Nigeria : à Lagos, la crise de la gestion des déchets s’intensifie
Le gouvernement de Lagos a convoqué en urgence les opérateurs privés de collecte des déchets après l’accumulation de détritus dans plusieurs quartiers de la mégapole nigériane. Les autorités pointent l’irrégularité du passage des prestataires et les blocages à la décharge d’Olusosun, alors que les riverains alertent sur les risques sanitaires et les inondations à l’approche de la saison des pluies.

Le gouvernement de l’État de Lagos a ordonné à la Lagos State Waste Management Authority (LAWMA) de convoquer une réunion d’urgence avec les opérateurs du secteur privé (PSP) après l’aggravation de la crise de gestion des déchets dans plusieurs arrondissements, selon un reportage de terrain de Punch Healthwise et une déclaration du commissaire à l’Environnement et aux Ressources en eau, Tokunbo Wahab, rendue publique lundi 1er juin.
Des équipes du Punch Metro ont observé samedi le long de plusieurs axes d’Oshodi, Isolo, Ajao Estate, Ilasamaja, Mushin, Idi Araba et Alimosho des amoncellements de déchets plus importants que lors d’une précédente visite, certains riverains les comparant à de « mini-décharges sauvages ». Devant un immeuble résidentiel de Yusuf Street à Oshodi, des monticules de détritus obstruent partiellement le trottoir sur plusieurs rues adjacentes. Les opérateurs PSP ont attribué ce blocage aux congestions persistantes à la décharge d’Olusosun à Ojota, le principal site d’enfouissement de l’État, qui ralentissent l’ensemble de la chaîne d’évacuation.
Wahab a indiqué que la directive d’urgence adressée à LAWMA résultait des « préoccupations des riverains concernant l’irrégularité du passage des opérateurs PSP, particulièrement dans une zone aussi vaste qu’Alimosho ». Il a exprimé sa satisfaction face à la participation des résidents à la journée mensuelle de salubrité de mai, tenue le même week-end malgré les fêtes de l’Aïd al-Adha, et a annoncé que l’évaluation des arrondissements en vue d’un palmarès de propreté était en cours.
Des risques sanitaires documentés par les riverains
Les déchets accumulés génèrent des risques sanitaires directs selon les résidents entendus par Punch. Les eaux pluviales entraînent les déchets dans les rues et les canalisations, alimentant une prolifération de mouches, moustiques et rongeurs. Plusieurs riverains ont mis en garde contre un risque d’inondation accru avec l’intensification de la saison des pluies, les canalisations étant partiellement obstruées. Une commerçante du quartier a indiqué que certains clients rebroussaient chemin à la vue des déchets, sans que les PSP n’évacuent les détritus rassemblés lors des journées de nettoiement.
Philips Obuesi, analyste en politique de gestion des déchets, a chiffré la production quotidienne de Lagos à plus de 13 000 tonnes métriques, ce qui en fait selon lui l’une des villes productrices de déchets les plus importantes d’Afrique subsaharienne. Il a appelé le gouvernement à décréter un état d’urgence dans le secteur et à décentraliser les opérations en structures de district pour améliorer efficacité et responsabilisation. Selon lui, le défi est davantage de l’ordre organisationnel et logistique que capacitaire.
Une réforme institutionnelle récente à l’épreuve du terrain
Lagos avait réintroduit en début d’année 2026 la journée mensuelle de salubrité environnementale, suspendue depuis près de dix ans. Wahab a estimé que les deux premiers mois d’exercice donnaient des résultats « pas mauvais du tout », citant une participation croissante et une meilleure prise de conscience collective. Le gouvernement local d’Alimosho a déployé deux camions compacteurs supplémentaires en renfort des équipements de LAWMA, une initiative saluée par le commissaire comme « le type de partenariat proactif dont nous avons besoin dans tous les arrondissements ».
Le directeur général de la LAWMA, Muyiwa Gbedegesin, n’avait pas répondu aux appels et messages des journalistes du Punch au moment de la publication.
Lagos, avec une population estimée à plus de 20 millions d’habitants dans son agglomération élargie, est la plus grande métropole d’Afrique subsaharienne. Sa croissance démographique continue exerce une pression croissante sur des infrastructures de gestion des déchets dont la capacité nominale n’a pas été proportionnellement augmentée depuis plusieurs années.
Articles liés
Tourisme et développement local: vers un réaménagement stratégique de l’embarcadère de Ganvié
Le Sénégal touché par une vague de chaleur exceptionnelle
COP31 à Antalya: le Bénin ouvre la sélection de ses jeunes délégués climat
RDC : la réserve forestière de Yangambi élevée au rang de modèle par l’Unesco
Commentaires
Les commentaires se chargent lorsque vous arrivez ici.