Tunisie : Human Rights Watch dénonce une répression croissante contre la société civile
Human Rights Watch (HRW) a dénoncé, mercredi 2 septembre, une répression croissante contre la société civile tunisienne, affirmant qu’elle porte un coup à l’espace civique né après la révolution de 2011. Dans ses publications consacrées à la Tunisie, l’organisation recense poursuites abusives, arrestations arbitraires, enquêtes financières et suspensions d’associations, et appelle les autorités tunisiennes à cesser de criminaliser les activités des organisations de défense des droits humains.

Selon HRW, plusieurs personnes engagées dans l’aide aux réfugiés ou la lutte contre les discriminations ont été poursuivies depuis 2024. L’organisation cite notamment le cas de la militante antiraciste Saadia Mosbah, présidente de l’association Mnemty, condamnée en mars 2026 à huit ans de prison pour des infractions financières, une peine confirmée en appel par la cour de Tunis en juin 2026.
HRW évoque également des enquêtes financières et pénales ouvertes fin 2024 contre plus d’une dizaine d’associations, dont le bureau régional d’Amnesty International, ainsi que la suspension d’au moins vingt associations depuis mai 2026. Des amendements au décret-loi de 2011 sur les associations, actuellement en discussion au Parlement, pourraient selon l’organisation restreindre davantage l’accès des associations aux financements étrangers et ouvrir la voie à des ingérences politiques.
L’organisation rappelle aussi le sort réservé à des voix critiques poursuivies au titre du décret-loi 54 relatif à la cybercriminalité, à l’image de l’avocate et chroniqueuse Sonia Dahmani, visée par cinq procédures distinctes depuis 2024 et condamnée dans quatre d’entre elles, dont une peine de deux ans de prison prononcée en mai 2026 pour avoir critiqué les conditions de détention.
Le 25 août, Human Rights Watch avait déjà appelé le Conseil des droits de l’homme des Nations unies à se saisir de la situation tunisienne, aux côtés d’autres organisations de défense des droits humains, dénonçant un usage croissant des enquêtes administratives, des suspensions judiciaires, des procédures de dissolution et des gels d’avoirs bancaires pour intimider les associations.
Un rôle jugé essentiel pour la reddition de comptes
Pour Human Rights Watch, la société civile tunisienne joue un rôle majeur dans la reddition de comptes, la fourniture de services de base et la défense des droits humains, un rôle que la vague de restrictions actuelle met directement en péril. L’organisation appelle les autorités tunisiennes à cesser de restreindre la liberté d’association et à mettre fin à la criminalisation des activités de la société civile.
Human Rights Watch appelle par ailleurs la communauté internationale à agir pour préserver ce qu’il reste de l’espace civique tunisien, alors que d’autres organisations, dont Amnesty International, ont documenté ces derniers mois des cas similaires de poursuites et de suspensions visant des associations tunisiennes.
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