Taïwan défie la Chine avec la visite de son président Lai Ching-te en Eswatini
Le président taïwanais Lai Ching-te a été reçu samedi 2 mai par le roi Mswati III en Eswatini, dernier État africain à entretenir des relations diplomatiques avec Taïwan, après l’annulation d’un premier voyage prévu fin avril en raison du retrait par certains pays de la région d’autorisations de survol.

Le déplacement, dont le calendrier initial coïncidait avec les célébrations des 40 ans de règne et du 58e anniversaire du roi Mswati III, avait été annulé à la dernière minute, plusieurs États voisins ayant refusé l’accès à leur espace aérien à l’avion présidentiel taïwanais. Taipei a finalement organisé la visite quelques jours plus tard, sans que les itinéraires retenus aient été détaillés publiquement.
À Mbabane, capitale administrative de l’Eswatini, Lai Ching-te a été accueilli avec les honneurs militaires. Les deux dirigeants ont signé un accord d’assistance mutuelle en matière douanière et tenu des entretiens bilatéraux. Le roi Mswati III a réaffirmé le soutien de son royaume à la participation de Taïwan aux instances internationales, tandis que le président taïwanais a insisté sur le droit de l’île à contribuer aux affaires mondiales malgré les obstacles diplomatiques imposés par Pékin.
Une exception sur le continent
L’Eswatini est le seul État africain à reconnaître officiellement la République de Chine (Taïwan), une position qu’il maintient depuis l’indépendance du pays en 1968. Tous les autres États du continent ont basculé vers la République populaire de Chine, le plus récent ayant été le Burkina Faso en 2018, puis Sao Tomé-et-Principe en 2016 et la Gambie en 2013.
La position d’Eswatini est entretenue par des programmes de coopération bilatérale couvrant la santé, l’agriculture, la formation, les infrastructures et l’éducation. Taïwan est l’un des principaux donateurs internationaux du royaume et finance plusieurs projets emblématiques, dont des hôpitaux, des écoles et le Centre technique de Manzini.
Le maintien de cette relation a un coût diplomatique direct. Pékin a annoncé en février l’exclusion de l’Eswatini de la suppression des droits de douane chinois sur les exportations africaines, mesure entrée en vigueur le 1er mai et applicable aux 53 autres États du continent. La Chine conditionne l’accès à ses préférences commerciales à la reconnaissance de la politique d’une seule Chine.
Un terrain d’affrontement diplomatique
La visite intervient dans un contexte de pression accrue de Pékin sur les derniers alliés diplomatiques de Taïwan, qui sont au nombre de douze à l’échelle mondiale, principalement situés en Amérique centrale, dans les Caraïbes, dans le Pacifique et au Vatican. La Chine a notamment intensifié ses opérations diplomatiques pour rallier ces États, en proposant aide au développement, investissements et programmes d’infrastructures.
Lai Ching-te, élu président de Taïwan en janvier 2024, est issu du Parti démocrate progressiste (DPP), historiquement favorable à une affirmation distincte de l’identité taïwanaise. Son déplacement en Eswatini était son premier en Afrique depuis son arrivée au pouvoir et constitue un acte politique destiné à signaler que Taipei entend préserver ses derniers points d’ancrage sur le continent.
L’Eswatini, royaume enclavé entre l’Afrique du Sud et le Mozambique, est dirigé depuis 1986 par Mswati III, l’un des derniers monarques absolus au monde. Le pays compte environ 1,2 million d’habitants pour un territoire de 17 364 km².
Articles liés
CAN 2025 : Mohammed VI n’a pas accédé à la demande de grâce de Diomaye Faye pour les supporters sénégalais détenus
Enoch Adeboye : « Ne vous mariez pas avec une femme qui ne sait pas cuisiner »
Nigeria : restée sans enfant pendant 14 ans, elle décède après avoir mis au monde des quintuplés
Bénin : une femme repêchée vivante d’une citerne de 15 m à Bohicon