RDC : Félix Tshisekedi n’exclut pas un 3ème mandat et le conditionne à la volonté du peuple
Le président de la République démocratique du Congo, Félix Tshisekedi, a déclaré mercredi 6 mai lors d’une conférence de presse à Kinshasa ne pas exclure l’hypothèse d’un troisième mandat. « Je n’ai pas sollicité un troisième mandat, mais si le peuple veut un troisième mandat, je l’accepterai », a-t-il affirmé sur les antennes de la Radio Télévision Nationale Congolaise (RTNC). Cette déclaration, la plus explicite à ce jour de la part du chef de l’État sur le sujet, intervient alors que sa majorité parlementaire a fait adopter le 30 avril la recevabilité d’une proposition de loi encadrant l’organisation du référendum.

Le député Paul Gaspard Ngondankoy, membre du parti Agissons et bâtissons (AB, majorité présidentielle), a défendu le 30 avril devant l’Assemblée nationale sa proposition de loi fixant les conditions d’organisation d’un référendum, déposée le 14 décembre 2024. Le texte prévoit plusieurs types de consultation populaire, y compris sur des questions de révision constitutionnelle. Une seconde proposition similaire a été déposée le 19 mars 2026 par un autre député de la majorité, Tony Mwaba, ancien ministre de l’Éducation nationale.
L’article 220 de la Constitution de 2006 interdit toute révision portant sur le nombre et la durée des mandats présidentiels, le suffrage universel ou les droits fondamentaux. Toute violation de cette disposition est passible de sanctions pénales. La Constitution limite à deux le nombre de mandats présidentiels. Élu en 2018 puis réélu en 2023, Tshisekedi achève son second et dernier mandat constitutionnel en janvier 2029.
L’opposition a immédiatement réagi à la recevabilité du texte. Delly Sessanga, président du parti ENVOL, a dénoncé sur les réseaux sociaux « des notions floues, un champ extensible, une manœuvre politique dangereuse » préparant selon lui « un coup d’État constitutionnel destiné à imposer un troisième mandat ». Le porte-parole de la plateforme Lamuka, Prince Epenge, proche de l’opposant Martin Fayulu, a qualifié l’article 220 de « ligne rouge infranchissable ». Le mouvement citoyen LUCHA et la Coalition de la gauche congolaise (CGC) de Jean-Marc Kabund ont également rejeté l’initiative.
Les opposants Seth Kikuni et Claudel Lubaya, du Cadre de concertation des forces politiques et sociales, remettent en cause la légitimité même du débat parlementaire sur un texte lié au référendum dans le contexte actuel.
Un précédent sous Kabila et un climat politique inflammable
La question du troisième mandat ravive le souvenir de la crise politique de 2016-2018, lorsque l’ancien président Joseph Kabila avait tenté de repousser l’élection présidentielle pour prolonger son pouvoir, avant de renoncer sous la pression de la rue et de la communauté internationale. L’article 220 avait alors été brandi par l’opposition — dont l’UDPS d’Étienne Tshisekedi, père de l’actuel président — comme un verrou intangible.
La conférence de presse de mercredi intervient deux jours après l’incendie du siège du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), formation de Kabila, situé boulevard Sendwe dans la commune de Kalamu à Kinshasa. Le feu a été allumé le 4 mai en marge d’une marche organisée par l’UDPS — parti de Tshisekedi — et ses alliés de l’Union sacrée pour soutenir les récentes sanctions américaines contre Kabila, accusé par Washington de liens avec la rébellion de l’AFC/M23. Le coordonnateur de la société civile, Jean-Claude Katende, a dénoncé « une radicalisation dangereuse du débat politique ». Le PPRD a accusé le pouvoir de « dérives dictatoriales ».
Lors de la même conférence de presse, Tshisekedi a conditionné la tenue des prochaines élections à la fin de la guerre dans les zones occupées de l’est du pays, où les combats opposent l’armée congolaise à la rébellion du M23, soutenue par le Rwanda. La proposition de loi Ngondankoy doit encore être examinée en commission puis en plénière avant un éventuel vote de l’Assemblée nationale.
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