En Espagne, le fisc condamné à rembourser plus de 55 millions d’euros à Shakira
La justice espagnole a ordonné au fisc de rembourser plus de 55 millions d’euros à Shakira pour l’exercice 2011, estimant que les redressements et amendes imposés à la chanteuse colombienne étaient infondés. Cette décision, limitée à cette seule année fiscale, marque une victoire importante pour l’artiste dans son long bras de fer avec l’administration espagnole.

Le tribunal de l’Audience nationale espagnole, juridiction spécialisée dans les affaires sensibles, a ordonné le 15 avril 2026 à l’administration fiscale de rembourser à la chanteuse colombienne Shakira plus de 55 millions d’euros indûment perçus au titre de l’exercice fiscal 2011, selon un document judiciaire consulté lundi 18 mai par l’Agence France-Presse. La décision annule les redressements et les amendes imposés par le Trésor public espagnol, qui considérait l’artiste comme résidente fiscale sur le territoire espagnol cette année-là. Le tribunal a ordonné « la restitution des sommes versées, assorties des intérêts légaux ».
Dans un communiqué transmis lundi à l’AFP, Shakira a dénoncé ce qu’elle a qualifié de « lynchage public brutal » et a déclaré : « Mon plus grand souhait, c’est que ce jugement crée un précédent pour le fisc et serve aux milliers d’anonymes qui, chaque jour, sont abusés et écrasés par un système où ils sont présumés coupables et qui les oblige à prouver leur innocence. »
Le montant restitué se décompose en quatre postes : l’impôt sur le revenu pour 2011, supérieur à 24 millions d’euros ; l’amende pour infraction qualifiée de « très grave » par l’administration, d’un montant de près de 25 millions d’euros ; l’impôt sur le patrimoine pour l’exercice 2011, évalué à 2,6 millions d’euros ; et l’amende associée, à hauteur de 2,7 millions d’euros. Des intérêts légaux s’ajouteront à ces sommes. Le calcul total des intérêts dus n’avait pas été communiqué à la date de publication de cet article.
La dispute sur la résidence fiscale de 2011
Le litige portait sur la résidence fiscale de Shakira pour l’année 2011, soit l’année où elle avait commencé sa relation avec le footballeur espagnol Gerard Piqué, alors joueur du FC Barcelone. De 2011 à fin 2014, la chanteuse n’avait cessé de se déplacer à travers le monde en raison de sa carrière. Elle a toujours soutenu ne s’être établie de façon pérenne à Barcelone que fin 2014, avant de transférer en 2015 sa résidence fiscale des Bahamas vers l’Espagne, juste avant la naissance de son deuxième enfant. Le Trésor public espagnol estimait au contraire qu’elle avait séjourné plus de 183 jours par an en Espagne dès 2011, seuil légal au-delà duquel une personne est considérée comme résidente fiscale dans le pays. Le tribunal a donné raison à l’artiste sur ce point pour l’exercice 2011.
Cette décision n’efface pas les autres litiges déjà réglés. En novembre 2023, Shakira avait conclu un accord de dernière minute avec le parquet de Barcelone pour les exercices 2012, 2013 et 2014, à quelques heures de l’ouverture de son procès. Elle avait reconnu sa culpabilité et accepté une amende de plus de 7,3 millions d’euros, correspondant à 50 % du montant de la fraude retenue. Elle avait par ailleurs versé 17,45 millions d’euros au fisc au titre d’une régularisation préalable pour ces mêmes exercices. Elle avait alors déclaré avoir dû choisir entre « continuer à me battre jusqu’au bout » ou « refermer et laisser derrière moi ce chapitre de ma vie ». Pour l’exercice 2018, elle avait versé 6,6 millions d’euros de régularisation pour des irrégularités dans sa déclaration d’impôts.
La décision du 15 avril annule donc uniquement le volet 2011 et ne remet pas en cause les procédures déjà closes pour 2012, 2013, 2014 et 2018. Le nom de Shakira avait également figuré dans les « Pandora Papers », l’enquête journalistique internationale sur les avoirs dissimulés dans des sociétés extraterritoriales.
Des précédents dans le football espagnol
L’affaire Shakira s’inscrit dans une pratique fiscale espagnole documentée à l’encontre de personnalités du monde du sport et du spectacle. Cristiano Ronaldo avait conclu en 2019 un accord avec la justice espagnole, acceptant une peine de prison avec sursis et le paiement de 18,8 millions d’euros d’arriérés fiscaux. Lionel Messi avait été condamné en 2016 à vingt et un mois de prison avec sursis pour fraude fiscale, assortis d’une amende de deux millions d’euros. Aucun des deux n’a purgé de peine d’emprisonnement effective.
Shakira doit se produire en concert à Madrid en septembre 2026, sa première série de dates en Espagne depuis 2018, avec six représentations prévues dans la capitale.