Quand les urnes se vident, la politique s’explique
Les élections législatives et communales de 2026 au Bénin n’auront pas été marquées par l’enthousiasme des foules.

Les élections législatives et communales de 2026 au Bénin n’auront pas été marquées par l’enthousiasme des foules.
Bien que le taux de participation ne soit pas encore officiel, il y a tout de même un constat fait par l’ensemble des acteurs: la faible mobilisation des électeurs. C’est une tendance désormais installée: le désengagement progressif des citoyens vis-à-vis du processus électoral.
Ce désintérêt n’est pas un accident de calendrier. Il s’observe, scrutin après scrutin, depuis l’accession de Patrice Talon à la magistrature suprême. Comme si, à mesure que les institutions se consolident par le haut, le lien civique se distend par le bas.
Ce malaise est moins spectaculaire qu’une crise ouverte, mais plus redoutable parce qu’il s’installe dans la durée. Il ne s’exprime ni par la rue ni par la contestation massive, mais par le retrait silencieux.
Une partie croissante des Béninois ne croit plus que le bulletin de vote puisse infléchir le cours des décisions publiques. La mécanique institutionnelle fonctionne, les scrutins se tiennent, les résultats sont proclamés, mais l’adhésion populaire s’effrite.
À force de réformes électorales perçues comme restrictives, de compétitions politiques de plus en plus verrouillées et d’une opposition affaiblie ou marginalisée, l’élection a cessé d’apparaître comme un espace réel de choix.
Elle est devenue, pour beaucoup, un rituel administratif plus qu’un moment de souveraineté citoyenne.
Ce désengagement n’est pas le produit de l’indifférence, mais celui d’une désillusion. Le citoyen ne boycotte pas par apathie, il se retire parce qu’il ne se reconnaît plus dans une offre politique qu’il juge étroite, prédéterminée, parfois inaccessible.
La démocratie continue d’exister dans ses formes, mais elle peine à convaincre dans son sens. Ce qui se joue n’est donc pas une simple fatigue électorale, mais une fracture plus profonde entre le pouvoir et la société. Une fracture silencieuse, sans slogans ni barricades, mais dont les taux de participation sont désormais le baromètre le plus fiable.
Faible taux de participation n’est pas signe de maturité
Le pouvoir, comme une partie de l’élite politique, s’accommode de cette faible mobilisation. L’argument est souvent le même: la stabilité, la discipline institutionnelle, la fin des désordres électoraux.
Mais une démocratie ne se mesure pas seulement à la tranquillité de ses scrutins. Elle se mesure à la densité de l’adhésion citoyenne.
Un corps électoral qui se retire progressivement de la vie politique n’est pas un signe de maturité. C’est le symptôme d’un malaise profond : sentiment d’exclusion, d’impuissance, de déconnexion entre les décisions publiques et la vie quotidienne.
Ce malaise n’est pas conjoncturel. Il s’enracine dans une perception largement partagée : la politique se fait désormais sans le peuple, ou du moins sans son arbitrage réel.
Une victoire sans légitimité populaire pleine
Les élections au Bénin continuent de produire des institutions légales, mais politiquement fragilisées par l’abstention. La légalité ne suffit pas à construire la légitimité.
Un pouvoir issu de scrutins faiblement participatifs peut gouverner, mais il gouverne sur un socle social étroit, exposé à la défiance, à la résignation et, à terme, à la contestation diffuse.
Ce paradoxe est central: plus le système est maîtrisé d’en haut, plus il se vide d’en bas. La mécanique fonctionne, mais l’adhésion s’effrite.
En conclusion, il s’installe une démocratie administrée, mais de moins en moins vécue. Les dernières élections communales et législatives ne marquent pas une crise spectaculaire. Elles marquent quelque chose de plus inquiétant: une érosion tranquille du lien civique.
Le véritable enjeu n’est donc pas électoral, il est politique au sens fort: comment redonner à l’acte de voter une signification réelle dans un système perçu comme verrouillé ? Tant que cette question restera évitée, la participation continuera de chuter, et avec elle, la vitalité démocratique du pays.
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