Bénin: une cohorte de femmes leaders formées au leadership politique et à l’action féministe en Afrique de l’Ouest
À Porto-Novo, une cinquantaine de femmes venues de plusieurs horizons ont pris part à une session intensive de formation consacrée au leadership politique, à l’afroféminisme et aux droits des femmes, dans le cadre d’une initiative régionale portée par le Réseau des Femmes Leaders pour le Développement (RFLD), avec l’appui du BMZ et de la GIZ. Pendant deux jours, les participantes ont été outillées sur les mécanismes du pouvoir, les cadres juridiques africains et les stratégies de mobilisation féministe, dans l’objectif de renforcer leur engagement dans la gouvernance et la transformation sociale en Afrique de l’Ouest francophone.

- Une architecture régionale et un programme afroféministe assumé
- Déconstruire les mécanismes du pouvoir
- Leadership transformationnel et afroféminisme
- Le droit comme levier d’émancipation
- Mobilisation féministe et héritages historiques
- Des participantes engagées et conscientes des enjeux
- Une cohorte pour durer
Dans un contexte où la participation politique des femmes demeure un enjeu majeur en Afrique de l’Ouest francophone, le Réseau des Femmes Leaders pour le Développement (RFLD) a lancé ce mercredi, à l’hôtel Les Oliviers à Porto-Novo, une session intensive de formation réunissant une cinquantaine de participantes venues de divers horizons. Une initiative inscrite dans le programme régional AIHRDFWA, soutenu par le BMZ et la GIZ.
Sur deux jours, cette cohorte a été plongée dans un parcours structuré mêlant leadership, droits juridiques, mobilisation féministe et innovation politique. Objectif affiché : renforcer une nouvelle génération de femmes capables d’influencer les politiques publiques et de s’imposer dans les espaces de décision.

Une architecture régionale et un programme afroféministe assumé
Pour John Gbénagnon, directeur régional en charge du développement et de la stratégie au sein du RFLD, cette initiative s’inscrit dans une dynamique continentale structurée. « (…) Le RFLD est une organisation régionale présente dans plusieurs pays. Son siège est enregistré au Sénégal, en tant qu’organisation internationale. Nous disposons également d’un siège régional à Accra, au Ghana, ainsi que d’un bureau à proximité de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples en Gambie. Nous sommes également représentés à Porto-Novo, avec un bureau basé à Igolo. Le siège national au Bénin est, quant à lui, situé à Hounsa», a-t-il rappelé.

Avant d’insister sur la philosophie du programme: « Ce programme s’inscrit dans une approche afroféministe, qui repose sur un principe essentiel : permettre aux organisations africaines et aux mouvements du continent de définir eux-mêmes leurs priorités et leurs actions. » Et sur son impact concret; « Nous avons un programme régional dénommé le Fonds Féministe de l’Afrique Francophone de l’Ouest. Lors de la première cohorte organisée en janvier, plus de 40 organisations ont bénéficié de financements allant de 15 000 à 50 000 dollars. »

Le programme se déploie simultanément dans plusieurs villes, dont Dakar, Porto-Novo et bientôt Lomé, dans une dynamique régionale. L’objectif principal est de renforcer les capacités des participantes afin qu’elles deviennent des actrices de changement dans leurs communautés. Le dispositif inclut également un accompagnement post-formation et un travail en réseau avec les institutions publiques, a ajouté le responsable qui a insisté sur l’importance du plaidoyer et de la collaboration avec les acteurs étatiques pour favoriser le développement local et la gouvernance inclusive.

Déconstruire les mécanismes du pouvoir
La première journée a été marquée par des modules de sensibilisation aux formes de pouvoir et aux mécanismes d’exclusion. Juriste et spécialiste du genre, Ginette Bonou a introduit une grille d’analyse devenue centrale dans les échanges. « Nous avons identifié trois formes de pouvoir : le pouvoir visible, le pouvoir caché et le pouvoir invisible (…) Le pouvoir visible renvoie aux institutions, aux lois et aux politiques publiques. Le pouvoir caché, en revanche, se manifeste à travers des jeux d’influence. Nous avons également abordé le pouvoir invisible, lié à l’estime de soi et à l’auto-censure. » Et d’ajouter un constat fort: « Chaque femme doit apprendre à se valoriser, à ne pas se sous-estimer et à travailler également sa visibilité. »
Leadership transformationnel et afroféminisme
Dans un second module, Charlotte Ezebada a insisté sur la nécessité d’un changement de paradigme dans l’exercice du leadership féminin. « Nous avons compris qu’un leadership classique ne suffit plus à transformer durablement nos sociétés. Il faut désormais un leadership transformationnel et féministe. » Et replace le débat dans une perspective historique et culturelle: « Le féminisme africain n’est pas une idée importée, mais prend racine dans nos réalités sociales et culturelles. »

Le droit comme levier d’émancipation
Autre temps fort : l’intervention de Kembo Paulette Annie sur le protocole de Maputo. Elle a rappelé l’importance du texte juridique :« Le protocole de Maputo est un instrument juridique majeur et contraignant pour les États africains, adopté en 2003. À ce jour, 46 pays africains l’ont ratifié. » Elle n’a pas manqué de souligner les avancées nationales: « Aujourd’hui, l’avortement médicalisé et sécurisé est autorisé dans un cadre légal précis afin de mieux protéger les femmes. On peut dire que la peur a changé de camp. »

Mobilisation féministe et héritages historiques
Pour Sintondji Blandine, la force des mouvements féministes repose sur leur enracinement historique et leur impact politique réel. «C’est grâce aux mouvements féministes que nous célébrons aujourd’hui la Journée internationale des droits des femmes», a rappelé la coordonnatrice nationale de la région “Pays Sécurité pour les femmes” de l’espace CEDEAO, section du Bénin. Aussi, a-t-elle insisté sur leur rôle législatif:
« Au Bénin, ces mouvements ont joué un rôle déterminant dans l’adoption du Code des personnes et de la famille, la loi sur la santé de la reproduction et la loi de 2021 relative aux discriminations basées sur le sexe. »
Des participantes engagées et conscientes des enjeux
Du côté des bénéficiaires, les témoignages traduisent une appropriation forte des contenus. Députée suppléante, Bankolé Martine affirme: « Aujourd’hui, nous n’avons plus le droit de rester en marge de notre propre développement. Cette formation est une véritable opportunité et, personnellement, je me sens comblée. » Et de poursuivre: « S’affirmer ne signifie pas prendre le pouvoir par la force. Il s’agit simplement de faire reconnaître nos compétences et notre valeur. »

Même constat pour Perpétue Aidophie, entrepreneure et présidente d’association: « En participant à cette formation, j’ai compris qu’en tant que femmes, nous disposons d’un immense potentiel. » Et encore: « En prenant part aujourd’hui à cette initiative afroféministe… j’ai rejoint un véritable mouvement d’action collective. »

Enfin, Dossou Olympiade résume l’impact du programme : « Elle m’a été très utile, car elle m’a permis d’obtenir des clarifications sur de nombreux sujets. » Et de conclure: « Avec cet accompagnement… nous pourrons davantage nous affirmer et, pourquoi pas, participer pleinement à la direction de notre nation. »
Une cohorte pour durer
Au terme de ces deux jours, le RFLD ambitionne de transformer cette formation en réseau actif de plaidoyer et d’action politique. L’enjeu dépasse la salle de formation : il s’agit désormais de faire émerger une génération de femmes capables d’investir durablement les espaces de pouvoir en Afrique de l’Ouest.
