David Lisnard qualifie d’« ingrats, masochistes et imbéciles » les signataires de la tribune anti-Bolloré
Festival de Cannes 2026 : une tribune signée par près de 600 professionnels du cinéma, publiée la veille de l’ouverture, a déclenché une vive polémique en France. Le collectif « Zapper Bolloré » y dénonçait l’influence grandissante de Vincent Bolloré sur le secteur, provoquant une réponse publique et immédiate de la part de responsables d’entreprises et d’élus, dont une menace de Canal+ de ne plus financer les projets des signataires.

La tribune, parue le 12 mai dans Libération, a rassemblé des noms connus du cinéma français — parmi lesquels Juliette Binoche, Anna Mouglalis, Swann Arlaud, Jean-Pascal Zadi, Bruno Solo, Yolande Moreau, Sergi Lopez, Charles Berling, Raymond Depardon, Dominik Moll et Arthur Harari — ainsi que de nombreux techniciens et professionnels de la filière. Les auteurs alertent notamment sur l’entrée de Vincent Bolloré au capital d’UGC et sur le risque, selon eux, que cette prise de participation permette une présence à chaque étape de la vie d’un film, « de son financement à sa diffusion en salle ».
La riposte a été lancée le 17 mai : Maxime Saada, président du directoire de Canal+, a annoncé publiquement le refus de l’entreprise de financer désormais les projets des signataires, une menace qualifiée de « liste noire » par certains observateurs et perçue comme portant atteinte à la capacité de travail de centaines de professionnels.
Un bras de fer entre financements, liberté d’expression et intérêts culturels
Selon des éléments publiés par la presse, le collectif « Zapper Bolloré » avait commencé à se structurer dès avril, réunissant initialement une cinquantaine de professionnels autour de la question de l’indépendance du cinéma face à l’influence présumée d’un groupe industriel. Libération rapporte que obtenir des signatures n’a pas été aisé : plusieurs personnalités engagées politiquement se sont montrées difficilement joignables ou réticentes à apposer leur nom.
Les signataires proviennent d’un large spectre de métiers : acteurs, réalisateurs, documentaristes, mais aussi scriptes, monteurs, chefs décorateurs, attachés de presse, directeurs de casting, exploitants de salles, projectionnistes, programmateurs et salariés de festivals. Leur inquiétude se concentre particulièrement sur la participation de Vincent Bolloré au capital d’UGC, perçue comme un moyen d’influencer l’ensemble du cycle économique et culturel d’une œuvre cinématographique.
Interrogé sur BFMTV, David Lisnard, maire de Cannes, a vivement critiqué les signataires, estimant qu’ils « mordent la main qui [les] nourrit » et qualifiant le geste d’« infondé, ingrat, imbécile et masochiste ». Il a défendu la position selon laquelle Canal+ est le premier financeur du cinéma français en volume et que, à ses yeux, ses financements n’exercent pas d’ingérence éditoriale sur les films qu’ils soutiennent ou diffusent. Il a également invoqué la projection d’un film sur Jean Moulin au festival pour appuyer son propos.
De son côté, la réaction de Canal+ a suscité des critiques. Gaëtan Bruel, président du Centre national du cinéma (CNC), a qualifié la démarche de « réaction à chaud » qui « aggrave les clivages au lieu de rassembler », rappelant que le droit à la critique reste un principe fondamental pour le secteur culturel.