Tchad : Mahamat Idriss Déby accorde une grâce présidentielle à Succès Masra
Le président tchadien Mahamat Idriss Déby Itno a accordé, vendredi 14 août 2026, une grâce présidentielle à Succès Masra, ancien Premier ministre et président du parti Les Transformateurs. Condamné à vingt ans de réclusion criminelle, l’opposant pourrait ainsi retrouver prochainement la liberté, même si la grâce ne remet pas en cause la condamnation elle-même.

Le dossier Succès Masra connaît un tournant majeur au Tchad. Le président Mahamat Idriss Déby Itno a accordé une grâce présidentielle à l’ancien Premier ministre et principal dirigeant du parti Les Transformateurs, ouvrant la voie à sa libération.
Cette mesure intervient près de trois mois après le rejet par la Cour suprême du pourvoi en cassation introduit par la défense. Le 21 mai 2026, la plus haute juridiction tchadienne avait confirmé la peine de vingt ans de réclusion criminelle prononcée contre Succès Masra en août 2025.
Avec cette décision, les voies de recours ordinaires devant les juridictions tchadiennes avaient été épuisées. Une grâce présidentielle apparaissait alors comme l’un des principaux mécanismes susceptibles de modifier l’exécution de la peine.
Succès Masra avait été condamné dans le dossier des violences survenues à Mandakao, dans la province du Logone occidental. La justice l’avait notamment reconnu coupable de diffusion de messages à caractère haineux et xénophobe et de complicité de meurtre. Les violences avaient fait plusieurs dizaines de morts en mai 2025.
Une grâce qui n’efface pas la condamnation
La mesure prise par Mahamat Idriss Déby agit sur l’exécution de la peine. Elle peut permettre une remise totale ou partielle de la réclusion prononcée, mais ne constitue pas une annulation judiciaire du jugement.
Cette distinction est importante pour Succès Masra, dont le parti et les avocats ont régulièrement contesté la procédure ayant conduit à sa condamnation. Une grâce présidentielle permet sa sortie de prison sans nécessairement remettre en cause les infractions retenues par les juridictions.
La décision intervient également dans un contexte où la question d’un geste d’apaisement envers l’opposition était régulièrement évoquée. À l’approche du 66e anniversaire de l’indépendance du Tchad, Mahamat Idriss Déby avait annoncé son intention d’exercer son droit de grâce en faveur de plusieurs condamnés, sans dévoiler immédiatement l’identité des bénéficiaires.
Le cas de Succès Masra était alors au centre des spéculations. Plusieurs responsables politiques et organisations avaient demandé sa libération, estimant qu’une mesure de clémence contribuerait à une décrispation de la vie politique tchadienne.
L’ancien Premier ministre demeure l’une des principales figures de l’opposition au chef de l’État. Il avait été nommé Premier ministre du gouvernement de transition en janvier 2024, quelques mois avant l’élection présidentielle.
Candidat face à Mahamat Idriss Déby au scrutin du 6 mai 2024, Succès Masra avait officiellement obtenu environ 18 % des suffrages contre plus de 61 % pour son adversaire. Il avait contesté les résultats avant de prendre acte de leur confirmation par le Conseil constitutionnel puis de démissionner de ses fonctions de Premier ministre.
Son arrestation en mai 2025 puis sa condamnation trois mois plus tard avaient fortement tendu ses relations avec le pouvoir.
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