Liban: Israël accusé de cibler désormais les secouristes

Médecins Sans Frontières et la Défense civile libanaise dénoncent des frappes israéliennes ayant tué des secouristes en pleine intervention dans le sud du Liban. Malgré la trêve entrée en vigueur le 17 avril, le ministère libanais de la Santé fait état de 380 morts et plus de 1 100 blessés, tandis que les attaques contre les personnels de secours aggravent les difficultés d’évacuation des victimes.

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Liban: Israël accusé de cibler désormais les secouristes
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Médecins Sans Frontières (MSF) a condamné vendredi 15 mai 2026 les frappes des forces israéliennes ayant tué deux secouristes de la Défense civile libanaise à Nabatiyé, dans le sud du Liban, lors d’une intervention d’urgence. Selon MSF, un drone a frappé trois secouristes le 12 mai alors qu’ils portaient secours à une personne blessée lors d’une première frappe — séquence dite de « double frappe ». Deux d’entre eux ont été tués immédiatement, un troisième blessé. Ces deux morts s’inscrivent dans un bilan plus large. Selon le ministre libanais de la Santé, Rakan Nassereddine, 108 personnels de santé et secouristes ont été tués depuis le début de la guerre, déclenchée le 2 mars 2026 après une attaque du Hezbollah contre Israël en réponse à la mort du guide suprême iranien Ali Khamenei lors de la campagne israélo-américaine contre l’Iran. L’armée israélienne n’a pas commenté l’incident de Nabatiyé.

Au total, 380 personnes ont été tuées et 1 122 blessées depuis le cessez-le-feu entré en vigueur le 17 avril, selon le ministère libanais de la Santé. 2 882 personnes ont été tuées depuis le début de la guerre, dont 200 enfants. Vingt Israéliens ont été tués — 19 soldats et un contractuel travaillant pour l’armée depuis le début du conflit.

MSF décrit une situation opérationnelle dégradée. Les équipes d’ambulanciers soutenues par l’organisation rapportent ne passer que quelques minutes sur les lieux des explosions par crainte de frappes répétées, et n’ont pas le temps d’utiliser des engins pour déblayer les gravats, ce qui retarde fortement les évacuations et condamne des personnes à rester coincées sous les décombres pendant des heures, voire des jours. L’organisation demande à Israël de « mettre un terme aux attaques incessantes contre le personnel médical et de secours, les équipements et les structures de soins ».

Le 12 mai, une frappe à Nabatiyé avait fait cinq morts dont deux secouristes ; une frappe à Jebchit avait tué quatre personnes dont un soldat et un ressortissant syrien ; une frappe à Bint Jbeil avait tué quatre civils dont un enfant et une femme et blessé douze personnes, selon le ministère de la Santé.

Un cessez-le-feu prolongé mais régulièrement violé

La trêve a été prolongée d’un mois et demi, mais les frappes se poursuivent. Israël a mené samedi 16 mai des frappes sur une vingtaine de villages du sud du Liban, dont l’un se situe à plus de 50 km au nord de la frontière, périmètre élargi par rapport aux opérations passées. Ces frappes ont été précédées d’appels à évacuer neuf villages. Vendredi 15 mai, six personnes ont été tuées dont trois secouristes du Comité islamique de santé, affilié au Hezbollah, selon le ministère de la Santé. Le Hezbollah, de son côté, continue de revendiquer des attaques contre les soldats israéliens dans le sud du Liban et a affirmé samedi avoir frappé une caserne à Ya’ara, dans le nord d’Israël, avec un essaim de drones.

Des négociations se sont tenues vendredi à Washington entre Israël et le Liban — la troisième session de discussions, premières entre les deux pays depuis des décennies, qui n’entretiennent pas de relations diplomatiques. Elles portent notamment sur le désarmement du Hezbollah. Le Hezbollah a rejeté ces pourparlers, estimant qu’ils ajoutaient « une série de concessions gratuites » offertes à Israël.

Le département d’État américain a affirmé que la paix entre le Liban et Israël « dépendait du rétablissement complet de l’autorité de l’État libanais sur son territoire et du désarmement total du Hezbollah ». Beyrouth veut d’abord consolider le cessez-le-feu et obtenir le retrait des forces israéliennes du territoire libanais, où Israël a établi une « ligne jaune » à une dizaine de kilomètres de la frontière.

Save The Children a indiqué que plus de quatre enfants avaient été tués ou blessés chaque jour en moyenne durant les 25 premiers jours de la trêve. La prochaine session de négociations entre Beyrouth et Jérusalem n’avait pas encore été fixée à la date de publication du présent article.

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