IA : la Maison-Blanche veut tester les modèles les plus puissants avant leur lancement
L’administration Trump prépare un décret présidentiel qui confierait à la NSA un rôle central dans l’évaluation des modèles d’intelligence artificielle les plus puissants avant leur mise sur le marché. Ce virage, déclenché notamment par les inquiétudes autour du modèle Mythos d’Anthropic, marque une inflexion majeure pour une administration jusque-là hostile à toute régulation forte du secteur.

L’administration Trump prépare un décret présidentiel qui donnerait à la National Security Agency (NSA) un rôle central dans l’évaluation des modèles d’intelligence artificielle les plus puissants avant leur mise sur le marché, selon des informations publiées le 20 mai par plusieurs médias américains, dont le Washington Post, Axios et Nextgov/FCW, citant des sources gouvernementales ayant requis l’anonymat.
Le texte, dont les contours pourraient être annoncés dans les prochains jours selon ces sources, instituerait un cadre volontaire d’échange d’informations entre le gouvernement et les développeurs d’IA, permettant des tests en environnement classifié. Un porte-parole de la Maison-Blanche a indiqué à Nextgov/FCW que « toute annonce de politique proviendra directement du président » et que les discussions autour d’un éventuel décret relevaient de « la spéculation ».
Ce virage représente une inflexion notable pour une administration qui avait abrogé dès le 20 janvier 2025 le décret Biden sur la sécurité de l’IA et affiché depuis son entrée en fonctions une hostilité de principe à toute réglementation du secteur.
Le modèle Mythos d’Anthropic comme déclencheur
Le déclencheur immédiat est la révélation par Anthropic, en avril 2026, de l’existence de Mythos, un modèle d’IA dont la société affirme qu’il est capable de détecter et d’exploiter des failles de sécurité informatique à une vitesse et une échelle sans précédent, au point qu’elle a elle-même décidé de ne pas le rendre public. La NSA a déjà obtenu un accès à Mythos pour évaluer les vulnérabilités de logiciels gouvernementaux, selon le New York Times. Des évaluations indépendantes ont toutefois contesté l’ampleur des capacités revendiquées par Anthropic, AISLE Security ayant notamment établi que des modèles en accès libre produisaient des résultats comparables sur certaines tâches de détection de failles.
Kevin Hassett, directeur du Conseil économique national de la Maison-Blanche, a comparé le 7 mai sur Fox Business la procédure envisagée au processus d’approbation de la Food and Drug Administration : « Nous étudions la possibilité d’un décret pour donner une feuille de route claire sur la façon dont les futures IA pourraient créer des vulnérabilités et devraient suivre un processus pour être libérées après avoir prouvé qu’elles sont sûres, comme un médicament de la FDA. »
Le CAISI étendu à Google, Microsoft et xAI
En parallèle, le Center for AI Standards and Innovation (CAISI), organisme rattaché au département du Commerce et anciennement dénommé US AI Safety Institute sous l’administration Biden, a annoncé le 5 mai des accords d’évaluation prédéploiement avec Google DeepMind, Microsoft et xAI, la société d’Elon Musk. Ces accords rejoignent ceux déjà conclus avec Anthropic et OpenAI sous l’administration Biden en 2024. Le CAISI a réalisé à ce jour quarante évaluations, dont certaines portaient sur des modèles non encore publiés, selon son directeur Chris Fall.
Le décret en préparation irait plus loin que le dispositif CAISI, qui repose sur une base volontaire. Il donnerait à la NSA et au Bureau du directeur du renseignement national (ODNI) un rôle dans des tests en environnement classifié, distincts des évaluations civiles du CAISI. Selon le Washington Post, une tension existe au sein de l’exécutif entre le département du Commerce, qui revendique la supervision des évaluations civiles via le CAISI, et la communauté du renseignement, qui cherche à s’assurer le contrôle des évaluations à des fins de sécurité nationale. Le décret devrait trancher en faveur des agences de renseignement pour les évaluations les plus sensibles.
Un renversement de position, des limites juridiques inchangées
La position actuelle de l’administration contredit son décret du 23 janvier 2025, qui avait explicitement pour objectif de « supprimer les barrières au leadership américain en matière d’IA » et d’éliminer les réglementations jugées « contraires à l’innovation ». Le départ en mars 2026 de David Sacks, figure de la Silicon Valley et ancien coordinateur de l’IA à la Maison-Blanche, farouche opposant à toute supervision gouvernementale, a ouvert la voie à une réorientation portée par la cheffe de cabinet Susie Wiles et le secrétaire au Trésor Scott Bessent.
Le dispositif envisagé reste de nature volontaire, aucune disposition légale n’autorisant actuellement le gouvernement fédéral à imposer des évaluations préalables aux entreprises privées. Le Congrès devrait être saisi d’une proposition de loi pour rendre obligatoires ces évaluations, selon des experts cités par Cybersecurity Dive. L’administration cherche par ailleurs à empêcher les États fédérés de légiférer séparément sur l’IA, une bataille juridique en cours depuis mars 2026.
Les préoccupations de l’administration ne se limitent pas à la cybersécurité. Un mémorandum présidentiel publié en 2025 avait chargé le département de l’Énergie, le département de la Sécurité intérieure et le CAISI de développer « une feuille de route pour des évaluations classifiées futures de la capacité des modèles d’IA avancés à générer ou aggraver des menaces chimiques et biologiques délibérées ». Ce texte avait également demandé des évaluations préalables d’au moins deux modèles frontière sur leurs « capacités susceptibles de présenter une menace pour la sécurité nationale ».