Zambie : échanges houleux entre l’ambassadeur américain sortant et le gouvernement sur la corruption

L’ambassadeur américain sortant en Zambie, Michael Gonzales, et le gouvernement de Lusaka se sont publiquement affrontés ces derniers jours autour des questions de corruption, de gouvernance et d’un important accord d’aide sanitaire conditionné, selon les autorités zambiennes, à l’accès aux minerais critiques du pays.

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Zambie : échanges houleux entre l’ambassadeur américain sortant et le gouvernement sur la corruption
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Dans son discours de départ à Lusaka fin avril, Michael Gonzales a livré un réquisitoire inhabituellement frontal contre la corruption et la mauvaise gestion des ressources publiques en Zambie, s’inquiétant de la lenteur des réformes et du manque d’engagement de certains responsables. Il a également reproché au gouvernement de n’avoir pas suffisamment avancé sur la conclusion d’un nouvel accord d’aide sanitaire de grande ampleur en laissant entendre que des blocages politiques et des pratiques de gouvernance douteuses freinaient la coopération.

Ces remarques interviennent dans un contexte de tensions déjà anciennes autour de la gestion de l’aide américaine, Washington ayant auparavant réduit une partie de son soutien après la découverte de vols massifs de médicaments financés par les États‑Unis dans le système de santé zambien. L’ambassadeur a plusieurs fois dénoncé ces détournements et exhorté Lusaka à agir plus fermement contre les réseaux de corruption, en les présentant comme un obstacle majeur au développement du pays.

Le ministre des Affaires étrangères, Mulambo Haimbe, a réagi avec virulence en qualifiant les accusations de corruption et de passivité du gouvernement d’« malveillantes », « regrettables » et « indiplomatiques », estimant qu’elles ne correspondaient pas à l’esprit de respect mutuel attendu entre États souverains. Lusaka rejette l’idée d’un manque d’engagement et assure que les négociations avec Washington sur l’aide sanitaire avancent dans le cadre de la protection des intérêts du peuple zambien.

Le gouvernement accuse en retour les États‑Unis de chercher à conditionner un accord sanitaire de deux milliards de dollars sur cinq ans à un accès préférentiel aux minerais stratégiques zambiens, ainsi qu’à des clauses jugées excessives en matière de partage de données. Pour Mulambo Haimbe, il ne s’agit pas d’irresponsabilité mais de la « responsabilité » du gouvernement de ne pas accepter des termes qu’il considère comme attentatoires à la souveraineté, à la protection de la vie privée des citoyens et au contrôle national sur les ressources minières.

Le fond du litige

Au cœur de la polémique se trouve un accord d’aide sanitaire américain d’environ 2 milliards de dollars, censé s’étaler sur plusieurs années pour soutenir le système de santé zambien. Washington plaide qu’il s’agit d’un partenariat pour renforcer les infrastructures médicales, la lutte contre les maladies et la résilience du secteur, mais les discussions sont au point mort depuis des mois.

Lusaka affirme que certaines dispositions proposées par la partie américaine – notamment sur le partage de données et le traitement préférentiel des entreprises américaines dans le secteur minier – sont inacceptables, y voyant une tentative de lier une aide sanitaire à l’accès aux minerais critiques du pays. De son côté, l’ambassadeur Gonzales a qualifié ces accusations de « fausses » et « alarmistes », tout en maintenant ses critiques sur le manque de progrès en matière de lutte contre la corruption et de finalisation de l’accord.

Pour le gouvernement zambien, cette passe d’armes est l’occasion d’afficher une posture de fermeté face à ce qui est présenté comme des exigences intrusives d’un partenaire étranger, dans un contexte continental où plusieurs pays africains contestent les conditionnalités associées à l’aide internationale et à l’accès à leurs ressources. Lusaka insiste sur le fait que la relation avec Washington doit rester fondée sur un partenariat d’égal à égal, et non sur un simple rapport de donateur à bénéficiaire.

Pour Washington, ces déclarations s’inscrivent dans la logique de la stratégie « America First » de Donald Trump, qui tend à rendre l’aide plus transactionnelle et à l’articuler avec des intérêts économiques et géostratégiques comme les minerais critiques. Les mises en garde répétées de l’ambassadeur Gonzales sur la corruption et l’utilisation des fonds américains répondent aussi à des attentes internes de reddition de comptes vis‑à‑vis du Congrès et de l’opinion publique américaine.

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