Mauritanie : arrestation de deux députées, l’opposition dénonce une dérive autoritaire
Le mardi 21 avril 2026, deux députées mauritaniennes connues pour leur lutte contre l’esclavage ont été placées sous mandat de dépôt et écrouées. Mariem Cheikh et Ghamou Achour, élues et figures de l’Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste (IRA), font désormais face à des poursuites pénales.

Les victimes de ces procédures sont accusées d’avoir tenu des propos dirigés contre le chef de l’État et l’exécutif au cours de diffusions en direct sur les réseaux sociaux. Les autorités judiciaires évoquent un « flagrant délit » pour lever l’immunité parlementaire et pouvoir engager des poursuites.
Selon Biram Dah Abeid, fondateur du mouvement abolitionniste et député d’opposition, Meriem Cheikh a été maintenue plusieurs jours dans un lieu gardé secret, alors qu’elle était accompagnée d’un nourrisson âgé de moins de trois mois. Cet élu affirme que ce type de détention, visant à briser les personnes arrêtées moralement et matériellement, se répète désormais.
Les responsables de l’opposition ont vivement critiqué ces arrestations, dénonçant un coup porté aux libertés démocratiques et au droit d’exprimer des critiques envers le pouvoir en place. Pour Biram Dah Abeid, l’opération s’inscrirait également dans une stratégie visant à affaiblir ou à neutraliser le mouvement abolitionniste.
Allégations sur les conditions de garde à vue et portée politique
Le député a décrit des conditions de détention particulièrement éprouvantes : selon lui, Meriem Cheikh aurait passé douze jours en garde à vue dans un centre relevant de la police antiterroriste, éloignée de la ville et sans que sa localisation soit communiquée. La présence de son bébé pendant cette période, toujours d’après ses déclarations, renforcerait le caractère inhumain de la mesure.
Biram Dah Abeid pointe en outre la mise en œuvre d’une loi controversée relative aux symboles de l’État, adoptée sous la présidence de Ghazouani, qu’il accuse d’être instrumentalisée pour sanctionner les critiques à l’encontre du pouvoir. Pour lui, l’usage de ce texte traduit une volonté politique de restreindre la capacité d’action du mouvement abolitionniste.
Du côté judiciaire, l’argument du « flagrant délit » est présenté comme la justification formelle permettant de poursuivre les deux élues malgré leur statut parlementaire. De leur côté, les partis et militants d’opposition voient dans cette démarche une atteinte aux garanties parlementaires et à l’espace politique ouvert au débat.
À lire aussi : Mauritanie : inculpation de deux députées anti-esclavagistes pour atteinte aux symboles de l’État
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