Après le Bénin, la Guinée réclame à la France ses biens culturels emportés pendant la colonisation
La Guinée a officiellement engagé une procédure auprès de la France pour récupérer plusieurs manuscrits et objets emportés durant la conquête coloniale. Parmi les pièces réclamées figure le Coran de l’almamy Samory Touré, grande figure de la résistance à l’occupation française en Afrique de l’Ouest.

La Guinée rejoint les pays africains engagés dans la récupération de leur patrimoine culturel conservé en France. À la mi-juin 2026, le ministère guinéen de la Culture a présenté à son homologue français une demande officielle de restitution portant principalement sur des manuscrits et des objets liés à l’histoire de la résistance contre la colonisation.
Au centre de cette démarche se trouve le Coran de l’almamy Samory Touré, conservé dans les réserves du Musée de l’Armée à Paris. Une délégation guinéenne conduite par le ministre de la Culture, Moussa Moïse Sylla, a pu consulter le manuscrit lors d’une visite aux Invalides en juin.
Le document religieux contient plusieurs commentaires coraniques et aurait accompagné Samory Touré, fondateur de l’empire du Wassoulou, dans sa lutte contre la progression des troupes coloniales françaises.
La Guinée souhaite également récupérer plusieurs effets personnels attribués au chef de guerre, notamment son bonnet, son chasse-mouche et une tunique de combat. Ces biens auraient été saisis par l’armée française après sa capture en 1898, avant son exil au Gabon, où il est mort en 1900.
La démarche engagée par Conakry constitue la première demande officielle de cette nature depuis celle formulée en 1968 par le président Ahmed Sékou Touré. À l’occasion du dixième anniversaire de l’indépendance de la Guinée, le dirigeant avait réclamé à la France le Coran, le sabre et le boubou de Samory Touré.
Une demande centrée sur le patrimoine écrit
Contrairement à plusieurs procédures africaines portant principalement sur des statues, des attributs royaux ou des objets rituels, la demande guinéenne vise en grande partie des ouvrages et manuscrits. Les autorités guinéennes veulent notamment identifier les textes historiques dispersés dans les musées, les bibliothèques et les fonds d’archives français. La spécialiste des littératures africaines Elara Bertho et le géographe Fabrice Argounès ont été chargés de localiser et de répertorier ces documents.
Des recherches ont déjà permis d’identifier plusieurs correspondances d’Alpha Yaya Diallo dans les archives de l’explorateur français Aimé Olivier de Sanderval à Caen. Alpha Yaya Diallo, ancien roi de Labé et figure de la résistance dans le Fouta-Djalon, est mort en exil en Mauritanie en 1912. Une autre pièce a été retrouvée dans une médiathèque de Charente-Maritime. Il s’agit de commentaires coraniques présentés comme une prise de guerre datant de 1893 et attribués à Kémoko Bilali Kourouma, un chef militaire de l’armée de Samory Touré.
La demande intervient dans un contexte juridique devenu plus favorable. La France a adopté en mai 2026 une loi destinée à faciliter la restitution de biens culturels ayant fait l’objet d’une appropriation illicite. Ce nouveau dispositif permet de traiter les demandes présentées par des États étrangers sans devoir adopter une loi particulière pour chaque objet ou chaque pays. Il prévoit également le développement d’une coopération culturelle, scientifique et muséographique entre la France et les États bénéficiaires.
Le dossier guinéen devra néanmoins faire l’objet de recherches destinées à établir l’origine des pièces, les conditions de leur acquisition et leur identification précise dans les collections françaises. La question de leur conservation après une éventuelle restitution constitue également un enjeu pour Conakry. La Guinée prévoit la construction d’un musée du livre dans sa capitale, dans le cadre de son appartenance au réseau des villes créatives de l’Unesco. L’infrastructure destinée à accueillir et préserver une partie de ce patrimoine ne devrait toutefois être achevée qu’en 2030.
La démarche guinéenne rappelle celle engagée par le Bénin à partir de 2016. Cotonou avait obtenu en novembre 2021 la restitution par la France de 26 trésors royaux provenant d’Abomey, après l’adoption d’une loi française spécifique en décembre 2020. En mai 2025, le Bénin avait également récupéré auprès de la Finlande le kataklè, un tabouret royal attribué au roi Béhanzin et emporté lors de la conquête du royaume du Danhomè en 1892.
Articles liés
Bénin: le Professeur Nassirou Bako-Arifari nommé Commissaire à la CEDEAO
Bénin: renforcement du partenariat stratégique avec la Banque mondiale et lancement du cadre 2026-2036
Diplomatie: Romuald Wadagni en visite de travail à Addis-Abeba pour promouvoir l’industrialisation africaine
Bénin – France – Niger : Cotonou face à un délicat arbitrage diplomatique
Commentaires
Les commentaires se chargent lorsque vous arrivez ici.