Mondial 2026 : l’Iran dit n’avoir encore reçu aucun visa américain
À moins d’un mois du coup d’envoi de la Coupe du monde 2026, l’équipe nationale d’Iran n’a toujours reçu aucun visa américain, alors que ses trois matches de groupe doivent se jouer aux États-Unis. Le blocage porte principalement sur les membres de la délégation liés au Corps des gardiens de la révolution islamique, classé organisation terroriste par Washington et Ottawa.

Le président de la Fédération de football de la République islamique d’Iran (FFIRI), Mehdi Taj, a déclaré jeudi 14 mai qu’aucun visa américain n’avait encore été délivré à l’équipe nationale, à moins d’un mois du coup d’envoi de la Coupe du monde 2026, prévu le 11 juin aux États-Unis, au Mexique et au Canada, selon l’agence officielle iranienne Irna. Une réunion que Taj a qualifiée de « décisive » avec la FIFA est attendue vendredi 15 ou samedi 16 mai.
L’Iran doit disputer ses trois matches de phase de groupes sur sol américain, dans le groupe G face à la Nouvelle-Zélande, la Belgique et l’Égypte. La sélection, surnommée Team Melli, a son camp de base établi à Tucson, en Arizona. Elle est censée décoller jeudi ou vendredi pour un stage de quinze jours en Turquie, où les joueurs doivent se soumettre à une prise d’empreintes numériques préalable au traitement des demandes de visa.
Le nœud de la crise est le statut des membres de la délégation ayant accompli leur service militaire au sein du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI). Les États-Unis et le Canada classent le CGRI comme organisation terroriste. Taj a explicitement demandé des visas sans restriction pour tous les membres de l’encadrement concernés, citant nommément le capitaine Mehdi Taremi, attaquant qui a effectué deux ans de service dans la marine du Corps en 2012, et le milieu de terrain Ehsan Hajsafi. Le sélectionneur Saeed Elhayi aurait, selon plusieurs sources concordantes, déjà essuyé un refus de visa en raison de son passé militaire.
Taj lui-même a été refoulé par les autorités canadiennes le mois dernier à l’occasion d’un congrès de la FIFA, officiellement en raison de ses liens avec le CGRI, dont il avait supervisé des unités en province d’Ispahan. Pour le tirage au sort du Mondial organisé à Washington en 2025, déjà, une partie de la délégation iranienne s’était vue opposer un refus d’entrée sur le territoire américain.
La position américaine
Le secrétaire d’État Marco Rubio a déclaré le 23 avril que les joueurs iraniens seraient les bienvenus à la compétition. « Rien de la part des États-Unis ne leur dit qu’ils ne peuvent pas venir. » a t-il indiqué. Mais il a exclu tout laissez-passer pour les membres de l’entourage liés au CGRI en estimant qu’« Ils ne peuvent pas amener une bande de terroristes du CGRI dans notre pays en prétendant être journalistes ou préparateurs physiques. » Le président Donald Trump avait pris la parole dans le même sens en soulignant que son administration « ne voudrait pas nuire aux athlètes ».
Un conseiller américain, Paolo Zampolli, avait évoqué la possibilité de faire jouer l’Italie à la place de l’Iran, une idée rejetée par le ministre italien des Sports Andrea Abodi : « On se qualifie sur le terrain. » La FIFA n’a pas commenté officiellement cette suggestion.
La FFIRI a transmis à la FIFA dix conditions formelles pour maintenir sa participation, incluant la garantie de visas pour l’ensemble de la délégation, le respect du drapeau et de l’hymne nationaux iraniens, ainsi qu’un renforcement du dispositif de sécurité dans les aéroports, hôtels et stades. Téhéran avait préalablement demandé le transfert de ses matches de groupe du territoire américain vers le Mexique, une requête rejetée par la FIFA.
Le président de l’instance mondiale, Gianni Infantino, a réaffirmé que l’Iran disputerait le tournoi conformément au calendrier établi. « L’équipe iranienne arrive, c’est certain », a-t-il déclaré. Le secrétaire général de la FFIRI, Heydat Mombini, a indiqué que la FIFA avait fourni des « assurances » verbales, sans que des garanties formelles aient été consignées.
Un différend diplomatique de fond
Téhéran et Washington n’entretiennent plus de relations diplomatiques depuis 1980, à la suite de la crise des otages à l’ambassade américaine et de la révolution islamique. Le contexte a été aggravé par les frappes américaines et israéliennes contre l’Iran le 28 février 2026, qui ont déclenché une guerre s’étendant aux États du Golfe accueillant des bases américaines. Un cessez-le-feu fragile est en vigueur depuis le 8 avril.
La cérémonie d’adieu organisée mercredi 13 mai à Téhéran avait rassemblé des partisans scandant « Mort à l’Amérique », des drapeaux du Hezbollah étant visibles dans la foule, selon des témoignages recueillis par l’agence Associated Press et Euronews. Certains joueurs ont pris la parole sur scène en évoquant le « patriotisme ».
L’Iran, classé au 21e rang mondial, s’est qualifié pour quatre Coupes du monde consécutives et sept au total, sans jamais franchir le stade des groupes. Son premier match est programmé le 15 juin face à la Nouvelle-Zélande à Inglewood, en banlieue de Los Angeles.



