Le Ghana rejette un projet d’accord sanitaire de 109 millions de dollars avec les États-Unis

Le Ghana a mis fin à plusieurs mois de négociations avec les États-Unis sur un projet d’accord sanitaire de 109 millions de dollars, soit 61,16 milliards de FCFA, sur cinq ans, en raison d’un désaccord persistant autour de l’accès américain aux données de santé ghanéennes.

Ousmane Traoré SambaVoir tous ses articles
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Le Ghana rejette un projet d’accord sanitaire de 109 millions de dollars avec les États-Unis
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Selon des sources proches du dossier citées par Sikafinance, l’exigence américaine portait sur l’accès à des données sanitaires sensibles, incluant des informations potentiellement nominatives sur les patients ainsi que des échantillons pathogènes. Accra a estimé que cette clause franchissait une ligne rouge en matière de souveraineté nationale et de protection de la vie privée.

Le projet d’accord prévoyait également un partage de ces données sur une période pouvant atteindre 25 ans, soit cinq fois la durée contractuelle initiale. En contrepartie, les retombées promises au Ghana en matière d’accès aux innovations pharmaceutiques, vaccins et traitements n’étaient pas formellement garanties, ont relevé les négociateurs ghanéens. Les autorités ont fait savoir qu’elles privilégiaient désormais une approche multilatérale via l’Organisation mondiale de la santé plutôt qu’un partenariat bilatéral jugé asymétrique.

Le rejet ghanéen s’inscrit dans une série de revers pour la diplomatie sanitaire américaine en Afrique. Le Zimbabwe a récemment écarté un projet d’accord similaire d’un montant supérieur à 300 millions de dollars. Au Kenya, un partenariat déjà signé a été suspendu par la justice après plusieurs recours d’organisations de la société civile portant sur la confidentialité des données patients.

L’approche transactionnelle de Washington, qui conditionne l’aide bilatérale au partage de données sanitaires et de ressources biologiques, est héritée de la doctrine America First. Elle suscite une méfiance croissante au moment où les données de santé deviennent un actif stratégique pour la recherche pharmaceutique mondiale.

Africa CDC, agence sanitaire de l’Union africaine, a installé ces derniers mois un comité de haut niveau chargé de renforcer la gouvernance des données de santé à l’échelle continentale. L’objectif affiché est d’éviter que ces informations échappent au contrôle des États producteurs et aux systèmes de santé nationaux.

Un transfert de financement contesté

Le projet d’accord rejeté prévoyait par ailleurs un transfert progressif de la responsabilité du financement du système de santé ghanéen vers Accra à mesure que se réduirait la contribution américaine. Cette perspective soulevait des contraintes budgétaires lourdes pour un pays qui sort à peine d’un programme du Fonds monétaire international après la restructuration de sa dette extérieure de 2023.

L’aide sanitaire américaine au Ghana, longtemps un pilier de la lutte contre le VIH, le paludisme et la tuberculose, est en repli depuis le retour de l’administration Trump et la dissolution de l’USAID au début de 2025. Plusieurs pays africains se sont depuis trouvés contraints de reprendre à leur charge des programmes auparavant cofinancés par Washington.

Le Ghana est l’un des principaux bénéficiaires historiques du programme PEPFAR de lutte contre le sida, dont l’avenir reste incertain à l’horizon 2026.

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