Le Nigéria déploie des forces en soutien au Bénin dans la lutte contre le terrorisme
Le chef d’état-major de l’armée nigériane a confirmé le déploiement de soldats nigérians au Bénin dans le cadre d’opérations antiterroristes régionales. Cette présence, distincte de la mission de stabilisation engagée après la tentative de coup d’État de décembre 2025 à Cotonou, vise à renforcer la coopération face à la progression des groupes jihadistes aux frontières du Bénin, du Nigeria et du Niger.

Le chef d’état-major de l’armée nigériane, le lieutenant général Waidi Shaibu, a confirmé lundi 18 mai le déploiement de soldats nigérians en République du Bénin dans le cadre d’opérations de sécurité régionale visant à combattre le terrorisme et les crimes transnationaux en Afrique de l’Ouest. Il a fait cette déclaration en ouvrant la Première conférence bi-annuelle du chef d’état-major 2026 au Centre de conférences de l’armée nigériane à Abuja, devant les commandants de formation, les officiers d’état-major et les représentants des agences de sécurité. La déclaration, selon le Punch, représente la première confirmation officielle par l’armée de la présence opérationnelle de ses troupes sur le territoire béninois dans une optique antiterroriste distincte de la mission de stabilisation post-tentative de coup d’État.
Selon Shaibu, le déploiement vise à renforcer « le partage de renseignements, les partenariats stratégiques et les mécanismes de collaboration » destinés à empêcher les groupes armés d’agir librement au Nigeria et dans les pays voisins. Il a également annoncé la création de nouvelles brigades, bataillons et unités opérationnelles dans six États nigérians pour renforcer la posture sécuritaire nationale.
Deux mandats distincts au Bénin
La présence militaire nigériane au Bénin recouvre depuis décembre 2025 deux mandats distincts qu’il convient de distinguer. Le premier a été autorisé le 9 décembre 2025 par le Sénat nigérian, à la demande du président Bola Ahmed Tinubu, dans le cadre d’une mission de stabilisation régionale de la CEDEAO déclenchée par la tentative de coup d’État militaire du 7 décembre 2025 à Cotonou. Ce soir-là, le lieutenant-colonel Pascal Tigri et plusieurs soldats des Forces armées béninoises (FAB) avaient annoncé sur la télévision nationale l’éviction du président Patrice Talon, dont la résidence avait été attaquée, ainsi que les domiciles de hauts responsables militaires. Les forces béninoises avaient repoussé la tentative avec l’appui immédiat de l’aviation militaire nigériane, qui avait mené des frappes de précision sur le Camp Togbin à l’aide de Super Toucans, avant le déploiement au sol de troupes nigérianes et ivoiriennes. Environ 200 soldats nigérians et ivoiriens étaient déployés au Bénin six jours après les événements, selon la télévision nationale béninoise. Tigri aurait fui vers le Togo, puis le Burkina Faso et le Niger.
La déclaration du 18 mai de Shaibu s’inscrit dans un second registre, distinct du premier. Lla lutte antiterroriste face à la progression du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda, depuis le Sahel vers les pays côtiers. Les chefs militaires béninois et nigérians s’étaient réunis pour discuter d’une opération conjointe le long de leur frontière commune avec le Niger, devenue un axe d’infiltration jihadiste, selon le magazine Africa Defense Forum de mars 2026.
Le Bénin subit depuis 2019 une progression régulière d’attaques jihadistes depuis le Burkina Faso et le Niger. En avril 2025, une attaque revendiquée par le GSIM avait tué 54 soldats béninois dans le nord du pays, dans et autour du Parc national du W, à proximité de la frontière avec le Niger. La CEDEAO avait qualifié l’assaut d’« acte barbare et lâche ». En 2024, les attaques terroristes au Bénin avaient causé 153 morts selon Africa Defense Forum. Le Bénin déploie depuis 2025 plusieurs centaines de soldats de la Garde nationale dans le nord dans le cadre de l’opération Mirador.
La menace déborde également sur le Nigeria. Le 29 octobre 2025, le GSIM a revendiqué sa première attaque connue en territoire nigérian, dans l’État de Kwara, à proximité de la frontière avec le Bénin, tuant un soldat. Les experts de la sécurité estiment que le GSIM s’est implanté dès 2021 dans la forêt de Kainji, qui chevauche cette même frontière et inclut des zones des États nigérians de Kwara et Niger.
Un défi opérationnel face aux crises internes
L’annonce du déploiement au Bénin intervient alors que l’armée nigériane est simultanément engagée sur plusieurs fronts internes notamment contre l’ISWAP et les restes de Boko Haram dans le nord-est, contre les bandits et l’implantation jihadiste naissante dans le nord-ouest et le nord-centre, et face à la violence sécessionniste dans le sud-est. Entre le 1er janvier et le 10 février 2026, 1 258 personnes avaient trouvé la mort du fait de violences diverses au Nigeria, selon un décompte du quotidien Vanguard cité par Africa Defense Forum. Le GSIM a revendiqué sa première attaque au Nigeria en 2025 et menace selon des analystes d’avancer vers le Sud, en direction du golfe de Guinée.
Shaibu a indiqué que l’armée avait intensifié son soutien aux troupes par une amélioration de la logistique, des exercices d’entraînement réalistes et des initiatives de bien-être, notamment la construction et la rénovation de logements militaires et la revalorisation des indemnités. Le nombre de soldats actuellement déployés au Bénin dans le cadre du volet antiterroriste n’a pas été communiqué à la date de la conférence.