TikTok et image de soi : pourquoi le body positive ne règle pas tout

Une nouvelle étude publiée mercredi 9 septembre 2026 dans PLOS One remet un peu de nuance dans notre façon de parler du body positive sur TikTok. Les vidéos qui idéalisent la minceur ont été associées à davantage d’auto-objectification et à une humeur plus négative, tandis que les contenus body positive ont amélioré l’humeur à court terme tout en augmentant, eux aussi, l’attention portée à l’apparence.

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TikTok et image de soi : pourquoi le body positive ne règle pas tout
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Les chercheurs de la Western University, au Canada, ont recruté 323 femmes et personnes s’identifiant au féminin. Chaque participante a regardé, dans un ordre aléatoire, 20 vidéos TikTok réparties entre cinq catégories : thinspiration, fitspiration, body positive, contenus positifs généraux et contenus neutres. Après chaque vidéo, les participantes évaluaient leur humeur et la manière dont elles se percevaient.

Le résultat le plus net concerne la thinspiration, ces contenus qui présentent la minceur comme un idéal à atteindre. Par rapport aux vidéos positives générales, c’est cette catégorie qui a provoqué le niveau le plus élevé d’auto-objectification, devant le body positive et la fitspiration. La thinspiration et la fitspiration ont aussi été associées à davantage d’émotions négatives et à moins d’émotions positives que les vidéos neutres.

Le body positive raconte une histoire plus complexe. Dans l’expérience, il a été associé à une humeur plus positive, ce qui va dans le sens de son message d’acceptation. Mais il a également renforcé l’auto-objectification, c’est-à-dire la tendance à se regarder davantage comme une apparence à évaluer. Autrement dit, un contenu peut faire du bien sur le moment tout en maintenant le corps au centre de l’attention.

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Ce que l’étude change dans notre façon de scroller

Ce constat n’oblige pas à jeter TikTok à la poubelle, ni à considérer tous les contenus beauté, fitness ou body positive comme nocifs. Il rappelle surtout que la question n’est pas seulement de savoir si une vidéo délivre un message positif ou négatif, mais aussi ce qu’elle nous pousse à observer chez nous-mêmes.

Cette nuance rejoint d’autres travaux sur les réseaux sociaux. L’American Psychological Association a notamment mis en avant une étude menée auprès de 690 femmes adultes montrant que l’exposition à des images correspondant à un idéal de minceur faisait baisser l’évaluation de leur propre image corporelle. Le mécanisme n’est donc pas nouveau : la comparaison visuelle peut peser, même quand on sait très bien qu’un fil d’actualité n’est pas la vraie vie.

Il faut toutefois garder une limite importante en tête. L’étude publiée dans PLOS One mesure des effets immédiats, juste après le visionnage. Elle ne permet pas de conclure qu’une vidéo TikTok entraîne des conséquences durables. Les auteurs signalent aussi que l’échantillon était jeune et majoritairement composé de personnes de corpulence moyenne, ce qui limite la généralisation des résultats.

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Trois réflexes simples pour rendre son fil plus léger

Le premier consiste à observer ce qui se passe après quelques minutes de scroll. Si l’on se sent soudain moins bien dans ses vêtements, plus critique devant le miroir ou obsédée par l’idée de corriger un détail de son apparence, ce ressenti mérite d’être pris au sérieux. Il ne s’agit pas de poser un diagnostic, simplement de repérer les contenus qui laissent une trace désagréable.

Le deuxième réflexe est très concret : agir sur l’algorithme. TikTok explique qu’il est possible d’utiliser la fonction « Pas intéressé », de rafraîchir le fil « Pour toi » et de gérer les thèmes recommandés. Ce sont de petits réglages, mais ils permettent de réduire la répétition de certains contenus, notamment lorsqu’un sujet devient trop présent.

Le troisième est de remettre de la variété dans ce que l’on regarde. Suivre des comptes consacrés à la cuisine, au voyage, aux livres, à la déco, à l’humour, au jardinage ou à la création permet de ne pas laisser l’apparence occuper tout l’écran. Pour les adolescentes, l’UNICEF recommande aussi d’aider à identifier les comptes qui alimentent les comparaisons et d’utiliser les outils de la plateforme pour rééquilibrer les recommandations.

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Le body positive peut rester positif, sans parler du corps toute la journée

Le résultat sur le body positive ne signifie donc pas que ce mouvement serait inutile ou hypocrite. Dans l’étude, ces vidéos ont bien été associées à une humeur plus positive. Le point de vigilance est ailleurs : si chaque message, même bienveillant, ramène sans cesse à la taille, aux formes, à la peau, aux cheveux ou au poids, l’apparence peut rester le principal filtre à travers lequel on se regarde.

Une piste consiste alors à déplacer doucement l’attention. Au lieu de ne suivre que des contenus qui disent comment aimer son corps, on peut aussi choisir des contenus qui parlent de ce que le corps permet de faire : marcher, danser, cuisiner, dormir, porter un enfant, travailler, rire, se reposer. Pour les plus jeunes, l’UNICEF recommande justement de valoriser les qualités, les capacités et les activités plutôt que de réduire l’estime de soi à l’apparence.

L’étude de Samantha Jones, Faige Pasternak et Erin Heerey ne tranche donc pas le débat sur TikTok et l’image de soi ; elle affine la question. Les chercheurs appellent à poursuivre les travaux sur la manière de réduire les effets négatifs de la thinspiration et de la fitspiration, en particulier chez les personnes déjà très sensibles au regard porté sur leur apparence.

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