Sénégal : autorités, associations et survivantes confrontées aux féminicides

En 2025, les autorités ont recensé 18 féminicides au niveau national, un total qui reflète uniquement les cas connus et relayés par les médias et qui est donc largement sous-estimé. Les responsables sénégalais reconnaissent que la situation des femmes paraît particulièrement préoccupante. Le président Bassirou Diomaye Faye a employé pour la première fois le terme « féminicide » lors de ses vœux du 31 décembre, un geste salué comme symbolique par des survivantes et leurs soutiens, qui demandent cependant des mesures concrètes.

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Sénégal : autorités, associations et survivantes confrontées aux féminicides
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En 2025, les autorités ont recensé 18 féminicides au niveau national, un total qui reflète uniquement les cas connus et relayés par les médias et qui est donc largement sous-estimé. Les responsables sénégalais reconnaissent que la situation des femmes paraît particulièrement préoccupante. Le président Bassirou Diomaye Faye a employé pour la première fois le terme « féminicide » lors de ses vœux du 31 décembre, un geste salué comme symbolique par des survivantes et leurs soutiens, qui demandent cependant des mesures concrètes.

De notre correspondante à Dakar : dans une maison familiale, des femmes se réunissent autour d’un thé. À l’étage, un lit reste prêt « au cas où » : cet espace sert d’abri pour des femmes ayant subi des violences.

Ngoné Sarr, présidente des badiénou gokh — ces marraines de quartier de la commune de Ouakam — rapporte recevoir des appels de femmes disant qu’elles craignent pour leur vie si elles restent chez elles. Elle garde son téléphone allumé en permanence, y compris la nuit, pour pouvoir répondre.

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Les violences faites aux femmes gagnent en visibilité

Ngoné Sarr indique ne pas travailler pour l’État ni pour une association, mais que son adresse et son numéro circulent parfois jusqu’à Matam, une région où il n’existe aucun lieu d’accueil pour les femmes exposées à la violence. Elle affirme prendre ces femmes en charge faute de structures adaptées, tout en reconnaissant son manque de moyens et d’accompagnement, et en estimant que c’est l’État qui doit assumer cette mission ; néanmoins, elle refuse de laisser une femme dormir dans la rue.

À Guédiawaye, la Maison Rose est présentée comme une structure pionnière d’accueil. Nabou, 20 ans, y est hébergée depuis deux mois. Orpheline, elle dit avoir fui une situation de prostitution forcée au sein de son entourage.

Selon son récit, sa tante lui avait demandé de se rendre chez l’un de ses amis ; sur place, elle a compris qu’il s’agissait d’un lieu de prostitution et un homme l’a contrainte à un rapport sexuel. Le lendemain, lorsque Nabou s’est confiée à sa tante, celle-ci lui a répondu qu’elle n’en avait rien à faire.

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Après plusieurs séances de travail sur son vécu entourée d’autres survivantes à la Maison Rose, Nabou adresse un message au président : elle demande des actions pour aider les femmes à accéder à l’emploi afin d’accroître leur autonomie et d’obtenir le respect des hommes, qu’elle qualifie souvent de « macho ».

Ces derniers mois, les violences contre les femmes sont devenues un thème largement débattu et dénoncé dans l’espace public, notamment à la suite de meurtres de femmes intervenus en milieu domestique.

Mona Chasserio, fondatrice de la Maison Rose, travaille depuis dix-huit ans avec des femmes victimes de différentes formes de violence au Sénégal. Elle observe une libération progressive de la parole : le sujet est abordé dans des conférences et représenté au cinéma, et de plus en plus de femmes semblent prêtes à dévoiler leur secret, estimant que le moment est venu.

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Une enquête de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie, publiée en novembre 2024 et centrée sur les violences basées sur le genre, indique que 70,2 % des Sénégalaises mariées ont subi une forme de violence au sein de leur union. À la mi-janvier, le ministère de la Famille a annoncé son intention d’organiser des assises nationales sur les violences faites aux femmes.

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