Sénégal : “Si Pastef le veut, ce gouvernement peut tomber en 72h”, avertit Sonko

Ousmane Sonko a qualifié mardi la situation politique sénégalaise de « cohabitation » après la formation du gouvernement Ahmadou Al Aminou Lo sans le Pastef. Tout en appelant Bassirou Diomaye Faye au dialogue, le président de l’Assemblée nationale a assuré que son parti ne censurerait pas l’exécutif, malgré sa majorité écrasante au Parlement.

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Sénégal : “Si Pastef le veut, ce gouvernement peut tomber en 72h”, avertit Sonko
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Ousmane Sonko, président de l’Assemblée nationale et chef du Pastef, a pris la parole mardi 2 juin 2026 lors d’une sortie médiatique au cours de laquelle il a qualifié de « cohabitation » la situation institutionnelle issue de la formation du gouvernement Ahmadou Al Aminou Lo sans le Pastef. « Nous sommes, qu’il le veuille ou pas, dans une situation de cohabitation. Il n’a pas un seul député à l’Assemblée nationale. Il n’a pas tous les pouvoirs. Il faut qu’il redescende de son piédestal et qu’on se parle », a-t-il déclaré en référence au président Bassirou Diomaye Faye.

Sonko a cependant exclu toute stratégie d’obstruction systématique. « Nous ne censurerons pas », a-t-il affirmé, précisant que le Pastef allait « accompagner » le nouveau gouvernement tout en appelant le chef de l’État au dialogue « pour ne pas replonger » le pays dans une crise. Ces déclarations interviennent le lendemain de la publication du décret n°2026-1130 fixant la composition d’un gouvernement de 30 membres qui ne compte aucun représentant officiel du Pastef, dont Sonko avait lui-même annoncé la non-participation dans un communiqué signé le 1er juin.

La qualification de « cohabitation » est un choix lexical politique fort. En droit constitutionnel sénégalais, la cohabitation n’est pas formellement prévue – le président dispose du droit de nommer et de révoquer le Premier ministre. Mais arithmétiquement, la situation décrite par Sonko est réelle : le Pastef détient 130 des 165 sièges de l’Assemblée nationale, soit 78,8 % de la chambre. Faye ne peut pas dissoudre l’Assemblée avant novembre 2026. Le budget, les projets de loi et l’éventuelle censure du gouvernement passent tous par le vote de cette majorité.

Une posture de contre-pouvoir sans rupture formelle

La déclaration de Sonko dessine une posture intermédiaire entre l’opposition frontale et la solidarité gouvernementale. Le Pastef ne participe pas au gouvernement, il ne l’a pas approuvé, mais il ne le renversera pas non plus – du moins dans l’immédiat. Le mot « accompagner » est volontairement flou : il peut signifier voter les textes déposés par le gouvernement, ou simplement ne pas les bloquer. Il ne signifie pas les soutenir activement.

L’appel au dialogue adressé à Faye est double. D’un côté, il offre une sortie de crise institutionnelle qui évite une confrontation directe entre l’exécutif et l’Assemblée. De l’autre, il pose Sonko en arbitre raisonnable et Faye en responsable de l’impasse si le dialogue n’a pas lieu. La formule « redescende de son piédestal » est la plus dure de la déclaration : elle cible directement le positionnement du président depuis le limogeage du 22 mai.

Congrès du Pastef dans quatre jours

Ces déclarations précèdent de quatre jours le premier congrès du Pastef, fixé au 6 juin à Dakar. Ce congrès doit élire le président du parti – Sonko est le candidat attendu – et fixer les orientations pour les six prochaines années. Jeune Afrique notait ce mardi que le gouvernement sans Pastef « acte la cohabitation entre Diomaye et Sonko », une formulation que Sonko a désormais reprise à son compte. Le sort des cinq membres du Pastef restés au gouvernement malgré le boycott – dont Yankhoba Diémé, déjà exclu par sa section locale de Bignona – sera également à l’ordre du jour implicite du congrès.

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