“Ne leur imposez rien”, Oligui Nguema défend une approche inclusive envers l’AES

Depuis Libreville, Brice Oligui Nguema appelle l’Afrique à changer de méthode face aux pays de l’AES. Dans une intervention sur France 24, le président gabonais a plaidé pour un accompagnement sans arrogance ni injonction, estimant que les dirigeants de transition doivent être traités comme des chefs d’État à part entière afin de construire des solutions africaines aux crises africaines.

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Diplomatie
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“Ne leur imposez rien”, Oligui Nguema défend une approche inclusive envers l’AES
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Le président gabonais Brice Oligui Nguema a appelé mercredi 3 juin 2026, dans une intervention sur France 24, à adopter une approche inclusive envers les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES), sans condamner leur choix de rupture avec les institutions régionales. « Ne leur imposez rien. Trouvons des modèles. Comment les accompagner dans l’apaisement sans pourtant les frustrer, sans pourtant les prendre d’en haut, les regarder d’en bas. Non, ça ne marche plus », a-t-il déclaré. Il a formulé sa position centrale en termes directs : « On ne peut pas imposer à un chef d’État qu’il soit en transition ou pas, il reste un chef d’État de son pays. »

Oligui Nguema a conclu son intervention sur un appel à l’UA : « Ce sont des problèmes africains et on trouvera des solutions africaines. Il faut les accompagner. Ce que nous pouvons faire, c’est de donner des conseils. »

Ces déclarations interviennent au lendemain de la visite du président béninois Romuald Wadagni à Niamey et à Ouagadougou – deux capitales de l’AES – et à quelques semaines de la cinquième réunion du médiateur de la CEDEAO, Lansana Kouyaté, qui a entamé une tournée dans les pays de l’Alliance. Elles s’inscrivent dans un mouvement plus large de leaders africains qui cherchent à maintenir des canaux de dialogue avec les juntes sahéliennes sans aller jusqu’à la confrontation institutionnelle.

Un profil de médiateur crédible

La prise de parole d’Oligui Nguema sur ce sujet est loin d’être neutre. Lui-même est arrivé au pouvoir par un coup d’État le 30 août 2023, renversant Ali Bongo Ondimba. Mais sa trajectoire ensuite a été différente de celle des dirigeants de l’AES : il a conduit une transition qui a débouché sur des élections présidentielle et législatives, qu’il a remportées en novembre 2024, et il gouverne aujourd’hui comme président élu. Cette trajectoire lui confère une crédibilité particulière pour parler aux juntes sahéliennes – il comprend leur logique de l’intérieur – tout en incarnant la possibilité d’un retour à l’ordre constitutionnel.

Sur la question électorale, il a été direct sans être prescriptif : « Si on dit que la paix va avec les élections, alors il faut aller aux élections. Si on dit que les libertés vont avec les élections, il faut faire des élections. Si on dit que la stabilité rime avec les élections, c’est qu’il faut faire des élections. » Il a cité plusieurs exemples de transitions militaires ayant débouché sur un processus électoral – le Gabon lui-même, la Guinée de Mamadi Doumbouya, la Guinée-Bissau. Sur Madagascar, dont le chef de la transition devait se rendre à Libreville dans les prochains jours, il a indiqué que son homologue avait « une volonté lui aussi d’aller aux élections » avec un cap fixé à deux ans.

Un argument économique

Oligui Nguema a également développé un argument économique contre la permanence des dépenses militaires liées aux conflits : « On ne peut pas aujourd’hui profiter de nos économies quand on met tout sur les frais des guerres, ça n’arrange personne. Les populations ont besoin des universités, de routes, de l’eau, de l’électricité. » Cet argument rejoint le constat formulé par plusieurs bailleurs et organisations régionales sur le coût économique de l’insécurité sahélienne – le Mali, le Burkina et le Niger consacrent depuis 2021 des parts croissantes de leur budget aux dépenses de défense au détriment des investissements sociaux.

Le Gabon n’est pas membre de la CEDEAO mais de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC). Sa voix sur le dossier sahélien est donc celle d’un État continental extérieur à la structure régionale directement concernée, mais dont le chef d’État est personnellement passé par une transition militaire. C’est précisément cette double appartenance – ancien putschiste devenu président élu – qui donne à Oligui Nguema une posture de pont que peu de dirigeants africains en exercice peuvent occuper.

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