RDC : le transfert de l’influenceuse Denise Mukendi à Kinshasa, signe d’une offensive judiciaire et numérique
Denise Mukendi Dusauchoy, une influenceuse congolaise passée du soutien au président Félix Tshisekedi à une critique virulente de son pouvoir, a été transférée dans la nuit à Kinshasa après son arrestation le 30 août en Tanzanie, a annoncé le ministère congolais de la Justice. L’opération a été menée en exécution d’un mandat d’arrêt délivré par la justice de la République démocratique du Congo (RDC).

- Une mise en garde répétée contre les attaques en ligne
- D’ancienne partisane du pouvoir à soutien de l’AFC/M23
- Une première condamnation à trois ans de prison en 2024
- Une procédure distincte en Belgique
- Un dispositif plus large contre les « campagnes commanditées » en ligne
- Une coopération judiciaire déjà éprouvée avec la Tanzanie
Dans un communiqué diffusé dans la nuit du 31 août au 1er septembre, le ministère précise que la procédure s’inscrit dans plusieurs dossiers pénaux en cours d’instruction, sans détailler ni les faits reprochés ni les chefs d’accusation envisagés. « L’arrestation de Mme Denise Dusauchoy (Mukendi) constitue un acte de procédure judiciaire et ne préjuge en rien de sa culpabilité », indique le texte, qui rappelle qu’elle demeure présumée innocente jusqu’à une décision judiciaire définitive.
Son arrivée à Kinshasa ouvre une nouvelle étape de la procédure. Les autorités n’ont pas encore précisé devant quel parquet elle sera présentée ni selon quel calendrier celle-ci se poursuivra.
Le ton mesuré de ce communiqué officiel tranche avec celui employé par le porte-parole du gouvernement sur les réseaux sociaux. Dans un message publié sur X quelques heures après l’annonce du transfert, le ministre de la Communication et des Médias, Patrick Muyaya, a qualifié cette arrestation de « première d’une longue liste », prévenant que « où que vous vous trouviez dans le monde, la justice vous atteindra », et invoquant « l’obligation de protéger nos enfants ».
Une mise en garde répétée contre les attaques en ligne
Patrick Muyaya avait déjà averti publiquement, le 13 août, « celles et ceux qui, à travers les réseaux sociaux, excellent dans les insultes, la calomnie et des attaques personnelles », promettant que « le droit sera dit ». Il présente aujourd’hui le transfert de Denise Mukendi comme l’application concrète de cette mise en garde. Selon une source gouvernementale, d’autres personnalités proches de la mouvance M23 seraient également visées par des mandats d’arrêt qui n’ont pas encore été rendus publics.
D’ancienne partisane du pouvoir à soutien de l’AFC/M23
Ancienne candidate à la députation nationale et figure active sur les réseaux sociaux, Denise Mukendi s’était longtemps présentée comme une défenseuse de Félix Tshisekedi, allant jusqu’à annoncer, en juin 2024 à Kinshasa, le lancement de son propre parti politique. Son nom avait ensuite été associé à l’affaire de Jacky Ndala, ancien responsable de la jeunesse du parti Ensemble pour la République, qui affirme avoir été battu et violé pendant sa détention dans les locaux de l’Agence nationale de renseignements (ANR). Dans une vidéo diffusée en 2024, Denise Mukendi avait d’abord revendiqué un rôle dans l’arrestation de Jacky Ndala et dans les faits qu’il dénonce, avant de déclarer, lors de la procédure judiciaire, avoir menti afin de provoquer une confrontation avec lui sur les réseaux sociaux.
Après avoir quitté la RDC, elle a rompu avec le pouvoir et s’est montrée à Goma, ville contrôlée par l’Alliance Fleuve Congo/Mouvement du 23 mars (AFC/M23), ainsi qu’à Kigali. Dans plusieurs vidéos, elle a affirmé publiquement son soutien à l’AFC/M23, avancé que ce mouvement prendrait d’autres villes et dit vouloir dégrader l’image de Félix Tshisekedi à l’étranger. Elle a également diffusé les numéros de téléphone de plusieurs responsables congolais et publié des messages visant le chef de l’État, son épouse et des membres de leur entourage.
Une première condamnation à trois ans de prison en 2024
Denise Mukendi avait été arrêtée une première fois en septembre 2024 à Brazzaville, alors qu’elle cherchait à embarquer pour la France. Remise aux autorités congolaises, elle avait été détenue à la prison de Makala. Le tribunal de paix de Kinshasa-Ngaliema l’avait condamnée, le 16 décembre 2024, à trois ans de prison pour faux bruits, faux en écriture et injures publiques à l’égard de Jacky Ndala et des services de renseignements. Elle avait bénéficié d’une libération conditionnelle en mars 2025, décidée par l’ancien ministre de la Justice Constant Mutamba.
Une procédure distincte en Belgique
L’influenceuse fait également l’objet d’une procédure en Belgique. Le 30 juin 2026, la cour d’appel de Liège l’a condamnée par défaut à trois ans de prison ferme pour non-représentation d’enfant, dans une affaire remontant à 2017 et concernant sa fille, dont l’hébergement principal avait été confié au père. Le ministère congolais de la Justice indique par ailleurs qu’entre octobre et novembre 2025, le procureur général près la Cour de cassation avait adressé trois commissions rogatoires internationales aux autorités judiciaires belges dans des dossiers ouverts au parquet de grande instance de Kinshasa-Gombe et impliquant Denise Mukendi. Des mandats d’arrêt internationaux avaient également été émis à cette occasion.
Un dispositif plus large contre les « campagnes commanditées » en ligne
Le transfert de Denise Mukendi intervient dans un contexte de durcissement du discours gouvernemental sur les réseaux sociaux. Trois jours avant son arrestation, Patrick Muyaya avait présenté au Conseil des ministres une note sur la protection de l’espace informationnel congolais, plaidant pour une stratégie capable de « frapper au cœur du modèle économique de la nuisance » face aux « réseaux coordonnés », aux « campagnes commanditées » et à l’« amplification algorithmique ». Il a recommandé la création d’une task force interministérielle chargée d’un dispositif permanent de veille et d’un cadre de coopération avec les grandes plateformes numériques présentes en RDC. Le ministre de la Justice, Guillaume Ngefa, avait de son côté annoncé au gouvernement des poursuites en cours contre des Congolais accusés d’avoir participé à des « campagnes massives d’insultes », ainsi que des démarches internationales visant à limiter l’usage des réseaux sociaux pour diffuser des discours de haine.
Une coopération judiciaire déjà éprouvée avec la Tanzanie
Le transfert de Denise Mukendi confirme l’efficacité de la coopération entre Kinshasa et Dar es-Salaam lorsqu’une personne recherchée par la justice congolaise se trouve en territoire tanzanien. En janvier 2018, l’ancien colonel John Tshibangu avait déjà été arrêté en Tanzanie après avoir menacé, dans une vidéo, de renverser par les armes le président Joseph Kabila, avant d’être transféré à Kinshasa et poursuivi pour rébellion. Éric Nkuba Shebandu, conseiller de Corneille Nangaa et cadre de l’AFC, avait pour sa part été arrêté à Dar es-Salaam avant d’être transféré en RDC, où il a depuis été condamné à mort.
Cette coopération sécuritaire s’inscrit dans une relation bilatérale plus large. Les 17 et 18 août, moins de deux semaines avant l’arrestation de Denise Mukendi, Félix Tshisekedi s’était rendu à Zanzibar pour rencontrer la présidente tanzanienne Samia Suluhu Hassan. Les deux dirigeants avaient réaffirmé le caractère stratégique de leurs relations ainsi que leur attachement à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de la RDC. Depuis l’arrivée de Guillaume Ngefa à la tête du ministère de la Justice, en août 2025, le gouvernement congolais cherche par ailleurs à renforcer ses mécanismes d’entraide judiciaire avec plusieurs États, dont le Qatar, l’Ouganda, la Zambie, la République du Congo, la Belgique et la Chine, pour les extraditions, les commissions rogatoires et la lutte contre le blanchiment de capitaux.
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