Nigeria : l’ex-ministre Saleh Mamman arrêté, 12 jours après sa condamnation à 75 ans de prison

L’ancien ministre nigérian de l’Énergie, Saleh Mamman, a été arrêté à Kaduna par l’EFCC, douze jours après sa condamnation par contumace à 75 ans de prison pour détournement et blanchiment présumés de fonds publics. L’affaire porte sur 33,8 milliards de nairas destinés aux projets hydroélectriques de Mambilla et Zungeru, deux infrastructures stratégiques pour le secteur électrique nigérian.

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Nigeria : l’ex-ministre Saleh Mamman arrêté, 12 jours après sa condamnation à 75 ans de prison
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ABUJA – L’ancien ministre de l’Énergie nigérian Saleh Mamman a été arrêté à 3h30 du matin, mardi 19 mai 2026, dans le quartier de Rigasa, à Kaduna, par des agents de la Commission des crimes économiques et financiers (EFCC), a annoncé le président de l’EFCC, Ola Olukoyede, lors d’une conférence de presse tenue au siège de l’agence à Abuja. Deux personnes qui l’hébergeaient ont été interpellées en même temps. L’EFCC a précisé que la résidence où il se cachait faisait l’objet d’une investigation. Mamman était en fuite depuis sa condamnation par contumace à 75 ans d’emprisonnement prononcée le 13 mai par le juge James Omotosho du Tribunal fédéral d’Abuja, après une instruction de quinze mois ouverte en janvier 2025.

« Je suis heureux d’annoncer aux Nigérians qu’à environ 3h30 ce matin, nous avons arrêté M. Saleh Mamman », a déclaré Olukoyede, ajoutant que l’arrestation était le résultat de plusieurs semaines de surveillance et de collecte de renseignements. Il est présumé innocent jusqu’à l’épuisement des voies de recours.

La procédure s’est déroulée en deux phases. Le 7 mai 2026, le juge Omotosho a déclaré Mamman coupable des 12 chefs d’accusation retenus par l’EFCC, estimant que l’accusation avait « prouvé sa culpabilité hors de tout doute raisonnable », selon les termes du tribunal. Le jugement de culpabilité a été prononcé en son absence. La cour l’a ensuite convoqué pour l’audience de prononcé de la peine fixée au 13 mai. Mamman ne s’est pas présenté, contraignant le tribunal à procéder à sa condamnation par contumace.

Le juge Omotosho a prononcé une peine de sept ans d’emprisonnement sans alternative à l’amende pour chacun des chefs d’accusation 1, 2, 3, 6, 7, 8, 9, 10, 11 et 12, soit dix chefs, une peine de trois ans d’emprisonnement avec une option d’amende de dix millions de nairas pour le chef 4, et deux ans d’emprisonnement sans alternative à l’amende pour le chef 5. La cour a ordonné que les peines soient purgées de façon consécutive, portant le total à 75 ans. Elle a également enjoint à Interpol et aux forces de sécurité nigérianes d’arrêter Mamman où qu’il se trouve et de le remettre au Service correctionnel pour l’exécution de la peine.

Des fonds détournés de deux barrages hydroélectriques majeurs

Les 12 chefs d’accusation portent sur le blanchiment et le détournement de fonds affectés aux projets hydroélectriques de Mambilla et de Zungeru, pour un montant total de 33,8 milliards de nairas, soit environ 22 millions de dollars au taux de change du jour. Selon l’EFCC, les fonds publics ont été transférés vers des sociétés privées et utilisés pour des transactions non autorisées pendant le mandat de Mamman. Olukoyede a précisé que l’EFCC avait déposé ses actes d’accusation en janvier 2025, dix-huit mois avant l’arrestation. « Environ quatorze à quinze mois plus tard, le 7 mai, nous avons obtenu des condamnations sur les 12 chefs », a-t-il déclaré.

Saleh Mamman a dirigé le ministère nigérian de l’Énergie entre 2019 et 2021 sous l’administration de l’ancien président Muhammadu Buhari. Il avait sous sa tutelle les deux projets hydroélectriques concernés, présentés par le gouvernement Buhari comme essentiels à la réduction du déficit chronique d’électricité du pays. Le projet de Mambilla, situé dans l’État de Taraba, dans le nord-est, est l’un des plus importants du continent africain en termes de capacité projetée. Le projet de Zungeru, dans l’État du Niger, au nord-ouest, a été partiellement mis en service en 2022.

Olukoyede a présenté l’arrestation comme la preuve de la détermination du gouvernement fédéral à lutter contre la corruption : « Nous défendrons notre mandat et veillerons à ce que chacun, qu’il soit du secteur privé ou public, soit enquêté et traduit en justice. » Il a averti que quiconque aurait détourné des ressources publiques « ne pourra pas échapper à la justice, peu importe où il choisit de se cacher ».

L’EFCC avait prévu de transférer Mamman vers un établissement pénitentiaire du Service correctionnel nigérian, des dispositions étant encore en cours à l’heure de la conférence de presse du 19 mai. Le procès en appel ou tout recours judiciaire éventuel de la défense n’avait pas encore été annoncé à cette date. L’EFCC est l’une des deux grandes agences anticorruption du Nigeria, aux côtés de la Commission indépendante des pratiques corrompues (ICPC). Elle a été créée en 2003.

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