Sénégal : un français en détention pour « actes contre-nature »

Un ressortissant français est détenu au Sénégal depuis le 14 février 2026 dans une affaire comprenant notamment des poursuites pour « actes contre-nature », association de malfaiteurs, blanchiment de capitaux et tentative de transmission du VIH. Cette détention intervient dans un contexte de durcissement de la législation sénégalaise sur les relations homosexuelles et de tensions diplomatiques autour des droits LGBT+.

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Sénégal : un français en détention pour « actes contre-nature »
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Un ressortissant français est en détention au Sénégal depuis le 14 février 2026, arrêté lors d’une vague d’interpellations pour « actes contre-nature, association de malfaiteurs, blanchiment de capitaux et tentative de transmission du VIH », a indiqué vendredi 15 mai une source diplomatique française à l’AFP, confirmant une information publiée par BFMTV et Franceinfo. Son identité n’a pas été rendue publique.

En réaction, la même source diplomatique a déclaré que « la France rappelle son attachement au respect des droits de l’Homme dans leur universalité et leur indivisibilité, ainsi que son engagement en faveur de la dépénalisation universelle de l’homosexualité, de la défense des droits des personnes LGBT+ et de la lutte contre les discriminations fondées sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre ». Le ministère français des Affaires étrangères n’a pas précisé si des démarches de représentation consulaire avaient été entreprises auprès des autorités sénégalaises.

Les « actes contre-nature » désignent, dans le droit sénégalais, les relations sexuelles entre personnes de même sexe, incriminées par l’article 319 alinéa 3 du Code pénal depuis la loi n°66-16 du 12 février 1966. Au moment de l’arrestation du 14 février 2026, le texte applicable prévoyait une peine d’un à cinq ans d’emprisonnement et une amende de 100 000 à 1,5 million de francs CFA (environ 150 à 2 285 euros).

Cette législation a depuis été durcie. Un projet de loi modifiant l’article 319 a été adopté en Conseil des ministres le 18 février 2026, présenté à l’Assemblée nationale par le Premier ministre Ousmane Sonko le 24 février, adopté par 138 voix sur 165 lors de la plénière du 11 mars 2026, puis promulgué et publié au Journal officiel fin mars-début avril 2026. Dans sa nouvelle rédaction, la peine d’emprisonnement est portée à cinq à dix ans — contre un à cinq ans précédemment — et l’amende à deux à dix millions de francs CFA. Le texte introduit par ailleurs un délit d’apologie des actes visés, passible de trois à sept ans de prison, et des sanctions contre les dénonciations non fondées. Le ressortissant français a été arrêté quatre jours avant l’adoption du texte en Conseil des ministres, les charges retenues à son encontre relèvent donc du régime antérieur au durcissement.

Une vague d’arrestations dans un contexte de répression accrue

L’arrestation du 14 février s’inscrit dans une série d’opérations des forces de l’ordre sénégalaises visant des personnes suspectées de relations homosexuelles. Parmi les faits récents documentés par la presse sénégalaise, la Brigade de recherches (BR) a procédé en mai 2026 à Tambacounda, dans l’est du pays, à l’arrestation de vingt personnes dans le cadre d’une opération ciblant ce que les autorités ont qualifié de « réseau » d’homosexuels, selon Senenews. Ces arrestations interviennent dans un contexte de renforcement du discours officiel sur la question, porté notamment par le Premier ministre Ousmane Sonko, dont la répression des relations homosexuelles constitue l’un des marqueurs politiques les plus affirmés depuis son accession au pouvoir en mars 2024.

La France est le seul pays occidental dont un ressortissant est explicitement cité dans une affaire de ce type au Sénégal depuis le durcissement du cadre légal. La Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) française avait alerté, lors de l’examen du projet de loi sénégalais en mars 2026, sur les risques que le nouveau texte ferait courir aux ressortissants étrangers présents au Sénégal.

Le Sénégal figure parmi les trente-deux États africains sur cinquante-quatre qui pénalisent les relations entre personnes de même sexe, selon les données de l’Agence Anadolu reprenant le recensement de l’ILGA World (Association internationale des personnes lesbiennes, gay, bisexuelles, trans et intersexes). Les sanctions les plus sévères — incluant la peine de mort — sont appliquées par la Mauritanie, l’Ouganda et les États du nord du Nigeria régis par la charia. À l’inverse, l’Angola, le Mozambique, le Botswana et le Cap-Vert ont procédé à la dépénalisation. L’Afrique du Sud est le seul pays du continent à avoir légalisé le mariage entre personnes de même sexe, depuis 2006.

La date de comparution du ressortissant français devant les juridictions sénégalaises compétentes n’a pas été rendue publique par les autorités sénégalaises ni par la partie française.

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