RDC : le petit commerce désormais interdit aux étrangers
La République démocratique du Congo a réservé à compter du 30 avril aux seuls opérateurs économiques congolais l’exercice du petit commerce et du commerce de détail, en application d’un décret et d’un arrêté interministériel publiés par le ministère de l’Économie nationale.

Le dispositif, attendu depuis septembre 2025, prend la forme d’un décret fixant les règles d’exercice du petit commerce et du commerce de détail, complété par un arrêté interministériel listant les activités de détail spécialisé qui restent ouvertes aux capitaux étrangers, à condition qu’elles présentent une « forte intensité de capital ». Les contours précis de ces niches dérogatoires n’ont pas encore été détaillés publiquement.
Selon le communiqué du ministère, les opérateurs concernés disposent d’un délai de six mois pour se mettre en conformité avec les nouvelles dispositions. Les autorités présentent la mesure comme un effort de clarification et de modernisation du cadre juridique du commerce intérieur, et annoncent un accompagnement administratif pour la transition.
La mesure réactive un principe inscrit dans la législation économique congolaise depuis les années 1970, à l’époque du Zaïre du président Mobutu Sese Seko, qui avait engagé en 1973 le programme dit de zaïrianisation. La réforme avait alors transféré aux nationaux des biens commerciaux, des plantations et des entreprises détenus par des étrangers, principalement européens, libanais et grecs. Le bilan économique, largement négatif, avait conduit à un mouvement partiel de rétrocession dès 1976.
Le principe de la réservation du petit commerce aux Congolais avait ensuite été dilué par une série d’ajustements réglementaires qui avaient permis à des opérateurs étrangers, notamment ouest-africains et asiatiques, de s’implanter dans des segments initialement réservés aux nationaux. Le décret du 30 avril referme ce périmètre.
Une dynamique régionale
La RDC s’inscrit dans une tendance observée dans plusieurs États africains. Le Gabon a restreint en août 2025 l’accès des expatriés à certaines activités de commerce de proximité dans le cadre de sa politique dite de « gabonisation ». Le Burkina Faso a adopté une mesure équivalente en février 2026.
Ces dispositifs s’inscrivent dans une lecture commune assumée par leurs promoteurs, le commerce de proximité étant présenté comme un outil de souveraineté économique et un levier d’emploi pour les jeunes nationaux. Ils suscitent en parallèle des inquiétudes au sein des communautés ouest-africaines installées dans ces pays, traditionnellement actives dans le commerce informel et la distribution de proximité.
En RDC, les réseaux de commerçants ouest-africains, principalement maliens, sénégalais, guinéens et nigérians, sont implantés dans les marchés de Kinshasa, Lubumbashi et Goma depuis plusieurs décennies. Les ressortissants chinois et indo-pakistanais occupent également une place significative dans le commerce de détail spécialisé, en particulier dans la téléphonie, les textiles et la quincaillerie.
L’application effective de la mesure et le sort réservé aux commerces déjà installés au-delà du délai de six mois constitueront les premiers indicateurs de la portée réelle de la réforme.
Articles liés
Chine : la suppression des droits de douane entre en vigueur pour 53 pays africains
Gabon : 156 milliards de FCFA mobilisés au premier trimestre pour le développement territorial
Crise au Moyen-Orient : hausse attendue de 16% des prix des matières premières
Le Ghana rejette un projet d’accord sanitaire de 109 millions de dollars avec les États-Unis