Soudan du Sud : Washington menace de ne pas financer les élections sans dialogue politique
Devant le Conseil de sécurité, l’ambassadeur des États-Unis auprès de l’ONU a dressé un tableau critique de la situation politique au Soudan du Sud, pays qui se prépare à organiser ses premières élections nationales depuis l’indépendance proclamée en 2011. La tenue d’un scrutin prévu en décembre 2026 est désormais entourée d’incertitudes grandissantes.

Le pays a vu ces dernières semaines une reprise des affrontements entre les forces loyales au président Salva Kiir et des groupes fidèles à Riek Machar, l’ancien vice‑président aujourd’hui suspendu et placé en résidence surveillée depuis environ un an. Ces nouveaux épisodes de violence ravivent le lourd bilan des luttes armées qui ont marqué l’histoire du jeune État.
Washington a mis en garde : les États‑Unis pourraient refuser de contribuer financièrement à l’organisation du vote si des conditions préalables ne sont pas remplies. Juba affirme vouloir maintenir le calendrier électoral fixé à décembre, mais pour les États‑Unis, plusieurs exigences doivent être satisfaites avant d’envisager un soutien extérieur.
Parmi ces conditions figurent la libération des personnalités politiques détenues et l’ouverture d’un véritable dialogue avec l’opposition — des étapes que, selon la représentation américaine, il est impossible d’atteindre tant que des dirigeants clés restent privés de liberté. L’ONU a, par ailleurs, tiré la sonnette d’alarme en estimant que le pays est proche d’une nouvelle escalade interne.
Des préparatifs jugés insuffisants
Les responsables américains ont également dénoncé l’absence de préparatifs concrets pour organiser des élections crédibles. Ils refusent que des bailleurs internationaux assument les coûts d’un processus que le gouvernement sud‑soudanais n’a pas engagé financièrement lui‑même.
Selon la chercheuse Emmanuelle Veuillet, postdoctorante à l’Institut des mondes africains, cette pression vise à forcer Juba à appliquer les termes de l’accord de paix de 2018 : la tenue d’un nouveau recensement, l’adoption d’une loi électorale et l’élaboration d’une Constitution, obligations qui n’ont pas encore été remplies.
Face à ce blocage, la chercheuse n’exclut pas deux scénarios : les autorités sud‑soudanaises pourraient solliciter d’autres partenaires pour financer le scrutin, ou bien se contenter d’un vote minimaliste, organisé dans la précipitation et sans garanties pleinement acceptées par l’opposition.
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