Niger : après la mutinerie à Niamey, les raisons de la colère dans les rangs de l’armée

Trois jours après une mutinerie au sein de l’armée nigérienne à Niamey, les raisons de la colère des soldats restent encore floues, mais elles révèlent un profond malaise dans les rangs des forces armées du Niger, selon plusieurs sources concordantes. Les affrontements, qui ont opposé des militaires mutins à la garde présidentielle appuyée par les forces russes de l’Africa Corps, se sont déroulés dans la nuit du vendredi 28 au samedi 29 août 2026, autour de la base aérienne 101, jouxtant l’aéroport international Diori-Hamani de Niamey.

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Selon le site Atalayar, plusieurs centaines de soldats auraient participé à la mutinerie, tandis que 200 à 300 militaires russes de l’Africa Corps stationnés sur la base ont déployé des véhicules blindés et un appui aérien tactique pour aider à reprendre le contrôle. Les combats se sont étendus vers le palais présidentiel et les studios de l’ORTN, la radio-télévision publique, dont les émissions ont été brièvement interrompues.

Le ministère nigérien de la Défense a affirmé avoir rétabli le contrôle de la situation, évoquant des dizaines de victimes et de nombreuses arrestations parmi les mutins, selon Atalayar. Au 1er septembre toutefois, aucun bilan officiel chiffré n’avait été rendu public, et le général Abdourahamane Tiani, à la tête du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP), ne s’était pas exprimé publiquement sur les événements, les autorités évoquant un simple « mouvement d’humeur », selon RFI.

Trois ans après avoir pris le pouvoir par la force, le CNSP fait face à ce que plusieurs observateurs qualifient de crise la plus sérieuse depuis son arrivée, dans un pays toujours engagé dans la lutte contre des groupes jihadistes affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique.

Des affectations contestées et un épuisement au front

En l’absence de revendications officiellement communiquées, plusieurs pistes circulent pour expliquer la colère des mutins. Parmi elles, des affectations jugées inéquitables : le fils du ministre de la Défense, le général Salifou Mody, aurait été envoyé en stage à l’étranger plutôt que sur une zone d’opération exposée, selon RFI.

D’autres sources évoquent un ras-le-bol plus général parmi des militaires engagés depuis plusieurs années contre les groupes jihadistes dans les zones de Ouallam, Téra et Dosso, qui manquent parfois d’appui aérien et d’équipements adaptés. Selon Atalayar, cette lassitude a été exacerbée par une attaque revendiquée début août par un groupe affilié au JNIM, qui a tué 18 soldats.

Des tensions avec la garde présidentielle

Plusieurs observateurs soulignent aussi des tensions croissantes entre la garde présidentielle et le reste de l’armée. Dimanche 30 août, une cérémonie d’hommage a été organisée pour trois membres de la garde présidentielle tués pendant les combats, alors que des militaires meurent au front sans bénéficier des mêmes honneurs, relève un observateur cité par RFI.

L’intervention directe des forces russes de l’Africa Corps contre des soldats nigériens, pour réprimer la mutinerie, passe également mal auprès d’une partie de l’armée, selon plusieurs analystes cités par RFI, qui redoutent l’émergence d’autres mouvements de colère dans les prochaines semaines.

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