Tanzanie : des rapatriés burundais dénoncent la démolition de leurs maisons

En 2015, beaucoup de Burundais avaient choisi l’exil pour fuir les violences politiques. Près d’une décennie plus tard, des milliers d’entre eux sont en train de regagner le pays depuis la Tanzanie, dans le cadre d’un processus présenté officiellement comme volontaire et mené « dignement » : Gitega et Dar es Salaam ont convenu d’un rythme de retour de 3 000 personnes par semaine. Le Haut-Commissariat aux réfugiés s’alarme toutefois des conditions de départ et évoque désormais des rapatriements contraints.

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Tanzanie : des rapatriés burundais dénoncent la démolition de leurs maisons
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En 2015, beaucoup de Burundais avaient choisi l’exil pour fuir les violences politiques. Près d’une décennie plus tard, des milliers d’entre eux sont en train de regagner le pays depuis la Tanzanie, dans le cadre d’un processus présenté officiellement comme volontaire et mené « dignement » : Gitega et Dar es Salaam ont convenu d’un rythme de retour de 3 000 personnes par semaine. Le Haut-Commissariat aux réfugiés s’alarme toutefois des conditions de départ et évoque désormais des rapatriements contraints.

Sur le site de transit de Nyabitare, où je me suis rendu, les arrivées se succèdent. Victor Nkurikiye, 54 ans, ploie sous la chaleur en empaquetant de longues tôles rouillées : il les a récupérées dans le camp de Nduta, où il a passé dix ans. Les autorités tanzaniennes ont ordonné le démontage des abris, raconte-t-il, et son logement a été détruit sur instruction des responsables du camp, ce qui a poussé nombre de familles à partir précipitamment.

Avec Victor, quelque 800 personnes ont été réceptionnées la veille au centre géré par le HCR. Sous un vaste hangar, matelas, chaises, planches et sacs de vêtements forment des piles désordonnées, témoignant d’un départ hâtif et d’un retour souvent démuni.

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Athanase Nikwibitanga, responsable du site, décrit un changement d’ampleur dans la façon dont les retours se déroulent : « auparavant, ils revenaient avec quelques effets ; aujourd’hui, ils repartent avec la quasi-totalité de leurs biens ». Selon lui, les habitations ont été démolies de façon systématique dans les camps, ce qui explique pourquoi les rapatriés emmènent des tôles et des bâches — il s’agit, dit-il, d’un signal clair qu’il n’est plus possible de rester en Tanzanie.

Un afflux plus rapide que prévu, des besoins qui dépassent les moyens

Un accord de rapatriement entre la Tanzanie et le Burundi datant de novembre encadre officiellement les retours. Mais la pression sur les réfugiés avait augmenté bien avant : écoles fermées, centres de santé abandonnés, et signalements de mauvais traitements avaient déjà fragilisé la vie dans les camps.

Parmi les rapatriés, certains portent les traces des violences subies. Appuyée sur une béquille, Antoinette Nitwarugina raconte être arrivée en Tanzanie en bonne santé et repartir aujourd’hui handicapée, affirmant avoir été battue et traquée. Malgré la douleur et la détresse, elle confie ressentir un certain soulagement de retrouver la sécurité sur son sol natal.

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Le HCR délivre une aide à la réinstallation — un peu plus de 200 dollars pour Antoinette — mais l’organisation est débordée : les retours s’opèrent à un rythme deux à trois fois supérieur aux prévisions. « Pour Gitara, nous attendions environ 1 500 personnes ; elles sont près de 2 800 à 2 900 », indique Simplice Nkandji, chef de sous-délégation, qui alerte sur l’accélération des opérations et sur la nécessité d’un renforcement des moyens pour accompagner ces familles.

Après dix années passées hors du pays et un retour souvent brutal, l’incertitude demeure pour beaucoup : certains ne savent pas encore où ils pourront s’installer dans les jours qui viennent, et les besoins en hébergement, soins et aide matérielle restent pressants.

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