Sénégal : Ousmane Sonko théorise une «cohabitation douce» avec Diomaye Faye
Début mars 2026, lors d’une rencontre avec des militants du Pastef, Ousmane Sonko a défendu le concept de « cohabitation douce » avec le président Bassirou Diomaye Faye. Si le chef de l’État ne s’aligne pas sur la ligne du parti, ils cohabiteraient néanmoins en respectant chacun leur rôle constitutionnel. La déclaration a suscité de vives réactions sur les réseaux sociaux sénégalais, réactions qui n’ont pas toujours correspondu aux intentions du Premier ministre.

Ousmane Sonko, Premier ministre sénégalais et leader du PASTEF, a récemment théorisé une «cohabitation douce» avec le président Bassirou Diomaye Faye lors d’un échange avec les militants de son parti. Cette expression décrit une collaboration raisonnable au sein de l’exécutif, malgré des tensions potentielles, où chacun exerce pleinement ses attributions constitutionnelles tout en se soutenant mutuellement. Sonko insiste sur le rôle central du PASTEF dans la gouvernance, affirmant que le parti reste indispensable et que le président et la plupart des ministres en revendiquent l’appartenance.
Des observateurs proches des deux camps rapportent que les désaccords entre Sonko et Faye sont apparus dès novembre 2025 et se sont accentués autour de décisions gouvernementales. Sonko rappelle que le Pastef a pesé pour 90 % de la victoire de 2024 ; Faye, lui, assure la présidence, et leurs orientations divergent.
S’exprimant début mars 2026 lors d’un échange avec les militants du PASTEF, Ousmane Sonko a décrit une forme de collaboration institutionnelle où président et Premier ministre exerceraient pleinement leurs prérogatives, tout en maintenant un minimum de coordination. Une manière, selon lui, de préserver la stabilité de l’État même en cas de divergences politiques.
Mais derrière cette formulation apaisée, le message est plus nuancé. Le chef du gouvernement a clairement indiqué que cette cohabitation pourrait devenir plus « corsée » si le président venait à s’éloigner de la ligne politique du parti. Il a également insisté sur le rôle central du PASTEF, rappelant que cette formation reste, à ses yeux, le socle de la légitimité du pouvoir actuel.
Une majorité fragilisée par les crises sociales
Les frictions entre les deux têtes de l’exécutif ne sont pas nouvelles. Elles remontent à novembre 2025, période marquée par un premier bras de fer autour de la coalition Diomaye Président. La décision unilatérale du président de réorganiser cette alliance, notamment à travers des changements de leadership contestés par le PASTEF, avait déjà mis en lumière des divergences profondes.
Depuis, les désaccords se sont multipliés. Sur le plan économique, Ousmane Sonko s’est opposé à certaines orientations, notamment autour de la gestion de la dette et des discussions avec les institutions financières internationales. En toile de fond, certains analystes évoquent une rivalité politique larvée, voire une lutte d’influence sur la direction future du pays.
La tenue, fin mars 2026, d’une assemblée générale de la coalition « Diomaye Président », marquant son autonomie vis-à-vis du PASTEF, est venue accentuer cette impression de distanciation progressive entre les deux camps.
Cette tension politique intervient dans un contexte social déjà tendu. Entre février et mars 2026, le secteur de l’éducation a été secoué par une nouvelle vague de mobilisations. Le G7, une coalition de syndicats d’enseignants, a lancé son cinquième plan d’actions, dénonçant le non-respect des engagements gouvernementaux, notamment sur l’apurement de la dette sociale.
Des grèves et débrayages se multiplient, avec une grève nationale annoncée pour le 31 mars, dans le cadre d’une semaine d’action. À cela s’ajoute la suppression annoncée de plus de 3 000 postes d’enseignants pour l’année scolaire 2026, suscitant inquiétudes et incompréhensions chez les parents d’élèves et les professionnels du secteur.
Plus largement, les secteurs de la santé et de l’éducation restent sous pression, mettant à l’épreuve un pouvoir arrivé en 2024 avec la promesse de profondes réformes.
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