Kagamé refuse de plier dans le dossier du M23 malgré les sanctions américaines
Paul Kagame a défendu la position du Rwanda face aux sanctions américaines imposées en mars contre son armée et plusieurs hauts gradés, lors de l’ouverture de l’Africa CEO Forum à Kigali. Le président rwandais affirme que son pays ne « capitulera » pas, malgré la pression de Washington liée au soutien présumé de Kigali au M23 dans l’est de la RDC.

Le président rwandais Paul Kagame a déclaré jeudi 14 mai, lors de l’ouverture de l’Africa CEO Forum à Kigali, que son pays ne céderait pas face aux sanctions imposées en mars par l’administration Trump. « Cela fait mal, absolument. C’est bien là leur but », a-t-il affirmé devant un parterre de chefs d’entreprise et de responsables politiques africains et internationaux, avant d’ajouter que « nous n’avons jamais capitulé dans des situations plus difficiles. » Interrogé sur le coût de cette posture, Kagame a formulé une réponse devenue le fil directeur de son intervention : « Ce n’est pas si difficile de dire non. En réalité, il en coûte davantage de dire oui aux mauvaises choses. »
Le chef de l’État rwandais a élargi son propos à la politique internationale des grandes puissances envers l’Afrique, estimant que les sanctions « sont simplement appliquées » selon des logiques d’intérêts, et que, « dans un cas où l’un offre moins que l’autre, le choix va en faveur du plus offrant ». Il a aussi évoqué la dimension minière du conflit dans l’est de la République démocratique du Congo, sans toutefois développer, lorsque le modérateur l’a interrogé sur l’hypothèse que « toutes les routes mènent aux accords miniers ».
Les sanctions du 2 mars, une première historique
Le 2 mars 2026, le département américain du Trésor a imposé des sanctions directes contre les Forces de défense rwandaises (RDF) dans leur ensemble — une première — ainsi que contre quatre de leurs hauts gradés : le chef d’état-major Mubarak Muganga, le chef d’état-major de l’armée Vincent Nyakarundi, le major-général Ruki Karusi et le commandant des forces spéciales Stanislas Gashugi. Leurs avoirs aux États-Unis sont gelés et toute transaction financière avec des entités ou citoyens américains leur est interdite. Le secrétaire au Trésor Scott Bessent a réclamé « le retrait immédiat » des troupes rwandaises du territoire congolais. Le 6 mars, le Département d’État a ajouté des restrictions de visas visant des responsables rwandais accusés d' »alimenter l’instabilité dans l’est de la RDC ».
Washington justifie ces mesures par le « soutien opérationnel direct » que Kigali apporterait au mouvement rebelle M23, actif dans l’est de la RDC, où il contrôle notamment Goma depuis janvier 2025 et plusieurs sites miniers stratégiques. Des rapports successifs de groupes d’experts mandatés par les Nations unies ont documenté la présence de soldats rwandais aux côtés du M23. Kigali dément toute co-belligérance et récuse les termes des sanctions, que le ministère rwandais des Affaires étrangères a qualifiés de mesures « déformant la réalité et les faits du conflit ».
Positions et contre-arguments
Rwanda fait valoir que ses actions dans la région sont d’abord dictées par la menace que représentent les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), milice fondée par des acteurs du génocide de 1994 contre les Tutsi et dont la présence en territoire congolais n’a jamais été éradiquée. Kagame a dénoncé au forum une asymétrie de traitement entre Kigali et Kinshasa, affirmant que le Rwanda respectait les engagements issus de l’accord de paix signé à Washington en décembre 2025 entre les deux capitales, tandis que la partie congolaise ne les aurait appliqués que partiellement. La RDC conteste cette lecture, et plusieurs sources diplomatiques ont indiqué que le M23 n’avait pas respecté un ultimatum fixé par Washington au 1er avril 2026.
La dimension économique du conflit reste omniprésente : l’est de la RDC concentre d’importants gisements de tantale, cobalt et autres minerais critiques. En janvier 2026, l’ambassadrice rwandaise à Washington, Mathilde Mukantabana, avait admis devant une sous-commission de la Chambre des représentants l’existence d’une « coordination sécuritaire » entre Kigali et le M23 — déclaration exploitée par Washington pour étayer sa décision de sanctionner.
L’Africa CEO Forum se tient jeudi et vendredi à Kigali, sur le thème de la relation entre État et secteur privé dans les économies africaines. Aucune levée des sanctions américaines n’a été annoncée à ce stade.



