Sénégal : 660 bâtons d’explosifs saisis à la frontière avec le Mali
La Police aux frontières de Diyabougou a saisi 660 bâtons d’explosifs et 1 000 mètres de cordon détonant près de la frontière malienne, dans l’est du Sénégal. Le matériel, destiné selon les premiers éléments à l’orpaillage clandestin, a été abandonné par un convoyeur en fuite, sur un axe déjà identifié comme point de passage de produits dangereux vers les sites miniers illégaux.

La Police aux frontières de Diyabougou, antenne du Commissariat spécial de Kidira, dans la région de Tambacounda à l’est du Sénégal, a saisi dans la nuit du 16 au 17 mai 660 bâtons d’explosifs et 1 000 mètres de cordon détonant, selon un communiqué publié lundi 18 mai sur la page Facebook officielle de la Police nationale du Sénégal. L’opération, déclenchée à 3h30 au poste dit « éléments GMI », a permis l’interception d’un convoi circulant sur une piste non officielle habituellement empruntée par des piétons et des motocyclistes pour relier le Sénégal au Mali. Le convoyeur, présenté par la police comme un ressortissant étranger, a abandonné sa moto, ses chaussures et sa cargaison avant de traverser un bras du fleuve pour rejoindre le territoire malien. Il n’avait pas été interpellé à l’heure de la publication du communiqué.
La cargaison comprenait deux sacs contenant chacun dix sachets de 33 brins d’explosifs, soit 660 unités au total, ainsi que quatre rouleaux de cordon détonant de 250 mètres chacun. La motocyclette de marque Vainqueur, de couleur bleue, a été placée sous scellés avec l’ensemble du matériel. Une enquête a été ouverte pour identifier le propriétaire de la cargaison et ses éventuels destinataires.
Les premières constatations des enquêteurs indiquent que ces explosifs étaient destinés à des activités d’orpaillage clandestin à Diyabougou. Ces produits, utilisés pour fracturer le sous-sol dans les zones aurifères artisanales, constituent le type de matériel de base des sites miniers illégaux qui prolifèrent dans les zones frontalières de l’est sénégalais et du Mali occidental.
Diyabougou est une localité de la commune de Sadatou, dans le département de Tambacounda, à quelques kilomètres du fleuve Falémé qui matérialise la frontière sénégalo-malienne. La zone de Kidira est régulièrement documentée comme un axe de transit pour des produits de contrebande à destination des deux pays. En dehors des explosifs, du cyanure et du zinc transitent également vers les sites d’orpaillage illégaux de la région.
Un point de passage chroniquement utilisé pour les trafics
Le point de passage dit « éléments GMI » à Diyabougou est apparu à plusieurs reprises dans des rapports de saisies antérieures. Le 31 mars 2026, à ce même point de passage, les agents de l’antenne de Diyabougou avaient intercepté 400 kilogrammes de cyanure et 250 kilogrammes de zinc acheminés depuis Kayes, au Mali, à bord de quatre motos. Ces produits, hautement toxiques, étaient destinés aux sites d’exploitation clandestine de l’or de Diyabougou et de Soréto. Trois individus avaient été arrêtés lors de cette opération et déférés le 3 avril devant le parquet du Tribunal de grande instance de Tambacounda pour détention et transport illégal de substances dangereuses. Deux fugitifs restaient recherchés à la date du jugement.
Plus récemment, dans le cadre d’une mission de nomadisation de sept jours dans la zone de Diyabougou, des agents du Commissariat spécial de Kidira ont surpris des orpailleurs clandestins en pleine activité sur le lit du fleuve, procédant au traitement de sable minier en violation du décret interdisant toute exploitation minière dans un rayon de 500 mètres à partir de la rive gauche de la Falémé, selon un communiqué de la police sénégalaise rapporté par Senegal7.
L’axe Kidira-Kayes concentre plusieurs types de flux illicites liés à l’exploitation aurifère artisanale. Les réseaux s’approvisionnent en explosifs pour l’extraction, en cyanure et en zinc pour le traitement du minerai, et évacuent l’or vers des circuits informels. Des circuits de contrebande de carburant à destination du Mali ont également été documentés sur cet axe en avril 2026. La région de Tambacounda-Kédougou est l’une des zones les plus actives d’Afrique de l’Ouest pour l’orpaillage artisanal, légal et illégal, notamment autour de la Falémé, qui longe la frontière malienne sur près de 600 kilomètres.
La Police nationale a invité la population à signaler tout renseignement utile au numéro gratuit 800 00 17 00. Le suspect en fuite fait l’objet de recherches actives.