Mali : tension diplomatique avec Riyad après l’entrée illégale d’un journaliste d’Al Arabiya
Bamako a adressé une protestation formelle à Riyad après l’entrée jugée illégale au Mali d’Ibrahim Moustapha, correspondant d’Al Arabiya et d’Al Hadath. Les autorités maliennes accusent la chaîne saoudienne de diffuser des informations « mensongères » et évoquent une « complicité avec des groupes terroristes », dans un contexte de contrôle accru de l’information sur la crise sécuritaire.

Le ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale du Mali a transmis aux autorités du Royaume d’Arabie saoudite une protestation formelle à la suite de l’entrée qu’il qualifie d’illégale sur le territoire malien d’Ibrahim Moustapha, correspondant de la chaîne publique saoudienne Al Arabiya et de sa filiale Al Hadath, selon un communiqué du Bureau de l’Information et de la Presse du ministère malien. Le ministère affirme que cette présence constitue « une violation manifeste de la souveraineté du Mali » et s’inscrit dans « une complicité avec des groupes terroristes ». Il rejette par ailleurs les informations diffusées par le journaliste, les qualifiant de « mensongères et sans fondement » et les présentant comme destinées à « discréditer les Forces de Défense et de Sécurité maliennes ». Al Arabiya, le ministère saoudien des Affaires étrangères et Ibrahim Moustapha n’avaient pas répondu publiquement à ces accusations.
Le communiqué ne précise pas la date d’entrée du journaliste sur le territoire malien, les modalités de cette entrée, ni la nature exacte des informations qui lui sont reprochées. Il ne fournit pas davantage d’éléments sur le fondement juridique précis invoqué — visa manquant, accréditation non obtenue ou autre — pour qualifier son séjour d’illégal.
La qualification de « complicité avec des groupes terroristes » est la plus lourde du communiqué. Elle vise implicitement les organisations jihadistes actives au Mali — JNIM et ISWAP principalement —, dont les offensives des 25 et 26 avril 2026 ont causé des pertes importantes parmi les Forces armées maliennes (FAMa) et l’Africa Corps, et conduit à la perte temporaire de plusieurs localités du nord du pays dont Kidal. Dans ce contexte, Bamako est particulièrement sensible aux reportages sur la situation sécuritaire, qu’il contrôle étroitement depuis l’expulsion de médias français — RFI suspendue depuis mars 2022, France 24 depuis janvier 2023 — et de correspondants étrangers sans accréditation préalable.
Le mali a développé depuis 2021 une doctrine de contrôle strict de l’information sur les opérations militaires. Tout journaliste étranger souhaitant travailler sur le territoire malien doit obtenir une accréditation auprès de la Haute Autorité de la Communication (HAC) et, pour couvrir les zones de conflit, une autorisation spécifique du ministère de la Défense. L’absence de ces documents est passible de sanctions pénales, pouvant inclure l’expulsion ou des poursuites judiciaires.
Un partenaire saoudien interpellé sur les relations bilatérales
Le ton choisi par Bamako est diplomatiquement mesuré mais ferme. Le communiqué relève que ces actes, attribués à des médias basés en Arabie saoudite, « un pays considéré comme frère et partenaire historique du Mali, sont susceptibles de porter atteinte aux relations bilatérales ». Cette formulation constitue un avertissement voilé à Riyad, au moment où le Mali multiplie les partenariats avec de nouveaux alliés — Russie, Turquie — et restructure son rapport aux partenaires traditionnels.
Al Arabiya, dont le siège est à Dubaï, est financée par l’Arabie saoudite et a une audience considérable dans le monde arabophone. Sa filiale Al Hadath couvre l’actualité politique et sécuritaire au Proche-Orient et en Afrique. Le fait qu’un de ses correspondants ait couvert la situation malienne, et que Bamako accuse ce reportage d’être délibérément faux et d’entretenir des liens avec des groupes armés, place l’incident dans le registre des tensions entre les autorités maliennes de transition et la presse internationale que celles-ci ne contrôlent pas.



