Mali : Bamako crée une commission pour sécuriser les corridors pétroliers
Le Mali a mis en place une commission hebdomadaire chargée de suivre les corridors d’approvisionnement en hydrocarbures, dans un contexte de fortes perturbations sécuritaires autour de Bamako. Cette mesure s’accompagne d’un accord signé avec la Russie pour sécuriser les livraisons de carburants, d’engrais et de produits agricoles, alors que les autorités cherchent à diversifier les sources d’approvisionnement du pays.

Le gouvernement de transition malien a annoncé mercredi 14 mai 2026, à l’issue d’une réunion à Bamako réunissant l’administration centrale, les forces de défense et de sécurité, les transporteurs et les opérateurs économiques du secteur pétrolier, la création d’une commission restreinte chargée du suivi hebdomadaire des corridors d’approvisionnement en hydrocarbures. La réunion s’est tenue sous la présidence du ministre de l’Urbanisme assurant l’intérim aux Transports, en présence du ministre délégué à la Défense et aux Anciens Combattants, d’autorités militaires et des présidents des chambres consulaires. Deux jours plus tard, le 16 mai, une délégation malienne conduite par les ministres de l’Industrie et du Commerce Moussa Alassane Diallo et de l’Économie et des Finances Lousséni Sanou a signé à Kazan, en Russie, un accord de sécurisation des approvisionnements en hydrocarbures et en engrais avec le ministre russe de l’Énergie Sergueï Tsivilev.
Les deux mesures répondent à la perturbation des flux logistiques causée par les attaques coordonnées du 25 avril 2026, qui avaient interrompu plusieurs axes routiers vitaux pour l’approvisionnement de Bamako, et par le blocus proclamé le 28 avril par le JNIM — affilié à Al-Qaïda — sur la capitale. Le minister Diallo a déclaré depuis Kazan que « cette coopération va permettre de stabiliser notre système d’approvisionnement en hydrocarbures, mais également de donner au Mali des perspectives d’approvisionnement à moyen et long terme ».
La principale décision issue de la réunion du 14 mai est la mise en place d’une instance de coordination permanente, à réunion hebdomadaire, chargée de trois missions : évaluer l’état des axes routiers stratégiques, coordonner les dispositifs d’escorte des convois par les forces de défense et de sécurité, et traiter en temps réel les signalements des professionnels du transport. Sa date de réunion inaugurale n’a pas été précisée. L’APA souligne que pour les transporteurs, l’enjeu central est d’obtenir « des conditions minimales de circulation, de protection et de visibilité permettant la poursuite de leurs activités » — une formulation qui traduit la pression exercée par l’insécurité sur les opérateurs privés, dont certains avaient suspendu leurs activités sur des axes jugés trop dangereux.
Un cadre réglementaire adopté le 1er avril, des réunions sectorielles depuis avril
La commission du 14 mai s’inscrit dans un dispositif mis en place progressivement depuis les attaques du 25 avril. Le 1er avril 2026, avant même l’escalade sécuritaire, le Conseil des ministres avait adopté un cadre réglementaire imposant la constitution d’une réserve stratégique équivalant à 45 jours de consommation nationale pour le super carburant, le gasoil, le Jet A1 et le gaz butane. Les 19e et 20e réunions de concertation du secteur des hydrocarbures avaient eu lieu respectivement les 10 et 24 avril, la dernière se tenant dans un contexte de perturbations liées au conflit américano-iranien autour du détroit d’Ormuz, qui contrôle normalement 20 % de la production pétrolière mondiale et dont le blocage avait provoqué une hausse des prix de l’énergie à l’importation.
Le 1er mai, la Direction générale du commerce, de la consommation et de la concurrence (DGCC) avait orchestré la réception de plus de 830 camions-citernes dans des parkings stratégiques autour de Bamako, sous escorte des forces de sécurité, avec transfert immédiat vers les stations-service par la Police nationale. Les données présentées lors de la 20e réunion du 24 avril faisaient état d’une progression des arrivages : 523 citernes entre le 6 et le 12 avril (23 millions de litres), 599 entre le 12 et le 19 avril, puis 610 entre le 20 et le 23 avril (28,3 millions de litres).
L’accord de Kazan, un pivot vers la Russie pour le moyen terme
L’accord signé à Kazan le 16 mai prévoit un calendrier de livraison d’hydrocarbures russes vers des ports de transit, avant leur distribution sur l’ensemble du territoire malien par les opérateurs locaux. Il couvre également les engrais et produits agricoles, les autorités maliennes ayant insisté sur la nécessité d’un approvisionnement respectant le calendrier cultural local pour garantir la campagne agricole. Son objectif déclaré est de limiter la dépendance du Mali vis-à-vis des seules voies maritimes internationales — axe exposé aux perturbations liées au conflit iranien — et de diversifier les sources. Les discussions avaient également porté sur un approvisionnement accru depuis le Nigeria, option identifiée lors de la 20e réunion de concertation du 24 avril comme axe de diversification.
La triple pression sur le secteur a été décrite par plusieurs observateurs maliens : dépendance totale aux importations routières, coûts logistiques liés aux escortes sécuritaires, et répercussion directe des chocs mondiaux sur les prix à la pompe, pouvant atteindre 30 % de hausse pour une variation de 10 % du brut selon Maliweb.
Un couvre-feu de 21h à 6h est en vigueur à Bamako depuis les attaques du 25 avril.
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