Niger : jusqu’à 20 ans de prison dans la nouvelle loi contre l’homosexualité
Le Niger a adopté un nouveau code pénal criminalisant pour la première fois les relations entre personnes de même sexe, avec des peines pouvant aller jusqu’à vingt ans de prison pour certaines infractions liées aux associations ou mariages homosexuels. Cette réforme, promulguée sous les autorités militaires, marque un durcissement majeur dans un contexte régional où plusieurs pays ouest-africains ont récemment renforcé leur législation contre les personnes LGBT.

Le Niger a adopté un nouveau code pénal qui réprime pour la première fois les relations entre personnes de même sexe, passibles de peines de prison. Selon ce texte, dont les dispositions ont été rapportées jeudi 11 juin par une source judiciaire citant le journal officiel, les relations sexuelles entre personnes de même sexe sont punies de cinq ans à moins de dix ans d’emprisonnement, assortis d’une amende pouvant atteindre 100 millions de francs CFA, soit environ 152 000 euros.
Le code prévoit des peines plus lourdes pour d’autres infractions qu’il crée. Le fait de contracter un mariage avec une personne de même sexe est puni de dix à vingt ans d’emprisonnement. La même peine s’applique à quiconque gère, dirige, finance ou participe à des clubs, sociétés ou associations qualifiés d’homosexuels ou « LGBTQIA+ ». Le texte vise toute personne qui « entretient ou tente d’entretenir des relations sexuelles avec une personne de même sexe », et mentionne également des pratiques dites intersexes et asexuelles.
Jusqu’à cette réforme, l’homosexualité n’était pas explicitement réprimée par le droit nigérien. Le code pénal hérité de la période coloniale ne sanctionnait, à travers son article 282, que les actes sexuels ou impudiques commis sur un mineur de moins de 21 ans du même sexe. Le Niger faisait ainsi partie des rares pays de la région à ne pas pénaliser les relations homosexuelles entre adultes consentants.
Engagée sous le précédent régime civil du président Mohamed Bazoum, renversé en juillet 2023, la réforme avait été portée par des organisations musulmanes et des députés invoquant les croyances religieuses et culturelles du pays. Elle est promulguée par les autorités militaires dirigées par le général Abdourahamane Tiani, qui mènent depuis le coup d’État une orientation souverainiste et critique à l’égard des puissances occidentales, accusées d’imposer leurs valeurs.
Un durcissement à l’échelle régionale
Le Niger rejoint plusieurs pays ouest-africains qui ont récemment durci leur législation à l’encontre des personnes LGBT. Au Sénégal, les députés ont adopté le 11 mars 2026 une réforme de l’article 319 du code pénal alourdissant les sanctions pour les actes qualifiés de « contre nature ». Le Burkina Faso et le Mali ont criminalisé l’homosexualité en 2024, et le Parlement ghanéen a voté la même année un texte aggravant les peines visant les personnes LGBT.
Ce mouvement a été décrit par des organisations de défense des droits humains comme un recul des libertés sur le continent. Les promoteurs de ces textes le présentent à l’inverse comme la défense de valeurs religieuses et culturelles nationales. Dans une société nigérienne très majoritairement musulmane, l’homosexualité demeurait un sujet tabou avant même son inscription dans le code pénal.
Le nouveau dispositif place désormais le Niger parmi les législations les plus répressives de la sous-région en la matière, avec une échelle de peines allant de cinq ans d’emprisonnement pour les relations entre adultes de même sexe à vingt ans pour l’organisation ou le financement d’associations concernées.
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