Sénégal : le limogeage de Sonko ouvre une crise politique au sommet de l’État
Le limogeage d’Ousmane Sonko de la Primature, vendredi 22 mai 2026, marque une rupture majeure au sommet de l’État sénégalais. Entre tensions politiques, bataille d’influence au sein du PASTEF et perspective de la présidentielle de 2029, l’ancien Premier ministre semble désormais engagé dans une stratégie d’opposition frontale face au président Bassirou Diomaye Faye.

Le Sénégal entre dans une nouvelle séquence politique après le limogeage d’Ousmane Sonko de son poste de Premier ministre. La décision, prise vendredi 22 mai 2026 par le président Bassirou Diomaye Faye, consacre la rupture entre deux hommes longtemps présentés comme les visages d’un même projet politique.
À l’annonce de son départ du gouvernement, Ousmane Sonko a affiché une sérénité calculée. Sur ses réseaux sociaux, l’ancien chef du gouvernement a réagi par une formule brève, indiquant qu’il dormirait « le cœur léger » à la cité Keur Gorgui. Quelques heures avant son limogeage, il avait déjà laissé entendre que son parti, le PASTEF, n’excluait pas un retour dans l’opposition si le président s’éloignait de la ligne politique défendue par la formation.
Cette sortie donne le ton d’une nouvelle étape dans le bras de fer entre les deux figures de l’exécutif sénégalais. Ousmane Sonko ne quitte pas seulement la Primature. Il retrouve aussi une liberté de parole qui pourrait rapidement transformer son départ du gouvernement en repositionnement politique majeur. Président du PASTEF, il conserve une influence considérable sur la base militante du parti et sur une partie de la majorité parlementaire.
Une forte base militante
Dans son camp, les réactions n’ont pas tardé. Des responsables proches de l’ancien Premier ministre, dont Waly Diouf Bodian, ont exprimé publiquement leur soutien. La mobilisation observée à la cité Keur Gorgui, dans la soirée du limogeage, a confirmé que Sonko demeure une figure centrale pour de nombreux militants. Quelques jours plus tôt, le 17 mai, un rassemblement à Dakar avait déjà pris les allures d’une démonstration de force autour de la perspective d’une candidature de Sonko à la présidentielle de 2029.
Le limogeage apparaît ainsi comme l’aboutissement d’une tension installée depuis plusieurs mois. À l’origine, le duo Diomaye-Sonko s’était construit sur une alliance politique singulière. Empêché de se présenter à la présidentielle de 2024, Ousmane Sonko avait soutenu la candidature de Bassirou Diomaye Faye, alors présenté comme son fidèle lieutenant. Élu dès le premier tour, ce dernier avait nommé Sonko à la Primature, donnant l’image d’un tandem soudé.
Mais cette architecture politique a progressivement montré ses limites. Les désaccords se sont multipliés autour de la direction du pouvoir, du rôle du PASTEF, de la structuration de la coalition présidentielle et des choix institutionnels. La nomination d’Aminata Touré pour restructurer la coalition « Diomaye Président » a notamment été perçue par certains proches de Sonko comme un signal politique hostile. D’autres épisodes, liés aux négociations avec le FMI ou au vote de réformes électorales, ont accentué la méfiance entre la présidence et la Primature.
Le président Bassirou Diomaye Faye avait lui-même préparé le terrain à une éventuelle rupture. Dans une intervention télévisée au début du mois de mai, il avait rappelé que le Premier ministre ne pouvait rester en fonction que tant qu’il bénéficiait de sa confiance. Il avait également dénoncé une personnalisation excessive autour du chef du gouvernement, laissant entendre que l’autorité présidentielle devait primer sur les rapports de force internes au parti.
Pour Ousmane Sonko, cette éviction pourrait toutefois ouvrir une nouvelle phase stratégique. Libéré de la solidarité gouvernementale, il peut désormais critiquer plus frontalement l’action de Diomaye Faye et tenter de capter la déception d’une partie de l’électorat qui avait porté le projet de rupture en 2024. Son discours pourrait s’articuler autour d’une idée simple : le pouvoir aurait dévié de la ligne initiale défendue par le PASTEF.
2029 en ligne de mire
La présidentielle de 2029 se profile déjà comme l’horizon de cette recomposition. La question de l’éligibilité de Sonko reste centrale. Une modification du code électoral, adoptée fin avril 2026 par l’Assemblée nationale dominée par le PASTEF, pourrait lui permettre de revenir dans la course électorale, sous réserve d’une validation institutionnelle. L’opposition y voit une réforme taillée sur mesure pour l’ancien Premier ministre, tandis que ses partisans y voient une correction nécessaire après son exclusion du scrutin de 2024.
Le départ de Sonko pose aussi la question de l’avenir de la majorité. Le PASTEF, qui dispose d’un poids déterminant au Parlement, pourrait devenir un instrument de pression contre le nouveau gouvernement. Si le parti reste fidèle à son président, Bassirou Diomaye Faye pourrait se retrouver dans une position délicate, avec une légitimité présidentielle forte mais une base partisane fragilisée.
Dans l’opposition traditionnelle, cette fracture est observée avec attention. Les adversaires de Sonko et de Diomaye Faye pourraient chercher à exploiter la division du camp au pouvoir. Barthélémy Dias, figure politique critique à l’égard de Sonko, pourrait notamment tirer parti de cette recomposition pour affaiblir le président tout en maintenant sa distance avec l’ancien Premier ministre.
Au-delà des stratégies individuelles, cette crise marque un tournant pour le Sénégal. Le tandem qui avait incarné l’alternance de 2024 laisse place à une rivalité ouverte. En limogeant Ousmane Sonko, Bassirou Diomaye Faye affirme son autorité présidentielle. En quittant la Primature, Sonko redevient un acteur politique libre, capable de mobiliser la rue, le parti et le Parlement.
La rupture entre les deux hommes ne se limite donc pas à un changement de Premier ministre. Elle ouvre une bataille politique de longue durée, avec en ligne de mire les élections locales de 2027 et surtout la présidentielle de 2029. Le Sénégal entre ainsi dans une période d’incertitude, où l’ancien duo au pouvoir pourrait devenir le principal axe de confrontation de la vie politique nationale.
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