Yaou Sangaré.
Les négociations avaient été conduites depuis juin 2025 en Chine par un comité institutionnel placé sous la direction du ministre Sangaré. La cérémonie de signature a réuni Sangaré et Zhang Yu, directeur général de la CNPC Niger.
Un différend ouvert au printemps 2025
Les relations entre Niamey et la CNPC s’étaient fortement dégradées au printemps 2025. Le gouvernement de transition dirigé par le général Abdourahamane Tiani avait accusé les représentants de la société chinoise de mépriser la réglementation nigérienne et leur avait réclamé des arriérés d’impôts. Au plus fort de la crise, plusieurs cadres dirigeants de la CNPC et de ses filiales avaient été sommés de quitter le territoire, et la société avait été contrainte de quitter ses locaux du complexe hôtelier Solux à Niamey.
Le gouvernement avait alors posé une série d’exigences formalisées lors du conseil des ministres du 18 mars 2025 : uniformisation des grilles salariales entre expatriés et Nigériens dans les trois sociétés, ouverture du capital de Wapco à l’État, désignation de représentants nigériens à des postes opérationnels aux mêmes conditions que les expatriés chinois, et relèvement des taux de sous-traitance confiée aux entreprises locales. Ces exigences sont en grande partie reprises dans les protocoles du 18 mai.
La suspension des exportations via l’oléoduc Niger-Bénin, longue de 1 980 kilomètres et construite par la CNPC pour un coût de 7 milliards de dollars, avait également pesé sur les négociations. Niamey avait par ailleurs exploré une réorientation des exportations via le pipeline Tchad-Cameroun.
La participation dans Wapco reste un accord de principe
La prise de 45 % dans Wapco est pour l’heure un accord de principe. Les modalités commerciales — valorisation de la société, conditions financières de l’entrée au capital, calendrier — doivent encore être négociées entre les parties, selon les termes du protocole tels que rapportés par l’Agence Nigérienne de Presse. Cette précision est absente de la plupart des communiqués officiels qui présentent l’accord comme définitif.
La Wapco est distincte de la CNPC Niger Petroleum (CNPCNP), qui assure l’extraction du brut sur le champ d’Agadem, dont la capacité de production était évaluée à environ 20 000 barils par jour avant la crise. La SNPI, société publique créée par décret le 18 mai 2026 pour gérer les pipelines intérieurs, est une entité séparée de Wapco, qui opère quant à elle le pipeline d’exportation vers le Bénin.