Sénégal : élu président, Ousmane Sonko promet une Assemblée “ferme mais responsable”

Ousmane Sonko a été élu mardi 26 mai président de l’Assemblée nationale du Sénégal avec 132 voix favorables sur 133 votants, soit une abstention et aucune voix contre. Le scrutin s’est tenu après le boycott des députés de l’opposition, qui avaient quitté la salle au début de la séance pour protester contre ce qu’ils estiment être une violation du règlement intérieur. La séance, supervisée par le premier vice-président de l’institution Ismaïla Diallo, a débuté à 9h23 sous la forme d’un vote à bulletin secret.

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Sénégal : élu président, Ousmane Sonko promet une Assemblée “ferme mais responsable”
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Sonko avait au préalable été réintégré dans ses fonctions de député, sous les applaudissements des élus Pastef présents dans l’hémicycle. Son suppléant Ismaïla Wone avait renoncé au mandat pour lui céder la place. La majorité constitutionnelle requise pour l’élection au perchoir était fixée à 67 voix. La réunion faisait suite à la démission d’El Malick Ndiaye de la présidence de l’Assemblée, le 24 mai, et au limogeage de Sonko de la Primature par le président Bassirou Diomaye Faye, le 22 mai. Dans son premier discours depuis le perchoir, Sonko a déclaré que l’Assemblée nationale « utilisera de manière ferme mais responsable tous les leviers de pouvoir ».

Sur les 165 sièges que compte l’Assemblée, les 32 députés appartenant aux groupes d’opposition, n’ont donc pas pris part au vote. Le Pastef dispose de 130 sièges et a été rejoint par des élus appartenant à des groupes proches, portant le total des votants à 133. Le chiffre de 132 voix sur 133 votants contraste avec les 165 sièges de la chambre, ce qui illustre l’ampleur effective du boycott.

Une contestation constitutionnelle persistante

Le boycott de l’opposition repose sur une controverse juridique non tranchée publiquement. Sonko avait conduit la liste nationale du Pastef lors des législatives de novembre 2024 alors qu’il était Premier ministre en exercice. Selon ses détracteurs, dont Thierno Alassane Sall, député non inscrit, son élection comme député dans cette situation d’incompatibilité le privait définitivement de son mandat parlementaire. Sall avait qualifié la procédure de tentative de provoquer « une crise institutionnelle majeure ». L’opposition parlementaire a utilisé les termes de « braquage » et de « coup d’État constitutionnel » dans ses réactions rapportées par plusieurs médias sénégalais.

Deux juristes, Cheikhou Oumar Sy et Théodore Chérif Monteil, anciens élus, ont soutenu dans une tribune publiée sur SenePlus que le cas Sonko relève des articles 123 et 132 du règlement intérieur — applicables aux citoyens qui entrent au Parlement alors qu’ils exercent déjà des fonctions gouvernementales — et non de l’article 124, qui organise une suppléance provisoire pour les députés nommés ministres. Selon eux, la rupture avec le mandat était « définitive » et non temporaire, l’article 56 de la Constitution permettant le retour au siège ne s’appliquant pas à cette configuration.

Le président Faye avait saisi le Conseil constitutionnel avant la séance sur la question de la réintégration de Sonko. Les conclusions de cette saisine n’avaient pas été rendues publiques au moment de la tenue du vote.

Une configuration institutionnelle sans précédent depuis 2024

L’élection de Sonko au perchoir place pour la première fois depuis le début du mandat de Faye les deux figures fondatrices du Pastef à la tête de deux institutions distinctes : le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô — nommé lundi par Faye pour succéder à Sonko à la Primature — représente le pôle exécutif choisi par la présidence, tandis que Sonko dirige désormais le pouvoir législatif.

Faye ne peut pas dissoudre l’Assemblée nationale avant novembre 2026, soit deux ans après le début de la 15e législature. La fidélité des 130 élus Pastef — à Faye ou à Sonko — constitue dès lors l’un des paramètres centraux de la séquence politique qui s’ouvre. Sonko a salué dans son discours inaugural le travail du nouveau Premier ministre Al Aminou Lô tout en affirmant la volonté de l’Assemblée d’user pleinement de ses prérogatives de contrôle.

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