Nigeria : 61 responsables publics liés à 271 millions $ de biens aux États-Unis
Une enquête publiée mardi 22 septembre à Abuja relie 61 responsables publics nigérians, actuels ou anciens, leurs proches et des sociétés affiliées à 284 biens immobiliers aux États-Unis, estimés à près de 271 millions de dollars. Ses auteurs demandent l’ouverture d’enquêtes sur l’origine des fonds.

Sur cet ensemble, 152 propriétés évaluées à environ 177 millions de dollars ont été acquises pendant que les responsables concernés exerçaient leurs fonctions, selon le rapport « Dirty Deeds » de la Plateforme de protection des lanceurs d’alerte en Afrique (PPLAAF), réalisé avec l’Anti-Corruption Data Collective (ACDC).
Les chercheurs indiquent que 230 biens, soit 81 % du total et près de 232 millions de dollars, ont été achetés sans financement apparent dans les registres consultés. Parmi eux, 120 propriétés ont été acquises pendant le mandat des responsables, directement par ceux-ci, leurs conjoints ou leurs sociétés, ou indirectement par des proches et entités associées. L’absence de financement visible constitue un indicateur de risque à vérifier, mais ne prouve pas à elle seule l’origine illicite des fonds.
Trente-neuf des 61 personnes examinées avaient déjà fait l’objet d’accusations publiques, de poursuites ou de condamnations pour corruption, précise PPLAAF. Le rapport cite notamment l’ancien conseiller à la sécurité nationale Sambo Dasuki, l’ex-gouverneur Orji Uzor Kalu, l’ancienne ministre Stella Oduah et Abdulrasheed Maina, ancien responsable de la réforme des retraites. Les situations judiciaires diffèrent selon les personnes et plusieurs ont contesté les accusations portées contre elles.
Des achats retracés sur trois décennies
L’enquête couvre des acquisitions réalisées depuis 1991. Pour attribuer un bien, ses auteurs ont croisé les registres immobiliers officiels américains, les registres de sociétés et des données d’identification. Chaque propriété devait être reliée à la personne concernée par au moins deux éléments indépendants, tels qu’une date de naissance, une adresse, une signature ou une structure d’entreprise. Les estimations reposent sur les valeurs fiscales de 2025 afin d’appliquer une base commune aux 284 biens.
PPLAAF demande aux autorités nigérianes et américaines d’examiner les transactions et les sources de financement, puis de préserver les actifs lorsque la loi le permet. Le rapport ne réclame une restitution que pour les biens dont l’acquisition avec des fonds détournés serait établie. Il relève que 79 propriétés, évaluées à environ 73 millions de dollars, restent liées à 27 personnes publiquement mises en cause pour corruption.
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