Bénin : à quoi vont vraiment servir les 12 ministres conseillers de Romuald Wadagni ?

Romuald Wadagni a nommé, par décret signé le 5 juin 2026, douze ministres conseillers à la Présidence de la République. Si cette nouvelle liste marque une volonté de continuité institutionnelle, elle relance aussi les interrogations sur le rôle réel de ces personnalités, leur articulation avec les ministres de plein exercice et le coût politique d’une structure placée directement sous l’autorité du chef de l’État.

Paul Arnaud DEGUENON
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Politique
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Bénin : à quoi vont vraiment servir les 12 ministres conseillers de Romuald Wadagni ?
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Par décret n°2026-358 signé à Cotonou le 5 juin 2026, le président de la République, Romuald Wadagni, a procédé à la nomination de douze ministres conseillers à la Présidence. Cette décision intervient deux jours après la signature de deux autres textes, les décrets n°2026-351 et n°2026-352 du 3 juin 2026, portant respectivement attributions, organisation et fonctionnement du Collège des ministres conseillers, ainsi que définition de leurs secteurs d’intervention.

A lire : Bénin: Wadagni maintient les postes de ministres conseillers et fait de nouvelles nominations

Cette nouvelle liste abroge celle établie par le décret n°2025-003 du 6 janvier 2025, signé sous Patrice Talon. Le nombre de ministres conseillers reste toutefois inchangé. Douze personnalités sont nommées, avec une structure qui reprend largement les grands secteurs de l’action gouvernementale. Même architecture, mais avec de nouveaux visages et quelques reconductions significatives. Le Collège des ministres conseillers traverse ainsi le changement de régime, tout en soulevant de nouvelles questions sur son rôle réel dans l’appareil d’État.

Selon le décret du 5 juin, Jeanne Adanbiokou Akakpo est nommée ministre conseillère aux Infrastructures et au Cadre de vie. Elle est également désignée coordinatrice du Collège. Comlan Patrice Nombime Agbodranfo est nommé aux Affaires économiques, Eudoxie Dakpé à la Justice et aux Relations extérieures, Bio Guéra Sacca Kina à l’Agriculture, Mariam Djaouga Sacca à la Famille et à l’Action sociale, tandis qu’Ayibatin Jonas Hantan hérite des Sports, de la Culture, des Arts et de la Chefferie traditionnelle.

La liste comprend également Rosine Dagniho à la Santé, Rachidi Gbadamassi à la Défense et à la Sécurité, Romaric Ogouwale à l’Énergie, à l’Eau et aux Mines, Nicaise Kotchami Fagnon aux PME, à la Promotion de l’emploi et à la Formation professionnelle, Paulin Gbénou aux Enseignements maternel et primaire, ainsi que Mahamadou Dahouda à l’Enseignement supérieur, à la Recherche scientifique et à la Formation technique.

Une institution présidentielle aux contours encore discutés

Le Collège des ministres conseillers n’est pas une institution prévue par la Constitution béninoise. Il repose sur des décrets présidentiels, ce qui signifie que son organisation, ses attributions et son existence même relèvent directement du pouvoir réglementaire du chef de l’État. En pratique, le président peut donc le créer, le modifier ou le supprimer sans intervention de l’Assemblée nationale.

En soi, la présence de conseillers auprès du chef de l’État n’a rien d’exceptionnel. Dans plusieurs régimes présidentiels, les chefs d’État s’entourent de collaborateurs chargés de l’analyse, de la coordination ou du suivi de certaines politiques publiques. Ce qui nourrit davantage le débat au Bénin, c’est le titre de « ministre » attribué à ces conseillers. Dans la tradition administrative et politique béninoise, le titre de ministre renvoie généralement à une responsabilité gouvernementale identifiée, exercée devant le public et susceptible d’être discutée devant la représentation nationale.

Or, le ministre conseiller bénéficie du rang et du prestige attachés à cette appellation, sans être ministre de plein exercice. Il n’a pas de portefeuille gouvernemental autonome et n’est pas directement exposé au même niveau de responsabilité politique qu’un membre du gouvernement. Cette situation crée une zone grise entre conseil stratégique, suivi administratif et influence politique.

Le décret fondateur de 2024 donnait déjà une indication sur l’étendue du rôle de ces personnalités. Les ministres conseillers pouvaient contribuer à la définition de la politique gouvernementale, suivre la mise en œuvre des politiques publiques, fournir des conseils stratégiques au président de la République et représenter le gouvernement dans certaines instances, y compris des réunions interministérielles. Cette dernière attribution est importante, car elle éloigne l’institution d’un simple rôle consultatif. Un conseiller qui participe à des cadres interministériels ou y représente le gouvernement peut peser concrètement sur l’action publique.

Les décrets du 3 juin 2026 devront permettre de mieux cerner le périmètre exact retenu par Romuald Wadagni. Leur publication intégrale sera déterminante pour savoir si le nouveau chef de l’État a reconduit le modèle hérité de Patrice Talon, s’il l’a restreint ou s’il l’a renforcé.

Une structure qui épouse les contours du gouvernement

La nouvelle composition du Collège montre une correspondance nette avec les principaux secteurs ministériels. Infrastructures, économie, justice, relations extérieures, agriculture, famille, santé, défense, sécurité, énergie, eau, mines, emploi, formation professionnelle et éducation sont couverts par des ministres conseillers.

Cette organisation donne l’image d’un dispositif parallèle de suivi sectoriel placé à la Présidence de la République. Chaque grand secteur du gouvernement semble avoir son répondant au palais présidentiel. L’éducation bénéficie même de deux conseillers distincts, l’un pour les enseignements maternel et primaire, l’autre pour l’enseignement supérieur, la recherche scientifique et la formation technique. Ce choix indique que le secteur éducatif reste considéré comme stratégique dans la conduite de l’action publique.

Cette architecture soulève cependant une question centrale. Les ministres conseillers sont-ils appelés à appuyer les ministres dans la mise en œuvre des priorités présidentielles, ou constituent-ils un mécanisme de contrôle direct de l’action des membres du gouvernement depuis la Présidence ? La frontière entre coordination et surveillance peut être fine, surtout lorsque les conseillers disposent d’un accès direct au chef de l’État et d’un périmètre d’intervention correspondant à celui des ministres de plein exercice.

Le cas de l’Enseignement supérieur illustre bien cette ambiguïté. Sèdami Mèdégan Fagla, actuelle ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, avait elle-même été nommée ministre conseillère dans ce secteur sous Patrice Talon, en décembre 2024. Devenue ministre de plein exercice dans le gouvernement Wadagni, elle se retrouve désormais face à un ministre conseiller chargé du même champ sectoriel, Mahamadou Dahouda. Ce retournement illustre la tension institutionnelle que peut produire cette structure.

Des reconductions qui traduisent une continuité politique

La liste signée par Romuald Wadagni ne marque pas une rupture totale avec celle de Patrice Talon. Plusieurs personnalités sont reconduites dans des secteurs identiques ou proches. Rachidi Gbadamassi conserve la Défense et la Sécurité. Bio Guéra Sacca Kina reste à l’Agriculture. Ayibatin Jonas Hantan demeure dans le champ de la Culture et des Sports. Romaric Ogouwale conserve l’Énergie, l’Eau et les Mines. Mariam Djaouga Sacca reste positionnée sur un secteur social proche de celui qu’elle occupait précédemment.

Ces reconductions envoient un signal de continuité. Elles suggèrent que le nouveau président a jugé utile de maintenir certains profils dans des domaines considérés comme sensibles ou stratégiques. Dans un début de mandat marqué par la volonté d’imprimer une nouvelle méthode tout en préservant certains acquis de la gouvernance précédente, le Collège des ministres conseillers apparaît ainsi comme un instrument de transition maîtrisée.

Le maintien de Rachidi Gbadamassi à la Défense et à la Sécurité retient particulièrement l’attention. Ancien maire de Parakou, plusieurs fois député, figure politique connue du nord du Bénin, il dispose d’un ancrage dans une région directement concernée par les enjeux sécuritaires liés aux menaces aux frontières. Sa reconduction peut être lue comme la volonté de garder à la Présidence un relais politique et stratégique dans un secteur sensible.

Cette nomination intervient alors que le gouvernement comprend déjà un ministre délégué auprès du président de la République chargé de la Défense nationale, Gildas Habib Bignon Agonkan. Ce dernier, ancien ambassadeur du Bénin au Niger, possède une expérience diplomatique utile dans un contexte où les relations entre Cotonou et Niamey demeurent un enjeu majeur. La présence simultanée d’un ministre délégué à la Défense et d’un ministre conseiller à la Défense et à la Sécurité appelle donc une clarification des rôles, notamment sur la coordination, l’accès à l’information et la conduite opérationnelle des priorités présidentielles.

Un débat aussi budgétaire et politique

La nomination des douze ministres conseillers intervient dans un contexte budgétaire particulier. Lors du premier Conseil des ministres du 3 juin 2026, le gouvernement Wadagni a présenté un budget rectificatif porté à 4.086,620 milliards de FCFA, contre 3.783,984 milliards de FCFA dans la loi de finances initiale. Cette hausse globale de 8 % s’accompagne toutefois d’une baisse annoncée de 9,8 % des dépenses de personnel, sans remise en cause des recrutements prévus.

La concomitance entre cette annonce budgétaire et la mise en place du nouveau cadre réglementaire du Collège des ministres conseillers interroge. Les douze nominations représentent nécessairement une charge pour l’État, même si leur coût exact n’est pas encore publiquement détaillé. Il n’y a pas forcément contradiction entre la réduction annoncée des dépenses de personnel et la nomination de ministres conseillers, car les économies peuvent porter sur d’autres postes politiques ou administratifs. Mais l’absence d’explication précise sur ce point laisse une zone d’ombre dans la communication gouvernementale.

Le débat est également politique. Depuis la formation du premier gouvernement Wadagni, des voix se sont élevées au sein de la mouvance présidentielle pour critiquer la faible représentation des profils politiques dans un exécutif jugé très technocratique. Des militants et cadres de l’UP le Renouveau et du Bloc républicain ont exprimé leur frustration face à la composition de l’équipe gouvernementale. Dans ce contexte, le Collège des ministres conseillers peut être perçu comme un espace de compensation politique, permettant d’associer certaines personnalités à la gouvernance sans modifier la structure formelle du gouvernement.

Cette lecture reste une hypothèse, mais elle est alimentée par la formulation même du décret du 5 juin. Son article 3 prévoit qu’il peut être procédé à la nomination d’autres ministres conseillers suivant les besoins. Le nombre de douze n’est donc pas un plafond. D’autres nominations peuvent intervenir ultérieurement par simple décret présidentiel, sans passage devant une instance délibérative.

Cette clause ouverte est sans doute l’un des éléments les plus importants du texte. Elle donne au chef de l’État une marge de manœuvre politique et administrative importante. Elle peut permettre d’ajuster le dispositif aux priorités de l’action publique, mais aussi d’élargir le cercle des personnalités associées à la gouvernance présidentielle.

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